COME PLAY de Jacob Chase (2020/2021 - DTV) [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 []

Oliver est un jeune garçon solitaire. Autiste, il peine à s'intégrer auprès de ses camarades, préférant chercher du réconfort dans son téléphone portable et sa tablette. Mais une mystérieuse créature apparait dans ses appareils et semble vouloir s'introduire dans notre monde...


Recalé des salles, Come Play devra se contenter d'une sortie DTV (pour le plus grand bonheur des non vaccinés !). Une injustice toutefois pour ce long-métrage qui avait toutes les qualités requises pour marquer les rétines sur grand écran.

Come Play est écrit et réalisé par Jacob Chase, adapté de son propre court-métrage d'épouvante, Larry, qui voyait un gardien de parking en proie à un monstre qui recherche désespérément un ami. Plutôt riche d'influences, Come Play semble surtout trouver l'essentiel de son ADN chez Steven Spielberg, et ce n'est probablement pas un hasard s'il sort du studio Amblin. Toutefois, il s'agit d'une œuvre où le wonder boy mêlerait sa première période "naïve" et sa seconde, plus "mâture" ou sombre. Ainsi, on retrouve certains mouvements de caméra expressifs, une fascination pour les lumières qui clignotent toutes seules, ce goût de l'intensité dramatique. On pourrait même lui reprocher de jongler avec des thématiques maintes fois exploitées dans le genre, l'enfance d'abord, la structure familiale fragilisée ensuite. À cela s'ajoute celui, central, de la solitude ainsi que la difficulté d'intégration avec un handicap, et l'utilisation des nouvelles technologies pour pallier cela, pour le meilleur et pour le pire, ce qui, par ailleurs, ne manquera par de rappeler le récent Child's Play


Pour le reste, et afin de ne pas spoiler, on peut citer pêle-mêle Mama, également adaptation d'un précédent court-métrage homonyme par le réalisateur, Andy Muschietti, mais aussi Fragiles, L'Orphelinat, Dark Water ou encore Shining. Beaucoup trop de références, diront certains, aux limites de l'indigestion, mais des influences inspirées et visiblement inspirantes, au potentiel matriciel infini. On pourrait, dès lors, parler d'une œuvre un peu protéiforme, qui, à première vue, brille par son manque d'originalité à tous les niveaux. Néanmoins, ne nous y trompons pas, Jacob Chase maitrise son matériau de base et le recycle à merveille, parvenant au bout du compte à en tirer le meilleur, sur le fond et sur la forme. Et le résultat est là : Come Play est efficace, en phase avec ses intentions. 


Come Play exploite avec brio ce qui pourrait être associé au mal de notre siècle : l'emprise des nouvelles technologies et leur grand paradoxe : tenter de combler une solitude tout en la nourrissant. Oliver est seul, isolé par son handicap, dépendant de son téléphone pour communiquer. Mais tout comme Larry, on se moque de lui parce qu'il est différent. Come Play va réduire la frontière entre fiction et réalité en faisant de Larry un personnage de réalité augmentée qui va progressivement interagir avec notre dimension et vouloir traverser définitivement l'écran dans le but d'aller chercher son nouvel ami.

Sa superbe photographie signée Maxime Alexandre (Maniac, Oxygène) combinée à la bande-son de Roque Banos (Fragiles) et aux effets spéciaux efficaces, issus du studio Jim Henson qui ne dégoulinent pas de numérique, rend l'ensemble plaisant à voir et bien qu'on semble en terrain connu, on se laisse emporter par le récit. D'ailleurs Come Play n'est pas avare en scènes d'angoisse, ni en émotion puisqu'il propose un final perturbant et touchant, empreint d'une véritable poésie que n'aurait pas renié Guillermo Del Toro et surtout véritablement réussie, ce qui n'est pas toujours le cas. 


Son efficacité, il la doit aussi à un casting convainquant, mené par le couple de parents à l'écran, Gillian Jacobs (The Box, Visions) en mère qui a du mal à se mettre en phase avec son fils et John Gallagher Jr. (10 Cloverfield Lane, Pas un bruit) en père qui fait ce qu'il peut pour conjuguer emploi et vie de famille. C'est sûr le jeune Azhy Robertson (# Pire Soirée, Invasion) que repose l'essentiel du métrage en interprétant le personnage principal muet aux allures de Danny dans Shining, qui doit faire face à une entité qui lui colle aux basques, mettant en danger son entourage.

Avec son bagage bourré de références au cinéma de Spielberg et à l'enfance des quarantenaires, Come Play titille la fibre nostalgique un peu comme Super 8 l'a fait à l'époque de sa sortie. La déco très vintage dans la maison apporte d'ailleurs la preuve des intentions du film : faire à partir des vieux pots, la meilleure soupe possible. Doit-on le lui reprocher ? À chacun de positionner son curseur. En tout, cas Jacob Chase peut être rassuré, sa mission est accomplie et on attend la suite avec impatience.
N.F.T.



EN BREF 
titre original : Come Play
réalisation : Jacob Chase
distribution : Azhy Robertson, Gillian Jacobs, John Gallagher Jr., Winslow Fegley, Rachel Wilson...
photographie : Maxime Alexandre
pays d'origine : États-Unis
budget : 9 000 000 $
année de production : 2020
date de sortie française : 25 août 2021 (DTV - Universal)
durée : 96 minutes
adrénomètre : ♥♥ 
note globale : 4/5

† EXORCISME † 
▲ Flippant 
▲ Immersif
▲ Musique
 
- DÉMYSTIFICATION - 
▼ Souvent prévisible
▼ Réaction des personnage pas toujours crédibles
▼ Thématiques rabâchées

LE FLIP 
Cachés sous le lit, Oliver et sa mère voient un monstre entrer dans la chambre...

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