[Critique] MASSACRES DANS LE TRAIN FANTÔME (1981) de Tobe Hooper

Évaluation du dossier : 3/5 []

Deux jeunes couples d'amis décident de se rendre à la fête foraine installée dans la région. Après avoir fait le tour du parc, ils se lancent le défi de passer la nuit dans le train fantôme. Une fois à l'intérieur, ils sont témoins d'un évènement terrible. Repérés et traqués, ils deviennent des proies prises au piège de l'attraction.


Titré en France Massacres dans le train fantôme afin de surfer sur le succès de Massacre à la tronçonneuse, The Funhouse (en VO) confronte une bande de jeunes inconscients à une famille de dégénérés tapie l'on ne l'attend pas

Après les rednecks cannibales et maniaques, Tobe Hooper roule le tapis rouge aux forains psychopathes et poursuit sa fresque cinématographique satirique et sadique de l'Amérique profonde. Absence de la figure maternelle, fils infirme défiguré et colérique, père alcoolique et surprotecteur... le réalisateur fait exploser ce détonnant cocktail dans la seconde partie de son métrage, la première étant essentiellement dédiée à la découverte des personnages et des mystères de cette grande fête ambulante.


Tobe Hooper, qui goûte peu l'hémoglobine et le fameux slasher – alors à la mode et dont certains considèrent son Massacre à la Tronçonneuse comme l'un des films fondateurs préfère concentrer son métrage sur les lieux et ses personnages. Sans doute inspiré d'une expérience traumatisante qu'il se plaît à raconter, vécue enfant dans un manège, il choisit pour cadre une fête foraine et nous plonge en immersion totale dans cet endroit aux couleurs vives, où le festif flirte avec le glauque et où tout semble possible. On accompagne ces jeunes adultes naïfs dans leurs errances et dans leur découverte d'un endroit mystérieux et excitant qui résonne avec leur apprentissage à la fumette et au sexe. Et il y a de quoi faire dans ce refuge pour monstruosités, avec ce que cela génère en termes de sentiments contradictoires, de rejet, de voyeurisme et le dégoût flirte avec la fascination.


Bien que la mise en scène de Tobe Hooper demeure relativement discrète, la photographie d'Andrew Laszlo (Poltergeist 2, L'Aventure intérieure) est sans doute le principal atout du film. Inspirée et soignée, elle exploite toute la richesse visuelle architecturale et graphique du lieu et de ses attractions, en termes de luminosité artificielle mais aussi de colorimétrie tape-à-l’œil. D'ailleurs, elle convoque régulièrement l'esthétique du cinéma d'horreur transalpin des années 70 et 80. Tout l'intérêt se situe dans la contradiction entre cet univers chaud, vivement coloré et ce qu'il abrite de glauque et dangereux. Une opposition que l'on retrouve jusque sur le plateau, les changements de dernière minute et le sens de l'improvisation de Hooper n'étant pas du goût de son chef-opérateur et attisant quelques tensions entre les deux hommes.

Côté influences, les clins d’œil au cinéma d'épouvante sont légion. L'omniprésence du bestiaire de la Universal témoigne de l'amour que lui porte Hooper, Frankenstein en tête de proue. On le retrouve sous forme d'affiche, de figurine, de moulage de tête dans une chambre d'enfant et derrière un masque à son effigie se cache un autre monstre, bien pire, puisque cette fois-ci réel. Ce personnage exerce une véritable fascination sur Joey, dont il est un genre de double monstrueux. Le petit frère va quand même jusqu'à débusquer sa sœur nue sous la douche tel Norman Bates dans Psychose, filmé en caméra subjective comme Michael Myers dans Halloween pour lui asséner des coups de couteau factice. Alors fascination innocente pour les jeux morbides ou monstruosité latente ? Hooper joue volontairement de cette ambiguïté et se démarque clairement de Steven Spielberg et sa vision bienveillante de l'enfance

On pense aussi inévitablement à la foire aux monstres du Freaks de Tod Browning dont le point d'orgue est la découverte du visage du monstre assassin qui hante les lieux. Conçu par Rick Baker (Furie, Le Loup-garou de Londres), le visage de ce dernier est vraiment repoussant mais son aspect un peu figé peine à convaincre totalement. Nous sommes toutefois bien d'accord sur le fait qu'il ne donne pas envie de le croiser un soir dans une ruelle sombre. Enfin, Tobe Hooper cite de manière non calculée, puisque la scène a été improvisée par l'actrice au dernier moment, La Dernière maison sur la gauche en situant une partie de la tragédie à quelques mètres des parents, sans toutefois atteindre l'intensité brutale de son modèle


Massacres dans le train fantôme est aussi handicapé par quelques incohérences. Le fonctionnement de la machinerie de l'attraction extrêmement complexe ne colle pas avec la déclaration du père protecteur qui affirme que tout sera démonté le lendemain matin pour le départ. De plus, certains effets visuels sont un peu bâclés, notamment lorsqu'un personnage meurt grossièrement coincé entre deux énormes rouages qui ne semblent pas vraiment en contact. On passera sur le coup du mort qui n'en finit pas de revenir, alors très prisé à cette époque et on conclura que Hooper n'aura finalement jamais été aussi bon que lorsqu’il suggérait la violence. Cependant et contre toute attente, Massacres dans le train fantôme est un témoin de son époque agréable à visionner et qui laissait déjà présager la prochaine étape de son parcours de cinéaste. Ce sera le film culte Poltergeist qu'il réalisera aux côtés de Steven Spielberg, après avoir refuE.T. l'extraterrestre et qui constituera la deuxième œuvre durablement marquante de sa carrière.
N.F.T.


EN BREF
titre original : The Funhouse
distribution : Elizabeth Berridge, William Finley, Shawn Carson, Cooper Huckabee
pays d'origine : États-Unis
budget : 3 000 000 $
année de production : 1981
date de sortie française : 24 juin 1981
durée : 96 minutes (version non censurée)
adrénomètre : ♠
note globale : 3/5

 † EXORCISME †
▲  Photographie
▲  Cadre du film
▲ La foire aux monstres

- DÉMYSTIFICATION -
Long à décoller
▼ Scénario un peu léger
▼ Relativement soft

LE FLIP

Proposer des faveurs sexuelles à un monstre difforme pour survivre...

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