[Critique] LE PROJET BLAIR WITCH (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez

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Trois étudiants en cinéma disparaissent mystérieusement alors qu'ils tournaient, dans une forêt du Maryland, un documentaire sur une légende locale, la sorcière de Blair. Le film est un montage des bandes qu'ils ont enregistrées, retrouvées par la police une année plus tard sur les lieux de leur disparition.
Repoussant les limites de l'expérience cinématographique réaliste avec leur rejeton fauché d'une longue tradition de documenteurs, Daniel Myrick et Eduardo Sánchez revendiquent leur inspiration davantage du côté de The Legend of Boggy Creek (1972) qui les marquera durablement lors de ses diffusions télévisées que Cannibal Holocaust, qu'ils affirmeront, par la suite, ne pas connaître au moment de la sortie du Projet Blair Witch. Voilà qui est dit.

L'un des tours de force du Projet Blair Witch sera d'avoir fait émerger et popularisé le terme "found footage" (par abus de langage, puisqu'il s'agit, à la base, d'un concept utilisé dans le cinéma expérimental au milieu du siècle dernier), et dont C'est Arrivé Près de chez vous sera, sans le savoir, le fer de lance au cinéma en 1992. Cannibal Holocaust, en revanche, ne s'y apparente pas complètement puisqu'il intègre des images retrouvées au sein d'une narration classique. Toutefois, après une traversée du désert de huit années, durant lesquels quelques films, de qualité inégale, et plus ou moins confidentiels seront produits, ce cinéma du réel, explose littéralement entre 2007 et 2008 avec la sortie d'un carré magique : Diary of the Dead, [Rec], Paranormal Activity et Cloverfield. Quatre péloches qui vont définitivement asseoir le found footage comme un nouveau sous-genre, et dont l'attractivité économique va faire le bonheur des producteurs fauchés ou arrivistes, qui veulent se tailler leur part du gâteau.



L'une des touches réellement originales qui fait le charme de cet OFNI (du moins à l'époque), est qu'il reprend les bonnes vieilles -mais efficaces- ficelles de l'épouvante suggestive. Soit créer un effet d'angoisse en se focalisant davantage sur ce que le spectateur ne voit pas plutôt que sur la surenchère en effets spéciaux. En effet, quoi de plus effrayant que des bruits de rires et de pleurs d'enfants en pleine nuit, puis une fuite effrénée face à un assaillant invisible au cœur d'une forêt tout à fait inhospitalière.

Le gros du travail tient aussi en l'interprétation des protagonistes, Heather Donahue (The Morgue), Joshua Leonard (Madhouse), et Michael C. Williams  (Altered) dans leurs propres rôles, et surtout à la création d'une base scénaristique solide, brillamment torchée dans la première bobine, grâce à des acteurs locaux choisis sur le tas, qui s'étalent sur la vraie fausse légende de leur ville avec une conviction troublante. D'autant que le tournage a lieu dans un Maryland suffisamment profond et rural pour créer un climat des plus inquiétants. Les trois acteurs principaux, quant à eux, multiplient les performances "réalistes", lâchés dans les bois, à la merci de la météo et des indications laissées par les réalisateurs, avec pour contrainte essentielle, l'utilisation d'une caméra 16 mm pour tourner le documentaire et une caméra vidéo pour le making of. Une alternance de points de vue judicieuse qui renforce, elle aussi, le réalisme de l’œuvre.


Et la technique s'est avérée payante puisque le film deviendra non seulement instantanément culte, mais aussi l'un des plus rentables de l’histoire de cinéma avec un coût d'environ 25 000 dollars à la base mais réévalué entre 50 000 et 75 000 dollars puisque des scènes ont été retournées et la musique réenregistrée, à la demande d'Artisan Entertainment, atteignant des recettes mondiales évaluées à 250 millions de dollars.

À noter que, pour la première fois, une campagne de promo virale était mise en place sur internet, colportant des rumeurs autant sur la disparition réelle de ces étudiants, que sur l'existence d'images retrouvées. Une vaste promo choc devenue la norme aujourd'hui, et l'un des arguments favoris des détracteurs de la franchise Paranormal Activity qui la juge aussi envahissante que le film est creux.




Difficile, toutefois, de nier une certaine lenteur dans cette dernière franchise qui s'ingénie à développer une mythologie au fil de ses suites alors que Le Projet Blair Witch aura tout misé sur un unique film et un faux documentaire : Curse of the Blair Witch (diffusé à la télévision américaine avant la sortie du film, et inclus dans le double DVD français). Si une séquelle, Blair Witch 2 : Le Livre des ombres, sera proposée l'année suivante, son accueil plus que mitigé coupera court à toute tentative de récidive. Toutefois, un projet est en développement depuis plusieurs années, mais rien n'a encore été officialisé à ce jour.  

Le Projet Blair Witch, dont le nombre de parodies, du type The Tony Blair Witch Project, ou encore The Bogus Witch Project, en dit long sur la popularité, aura fait date dans l'histoire du cinéma fantastique. Il tire son épingle du jeu grâce à son économie de moyen assumée, compensée par un casting suffisamment convaincant pour porter son récit surnaturel et transmettre, avec une troublante efficacité, toute la détresse de ses protagonistes malmenés et conduits tout droit vers l'inéluctable. Et même 15 après, le malaise demeure...
N.T.

EN BREF
titre original : The Blair Witch Project
pays d'origine : États-Unis
année de production : 1999
date de sortie française : 28 juillet 1999
durée : 77 minutes
budget :  entre 50 000 et 75 000 $
adrénomètre : ♥♥
note globale : 5/5

† HANTISE
▲ Culte
▲ Casting efficace
▲ L'utilisation ingénieuse du found footage
 -  DÉMYSTIFICATION -
▼ Horreur graphique réduite au strict minimum
▼ Prend son temps
▼ La fin "torture mentale"

LE FLIP
L'équipe de tournage agressée dans leur tente, au fond des bois...

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