SCREAM (1996/1997) de Wes Craven [Critique]

Évaluation du dossier : 5/5 []


D'ordinaire très tranquille, la ville californienne de Woodsboro est secouée par les meurtres de deux étudiants. La police enquête tandis que le tueur frappe à nouveau, s'inspirant des films d'horreur des années 1970 et 1980. Qui sera la prochaine victime ? Qui se cache derrière le masque de l'assassin ? L'enquête commence lorsque le tueur vise une certaine Sidney Prescott, dont la mère est morte un an auparavant dans d'étranges circonstances.

Devenu instantanément culte et adulé, Scream semble avoir bénéficié d'un parfait alignement des planètes pour s'assurer un passage à la postérité, tout comme Wes Craven qui tirait une seconde fois le jackpot des sagas phénomènes 12 ans après Les Griffes de la nuit.


Alors qu'il a mis un point final à la saga Freddy Krueger avec Freddy sort de la nuit et qu'il doit désormais se remettre de l'échec commercial et critique d'Un vampire à Brooklyn, Wes Craven s'attèle, avec un budget moindre, à un nouveau projet. En plus de transformer 18 millions de dollars en près de 170 millions lors de l'exploitation internationale, il va réaliser plusieurs exploits – dont celui de réitérer un phénomène mondial dans le cinéma d'horreur après avoir créé l'affreux Krueger – qui seront déterminants dans cette brillante réussite.


À commencer par un scénario en béton armé, signé Kevin Williamson, un scénariste d'à peine 30 ans que le tout Hollywood va ensuite s'arracher se faisant, comme rarement, un nom dans le milieu de l'écriture cinématographique. Il va notamment concentrer de nombreuses réussites en un temps record, dont l'amusant The Faculty de Robert Rodriguez, qui marqueront la pop culture de l'époque. Mais surtout, il va contribuer à l'avènement du néo slasher en signant le script de Scream, mais aussi d'un autre succès du genre, Souviens-toi l'été dernier. Pour Scream, dont le titre de travail à l'époque est Scary Movie, Kevin Williamson s'inspire alors d'un fait divers et du meurtrier Danny Rolling qui aurait poignardé sauvagement et violé des étudiantes dans l'unique but de devenir aussi célèbre que le glaçant Ted Bundy.


Ensuite, Scream apporte un véritable vent de renouveau à l'époque pour le slasher, alors empêtré dans ses codes rebâchés jusqu'à en devenir des stéréotypes. C'est d'ailleurs un peu ce que dénonce Wes Craven lors de la scène d'ouverture qui force volontairement le trait et où la victime dénonce ces fameux clichés du genre qui vont pourtant devenir sa réalité. Le duo Craven/Williamson jouant parfaitement de l'ironie lors de cette séquence culte avec l'idée que la terrible "réalité" peut rejoindre la fiction, aussi cliché soit-elle. L'idée de tuer une star pendant la scène d'ouverture est, à ce titre, excellente – Drew Barrymore qui devait initialement interpréter Sidney en serait à l'origine – et en renforce la puissance, résonnant avec la mort de Janet Leigh dans Psychose. Bien sûr, cette fois, Scream va plus loin puisque la star hollywoodienne ne dépasse pas la frontière du pré-générique. De la même manière, la pauvre victime qu'elle interprète ne parvient pas à quitter l'espace de son propre massacre, alors qu'elle n'est plus qu'à quelques pas de ses parents, comme dissimulée derrière un mur invisible. Le génie de Craven étant de rendre visible cet infranchissable mur au spectateur lors d'un terrible plan qui montre les parents sur le pas de la porte alors que leur fille se fait assassiner en arrière-plan. Wes Craven a souvent utilisé l'ironie dans ses films pour intensifier la dramatisation des situations et cela fonctionne. D'ailleurs, cette séquence fait écho à l'effroyable agression de Mari, dans son premier long-métrage produit par Sean Cunningham, La Dernière maison sur la gauche, également à quelques pas de son foyer. 


Cette recherche de la mise en abyme systématique, couplée aux multiples références du cinéma d'horreur, va devenir le sel de la future franchise. Une formule presque magique qui va réjouir les fans, grâce à un concept ludique et bien ficelé sous forme de whodunit saisissant pour les amateurs de thriller.  Ajoutez à cela la réalisation inspirée de Wes Craven et ses plans atmosphériques pour retranscrire l'angoisse de la victime et de la situation, une photographie remarquable de Mark Irwin qui a déjà mis en images quelques slashers première vague (Les Yeux de la terreur, Trapped, le village de la mort), et surtout les films de Cronenberg entre Chromosome 3 et La Mouche et un casting en béton armé et son trio d'acteurs gagnant constitué de Neve Campbell (Dangereuse alliance, Sexcrimes), Courteney Cox (Cocoon, le retour, Les Maîtres de l'univers) et David Arquette (Arac Attack, les monstres à huit pattes, Radio Rebels), aux personnalités fortes, à l'alchimie parfaite que l'on retrouve dans toute la saga, toutes les cartes étaient en main pour Wes Craven pour mener la navette en orbite. L'objectif est plus qu'atteint puisqu'il lancera dans la foulée la vague du néo slasher.  À noter que les trois acteurs reprendront du service dans leurs rôles respectifs dans la suite signée Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, V/H/S) dont la sortie est prévue dans les salles françaises le 22 janvier 2022. En attendant, l'éditeur ESC Distribution propose une édition UHD 4K réjouissante que tout fan se doit de posséder !
N.F.T.


EN BREF 
titre original : Scream
réalisation : Wes Craven
scénario : Kevin Williamson
distribution : Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Drew Barrymore...
photographie : Mark Irwin
musique : Marco Beltrami
pays d'origine : États-Unis
budget : 18 000 000 $
année de production : 1996
date de sortie française : 16 juillet 1997 - 20 octobre 2021 (UHD4K - ESC distribution)
durée : 111 minutes
adrénomètre : ♥♥
note globale : 5/5

† EXORCISME † 
▲ Scénario
▲ Univers cinéphilique
▲ Flippant
▲ Innovant
▲ Casting

- DÉMYSTIFICATION - 
▼ ...

 
LE FLIP
Trois personnages débarquent, l'un d'eux est le tueur, qui croire ?

 
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