[Critique] MODUS ANOMALI (2012/2013) de Joko Anwar

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En forêt, un homme jaillit de terre et reprend ses esprits. Il essaye d'appeler les secours mais réalise qu'il ne sais pas où il est, ni qui il est. Bientôt, il se découvre mari et père de famille. Il va devoir affronter une menace inconnue pour retrouver ses proches.

C'est dans une démarche similaire à The Silent House (2010), que Joko Anwar inscrit Modus Anomali, filmé intégralement en caméra à l'épaule. À la différence majeure que le Vénézuélien Gustavo Hernandez sacrifiait une bonne partie de l'intérêt de son film sur l'autel de la narration en temps réel, livrant une œuvre constituée d'un seul plan séquence, du moins apparent.
De son côté, Joko Anwar, évite l'écueil de l'enfermement dans une tentative d'exploit technique voué à l'échec, le montage étant une composante du langage cinématographique indispensable ne serait-ce que pour conférer sens et rythme à l’œuvre. En jouant cette carte de l'unité de temps discontinue, le cinéaste indonésien gagne en dynamisme et livre une copie au rendu tout aussi, voire plus, immersive grâce à une succession de plans-séquences, prétexte à autant de prouesses face caméra, que techniques.

Écrit et réalisé par Joko Anwar (Forbidden Door), un ancien journaliste et critique de cinéma, Modus Anomali risque d'en dérouter plus d'un, peut-être même laisser sur le bas-côté les cinéphiles qui n'aiment ni le mélange des genres, ni se faire manipuler par des scénarios qui partent en vrille. Ce qui est ici le cas...

Filmé en mode caméra à l'épaule en huit jours, le résultat, nerveux et empreint d'un certain réalisme, implique complètement le spectateur dans l'action. Du coup, il rend pénibles les séquences les plus violentes, flirtant de nombreuses fois avec le torture porn le plus abject et irraisonné. De plus, l'identification avec le personnage principal est instantanée, ce dernier étant filmé, au plus près, la plupart du temps à la troisième personne, créant un lien étroit avec le spectateur qui tente de reconstituer le puzzle simultanément avec cet homme devenu amnésique.


Toutefois, loin d'être innocent, le propos violent de Modus Anomali dépasse le simple objet glauque et apporte une véritable réflexion sur la violence qui entoure le personnage, qu'il semble mettre en parallèle avec la mise en scène de l'horreur dans ce type de films. Un discours qui rejoint quelque part le travail de Michael Haneke sur Funny Games (1997) et son sous-texte idiot et prétentieux  du genre "je fais ce genre de film pour montrer que ce genre de film ne devrait pas être fait" dénonçant au cinéma pire que l'idée d'une violence gratuite : la brutalité exploitée de manière ludique. Voici grosso modo l'idéologie à laquelle vient se frotter la bobine de Joko Anwar, prenant toutefois bien garde de s'intéresser à ces mécanismes, sans tomber dans les travers de la démonstration pseudo moralisatrice d'Haneke.

Sans non plus tomber dans les effets de fête foraine, la première partie du film parvient à créer et maintenir un climat de tension réellement oppressant. Un sentiment d'insécurité renforcé par une première scène de meurtre particulièrement odieuse et dérangeante. De plus, l'interprétation parfois excessive du héros, dont l'accent anglais est à couper au couteau, laisse naître sous nos yeux ébahis et surtout dans nos oreilles agressées, au bord du saignement, le pendant masculin de la Scream Queen des films d'horreur. Donc, place désormais au Scream King, Rio Dewanto !


Gonflé et brillant dans son genre, Modus Anomali repose sur une mécanique, certes totalement folle, mais plutôt bien huilée. Loin de vouloir se cantonner au vulgaire survival en forêt, le film embraye sur une deuxième partie glaçante, flirte avec le torture porn puis, après avoir laissé le spectateur gamberger durant plus d'une heure sur ce qui est en train de lui arriver, il finit par lui balancer ce qu'il attend en pleine tronche, de manière détaillée, sans la moindre possibilité de réclamation en fin de séance.
N.T.

EN BREF
titre original : Modus Anomali
pays d'origine : Indonésie
année de production : 2012
date de sortie française : 15 mai 2013
durée : 82 minutes 
budget : 200 000 $ 
adrénomètre : 3.5/5
note globale : ♥♥

† HANTISE
▲ Original
Surprenant
▲ Glaçant

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ Manipulateur
▼ L'accent anglais
▼ Mélange des genres

LE FLIP
La nuit, une cabane isolée, un intrus frappe vigoureusement à la porte...

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The Silent House
Le Chemin sans Retour
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