Massacre à la Tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper

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Cinq jeunes traversent le Texas à bord d'un van. Ils s’arrêtent en chemin pour accueillir un autostoppeur qui ne tarde pas à se montrer menaçant. Les cinq amis parviennent à s'en débarrasser mais sont choqués. Peu de temps après, une panne d'essence les contraint à s'arrêter à une station-service. Le gérant leur annonce qu'il attend un ravitaillement en carburant. La bande décident d'attendre dans une ancienne demeure familiale située à proximité. Lorsque deux d'entre eux décident de s'aventurer plus loin, dans une maison isolée, un boucher masqué surgit et les attaque...
Cru ! Voici le mot, s'il ne fallait en retenir qu'un seul, issu du champ lexical de la boucherie, qui pourrait définir le deuxième film de Tobe Hooper, après une première incartade expérimentale tendance hippie en 1968, avec Eggshells, resté longtemps invisible. Depuis les premières images macabres illustrant l'annonce de cimetières profanés, puis d'un handicapé obligé de pisser dans une boite en métal au bord de la route, on sent que ce genre de métrage n'est pas du genre à enjoliver la réalité.
Servi par une mise en scène résolument moderne pour l'époque, bénéficiant d'un véritable travail sur les mouvements de caméra et sur la composition des plans, Massacre à la Tronçonneuse, premier du nom, s'inscrit aussi dans une dynamique proche du documentaire. La caméra oscille alors entre mouvements classiques et caméra portée, et s'attache davantage à montrer, plutôt que raconter. Des choix de mise en scène qui en feront la pierre angulaire d'une certaine terreur réaliste, aux côtés d'autres films comme La Dernière Maison sur la Gauche (1972) de Wes Craven ou La Nuit des Morts-Vivants de George Romero (1968).

De plus, Hooper use d'excellentes idées narratives pour instaurer un climat d'angoisse, comme cet inquiétant horoscope radiodiffusé dans le van et qui semble sceller le destin des personnages, ou encore tous ces propos insistants sur l'abattage des animaux, à tel point qu'on finit par se demander si l'on n'est pas en train de visionner un film de propagande, pro-végétarien... Tout est pensé pour créer une atmosphère dérangeante et inspirer la répulsion, du placement d'objets mystiques morbides parmi lesquelles figurent des os humains mélangés à des restes d'animaux, jusqu'au détail sonore sordide d'une mouche qui vole.  


Sans musique -exception faite de chansons radiodiffusées-, seule une bande sonore d'ambiance participe à la construction de cette atmosphère poisseuse. Réalisée par Tobe Hooper et Wayne Bell, cette partition tantôt atmosphérique, tantôt dissonante, accentue le suspense, puis le côté traumatisant des scènes. Certaines rumeurs, que nous ne colporterons pas, ou alors discrètement, racontent que John Lennon aurait même participé dans l'ombre à son enregistrement... Puis évidemment, le métrage ne serait rien sans ce menaçant bruit de tronçonneuse qui occupe une bonne partie du film, alternant avec les cris de Sally Hardety, la pauvre héroïne interprétée avec courage et conviction par Marylin Burns. Sans le savoir, cette dernière allait devenir l'une des premières screaming queen du cinéma d'horreur, avec un score de près de 30 minutes de cris. Jusqu'à un plan final génial montrant Leatherface -son nom était le titre du film d'origine, modifié juste avant sa sortie- jouant de la tronçonneuse dans le vide face au soleil levant, contrebalancé par les rires hystériques de Sally.

Comment ne pas se souvenir non plus de la première apparition de Leatherface, qui s'empare furtivement des imprudents qui se sont approchés trop près de son domaine, tout comme du calvaire de Sally dans la dernière partie du métrage, lors d'un dîner éprouvant avec la famille de Leatherface, prétexte à une véritable exposition chirurgicale de la terreur.

Hooper, pour donner plus de force à son film, qui en pleine affaire du Watergate, dénonce une certaine culture du mensonge pratiquée par les États-Unis, s'arroge le droit de vendre son œuvre en tant qu'histoire vraie alors qu'elle ne reprend que très partiellement quelques bribes de la vie du tueur Ed Gein, qui inspirera également Robert Bloch pour le tueur de Psychose. Autre grand mensonge, mais bien plus insidieux cette fois, beaucoup on l'impression d'avoir vu le film d'horreur le plus cradingue de tous les temps, or, à bien y regarder, tout est dans la suggestion, à quelques gouttes de sang prêt et exception faite de l’impressionnante scène finale où un camion écrase littéralement l'un des personnages. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les malheureuses victimes ne sont jamais filmées frontalement lors de leur mise à mort.


Censuré plusieurs années un peu partout, en France il serait sorti d'abord une semaine en salles en 1974, probablement en VOSTF, distribué par LusoFrance, la firme de Gérard Wolf, puis interdit, et enfin censuré "officiellement" jusqu'en 1977 au motif qu'il "atteignait à la dignité humaine par son trop grand réalisme". Mais cette année là, c'est désormais René Château qui en détient les droits, depuis octobre 1976. Suivent toute une série d'imbroglios juridiques qui repousseront sa sortie en  1979 sur le marché vidéo d'abord (VHS), en VF, au sein de la collection "Les films que vous ne verrez jamais à la télévision" qui contient d'autres classiques du genre tels Zombie et Maniac. Il devra en revanche attendre 1982 pour connaître les honneurs d'une nouvelle sortie en salles. 

Des partis pris techniques à la radicalité thématique, sans oublier son parcours semé d'embûches -du tournage aux problèmes de censure- Massacre à la Tronçonneuse contient suffisamment de ces arguments, parfois révolutionnaires pour l'époque, qui font l'apanage des classiques. D'ailleurs, même plusieurs décennies après, s'il ne fait plus vraiment peur, il n'en conserve pas moins toute sa force suggestive et provoque toujours l'effroi, à coup sûr !
N.T.  

En bref :
titre original : The Texas Chainsaw Massacre
pays d'origine : États-Unis
année de production : 1974
date de sortie française : 1974 (censuré) - 1979 (DTV) - 1982 (reprise cinéma)
durée : 83 minutes 
budget : 83 000 $
adrénomètre : ♥
note globale : 5/5

Le flip : Un dîner en famille dont vous êtes le plat de résistance...


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