LEATHERFACE (2017/2018 - DTV) de Julien Maury & Alexandre Bustillo [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 [♥]

Soupçonné d’avoir assassiné la fille du shérif Hartman, le cadet de la terrifiante famille Sawyer est placé en hôpital psychiatrique. Des années plus tard, l’enfant devenu adulte s’échappe de l’asile avec trois autres psychopathes qui prennent en otage une jolie infirmière. La petite bande s’engage alors dans une balade sauvage, semant la terreur et la mort sur leur passage...


Précédé d'une réputation peu glorieuse au moment de sa sortie, Leatherface partait avec un sérieux handicap s'il voulait se tailler la part du lion d'une franchise historique.


Après l'étonnant À l'intérieur, l'angoissant Livide et l'ambitieux Aux Yeux des vivants, le duo constitué d'Alexandre Bustillo et Julien Maury exécute son retour derrière la caméra en s'attaquant à une figure mythique de l'horreur moderne, Leatherface. Inutile de préciser la horde de fans enragés qui l'attendait au tournant tant Massacre à la tronçonneuse s'est imposé comme l'une des franchises horrifiques les plus emblématiques du cinéma. D'autant à l'image de Vendredi 13, des Griffes de la nuit ou d'Halloween, on n'est jamais à l'abri de l'accident industriel réel ou d'une réception du public excessivement négative dès qu'un nouveau chapitre entre en production.



Alors n'y allons pas par quatre chemins, Leatherface, huitième volet de la saga, s'est fait littéralement massacrer à sa sortie. À juste titre ? Pas forcément. Certes, l'idée d'un reboot quelques années après le très honorable Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement et la réécriture d'une mythologie déjà confuse sèment un joyeux bordel et demeurent difficiles à légitimer. Une certaine frustration compréhensible naît aussi du fait que l'on exploite plutôt bien l'idée du massacre, mais quasiment sans la tronçonneuse. D'ailleurs, pour faire simple, le problème majeur de Leatherface est sans doute son titre. Il aurait par ailleurs gagné à ne pas être associé à une franchise dont il se démarque volontairement – on s'éloigne du simple slasher pour se rapprocher du road movie criminel– pour sortir du lot, excepté dans sa dernière bobine. Enfin, difficile de faire abstraction de ce qui est souvent considéré comme une hérésie par les fans de la saga, à l'instar du reboot d'Halloween,  : offrir un background psychologique au boogeyman qui l'humanise et lui retire de facto ce qui faisait de lui une figure du Mal à l'état pur, indestructible et imprévisible.




À la production on retrouve quelques noms évocateurs pour les amateurs de fantastique, et pas des moindres puisque Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse, Massacre dans le train fantôme), bien que décédé avant le premier tour de manivelle, est crédité aux côtés de Kevin Greutert (Jessabelle), John Luessenhop (Texas Chainsaw 3D), ou encore le très prolifique Boaz Davidson, qui outre la saga culte des Lemon Popsicle a notamment produit la série des Spiders. Avec de tels noms derrière le tiroir-caisse, difficile d'imaginer des problèmes de production, et pourtant... Leatherface est dans sa version finale, bien éloigné de ce qui était envisagé par le duo de réalisateurs. Près de 30 minutes ont sauté du montage initial et la production reshoot l'introduction et la fin du film pour s'assurer de mieux coller aux pseudo-attentes des fans. Heureusement, on est, à l'inverse, bien loin du massacre côté réalisation. C'est ultra inspiré et le tandem livre un travail soigné qui fait plaisir à voir, faisant de Leatherface, figure historique du slasher,  sans doute l'un des volets les mieux réalisés de la saga. On le sent passionné par son sujet et y met ses tripes – en plus de celles des personnages. C'est dynamique, organique, nihiliste – on songe souvent à The Devil's Rejects – et surtout, l'œuvre est ponctuée de scènes gores et glauques à un rythme soutenu (arrachage de langue, décapitation, nécrophilie...). 



Seulement, le final cut des producteurs vient mettre un méchant coup de pied dans ce beau château de carte. La fin part en live, on nous vend des origines en mode express à coup de twist et de réactions peu crédibles et on nous présente dans la foulée des personnages sans intérêt fondamental pour l'évolution de l'histoire (l'adjoint Sorells). Cependant on relève un casting plutôt efficace et convaincant mené par Lili Taylor (Hantise, Conjuring : Les Dossiers Warren, Six Feet Under) en mère de famille protectrice, qui n'est pas sans rappeler Vera Farmiga dans Bates Motel. Tout aussi protectrice, pour ses patients cette fois, mais bien naïve, l'infirmière Lizzy est interprétée par Vanessa Grave. Christopher Adamson (Le Phare de l'angoisse, The Last Horror Movie) se charge du rôle du tyrannique Dr Lang et Sam Strike (Mindhunter) du Roméo bargeot. Tout ce petit monde vient faire oublier le jeu certes intense, mais un poil cabotin de Stephen Dorff (The Gate, Blade).

Avec Leatherface, Julien Maury et Alexandre Bustillo rejoignent le club des Frenchies qui ont vu la magie d'Hollywood se muer en cauchemar à cause d'une bande de producteurs despotiques, au coup de ciseau facile et au souci du gain contre-productif. Un comble pour ce type de projet porté par des fans à même de comprendre la démarche et respecter leur sujet. Si l'essentiel des scènes manquantes sont disponibles dans les bonus du DVD, une certaine amertume se fait malgré tout sentir à l'idée que les réalisateurs, bien qu'ils livrent un film brillamment mis en image, passent à côté d'une sacré belle réussite. Mais vu qu'on ne peut pas leur en vouloir sur ce coup-ci, on attendra une aventure plus heureuse. Parce qu'il est évident que du talent, ils en ont à revendre...
N.F.T.



EN BREF
titre original : Leatherface
distribution : Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strike, Vanessa Grave, Finn Jones, Sam Coleman...
pays d'origine : États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2017
date de sortie française : 2 janvier 2018 (DTV - Metropolitan Vidéo)
durée : 90 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3/5

 † EXORCISME †
▲ Réalisation
▲ Quelques plans gores
▲ Rythmé

 - DÉMYSTIFICATION -
▼ Reboot
▼ Moins réussi dans sa dernière partie
▼ Pas assez de tronçonneuse

LE FLIP

Le cadeau d'anniversaire de Jed...


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