[Critique] HORNS (2013/2014) de Alexandre Aja

ADRÉNOMÈTRE  ♡ ♡ 
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Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir : faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

À l'instar d'une poignée de français tels Pascal Laugier (The Secret), Louis Leterrier (L'incroyable Hulk) ou encore Franck Khalfoun (Maniac), Alexandre Aja (Haute tension, le remake de La Colline a des yeux) fait partie du peloton des fortes têtes parvenues à imposer -avec plus ou moins de liberté- leur savoir-faire et leur patte à Hollywood.
Il est aussi, sans doute, celui qui a le plus œuvré pour le genre hors de nos frontières ces dernières années, n'hésitant pas à coiffer la casquette de producteur pour donner vie à ses projets. Bref, ces réalisateurs talentueux ont largement ce qu'il faut pour satisfaire notre ego quelque peu chauvin... s'ils n'étaient pas poussés à s'expatrier chez l'Oncle Sam pour pratiquer leur art dans des conditions satisfaisantes.


C'est cette fois sans son comparse Grégory Levasseur qu'Alexandre Aja se lance dans l'aventure. Pas vraiment seul, puisqu'il s'allie pour l'occasion à l'une des jeunes plumes horrifiques les plus en vogue actuellement, en choisissant d'adapter au cinéma "Cornes", le roman à succès du fiston prodige de Stephen King, Joe Hill.

Rebaptisé Horns pour le cinéma, la première chose qui transpire de cet ovni cinématographique, est sa richesse thématique, autour d'un concept pour le moins original : un jeune homme se voit pousser des cornes et parvient dès lors à sonder les secrets les plus enfouis de ceux qu'il croise et à leur souffler ses moindres volontés. Difficile, avec ce concept prometteur, de ne pas songer à l'influence paternelle, et notamment à Bazaar, et son diable de brocanteur machiavélique, ni dans le domaine du cinéma, au thriller rural surnaturel, tendance polar de Sam Raimi, Intuitions. Et tout comme le réalisateur d'Evil Dead, Alexandre Aja met son talent et son amour du genre au service d'une mise en scène soignée.



Assez glauque dans son postulat, puisqu'un jeune homme perd sa bien-aimée dans des conditions tragiques, le réalisateur de Piranha 3D parvient à créer un univers parfaitement crédible, tout en cultivant un certain décalage, principalement en terme d'humour. On songe alors à Twin Peaks, à son environnement faussement calme et son parfum de mystère persistant... Quant à l'apparition des cornes, elle est accueillie de manière tellement naturelle chez les personnages que la magie de l'identification opère et le spectateur finit par s'en accommoder également. Là est probablement l'une des sérieuses clés de la réussite du métrage.

Pour étayer son propos, Horns se frotte donc au mélange des genres. Un exercice de style qui peut s'avérer aussi périlleux et au final peu convainquant (Abîmes), que salvateur et rafraîchissant (Modus Anomali, L'Échine du Diable). Heureusement, il rejoint haut la main la seconde catégorie et offre enfin une bonne dose de ce sang neuf qui fait défaut ces dernières années à Hollywood. Ainsi, dans ce conte fantastique, l'humour fait mouche et se marie à la tragédie la plus désespérée, le thriller, tendance polar, côtoie l'horreur et le gore, le tout saupoudré d'un romantisme qui échappe aux écueils de la mièvrerie...  et tout cela sans jamais tomber dans la soupe indigeste.


Un véritable exploit donc, que l'on doit tant au scénario de Keith Bunin, peu connu, si ce n'est pour sa participation à la série "En Analyse" qu'au talent de comédien de Daniel Radcliffe, en rupture avec l'inévitable Harry Potter. Cette nouvelle tentative de s'affranchir définitivement de l'image du gentil sorcier porte ses fruits, après sa prestation très convaincante dans La Dame en Noir, où il jouait déjà, dans un film d'épouvante aux relents macabres, un personnage traumatisé et torturé par la perte d'un être cher.

Côté flip, et malgré quelques rares jump scares, Alexandre Aja assure le minimum. Ce qui au final n'a aucune incidence sur la qualité du film. Le réalisateur s'impose en revanche plus facilement dans le domaine du second degré et de l'horreur pure, offrant quelques scènes gores plutôt bien senties et réussies. Comme pour rappeler à son public, que malgré la sentiment de dispersion qui pourrait lui être reproché avec Horns, c'est définitivement dans l'horreur qu'il s'exprime le mieux.
N.T.

EN BREF :
titre original : Horns
pays d'origine : États-Unis / Canada
année de production : 2013
date de sortie française : 1 octobre 2014
durée : 120 minutes
budget : ?
adrénomètre : ♥
note globale : 5/5


† HANTISE
▲ Gore et fun
▲ Mélange des genres réussi
▲ Réalisation inspirée

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ L'Impression de partir dans tous les sens
▼ Très manichéen
▼ Univers fantastique hermétique


LE FLIP : Votre frère se transforme en diable sous vos yeux défoncés à tout ce qui existe...

LIRE AUSSI :
Intuitions
J'ai rencontré le diable
L'Échine du diable


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