S.O.S. FANTÔMES : L'HÉRITAGE (2021) de Jason Reitman [Critique]

Évaluation du dossier : 4.5/5 []

Une mère célibataire et ses deux enfants s'installent dans une petite ville et découvrent peu à peu leur relation avec les chasseurs de fantômes et l'héritage légué par leur grand-père.

De manière inattendue, Sony a véritablement créé l'évènement en annonçant cette suite directe aux films de 1984 et 1989. La surprise se trouve aussi dans le résultat final, brillant, inespéré et dont la notion d'héritage omniprésente touchera en plein cœur les fans nostalgiques de la première heure et le public plus jeune.


Devant le déferlement de haine qui avait accueilli S.O.S. "girl power" Fantômes, version reboot, Sony n'a pas vraiment chômé et s'est bien gardé d'évoquer ses tractations en parallèle avec la famille Reitman afin d'éviter que la saga ne rentre au placard pour 30 longues années de plus. Ce sera du coup le fiston, Jason, en culottes courtes sur le tournage du film de 1984, qui va tenter d'éteindre l'incendie provoqué par quelques (mais bruyantes !) pleureuses accusant le reboot d'hérésie humoristico-féministe. Si on ne s'étendra pas sur l'apparente frustration que peut provoquer l'héroïsme au féminin, on s'interroge quand même sur le problème tant décrié de l'humour, sachant que tant en 1984 qu'en 2016, les acteurs étaient issus du Saturday Night Live, véritable institution de l'humour made in US. S.O.S. Fantômes version 2021 devra-t-il donc faire de l'humour de 1984 ? Ou tout simplement le gommer pour ne vexer personne ? 


Cette suite directe aux deux films des années 80 répond partiellement à la question en inversant la manœuvre. L'humour n'est plus prétexte à des "mini sketches" délicieusement absurdes et dans l'air du temps, mais se fond parfaitement dans le récit. Il semble même se faire l'écho de cette polémique absurde (sur l'humour convenable ou pas) avec le personnage de la jeune Phoebe, brillamment interprétée par Mckenna Grace (Malignant)  qui enchaîne les blagues de "scientifiques" (comprendre pas drôle). Rassurez-vous néanmoins, on se marre beaucoup et le récit est abordé avec fraîcheur, passion et surtout une remarquable intelligence puisqu'il parvient à justifier pleinement ce retour (contrairement au reboot qui a géré le casting d'origine de la pire des manières qu'il soit), sous l'angle de l'héritage. Celui d'Egon Spengler, en miroir à celui beaucoup plus touchant puisqu'ancré dans le réel, du regretté Harold Ramis (Un jour sans fin) à l'origine du scénario final de la version 1984 aux côtés de Dan Aykroyd (The Blues Brothers), initiateur du projet.


Ce qui nous renvoie au titre de l'œuvre et à sa notion d'héritage, omniprésente dans ce volet. À commencer par celui d'un réalisateur, Ivan Reitman, qui passe le relais au fiston Jason, parfaitement à l'aise dans son rôle et qui, avec force et conviction, nous replonge dans un état d'émerveillement à la manière d'un Steven Spielberg, rien que ça. Pas moins à l'aise en termes d'écriture (il y aurait tant à raconter dans l'univers Ghostbusters), des choix sont à faire et aux côtés de Gil Kenan à qui l'on doit le très bon Monster House (et le très mauvais remake de Poltergeist !) il parvient à rendre l'ensemble parfaitement fluide, bien que les esprits chagrins pourront toujours y trouver çà et là quelques facilités scénaristiques. Mais globalement, l'œuvre joue parfaitement sur la notion d'inattendu parvenant même à la transformer en inespéré. 


L'héritage est également celui d'une famille abandonnée et ignorée par un aïeul qui s'est enfui loin de tout et passera le reste de sa vie à agir étrangement aux yeux de sa communauté, passant pour un illuminé. C'est à son décès, alors que sa fille et ses petits-enfants s'installent chez lui, que les morceaux vont commencer à se recoller. Enfin, l'héritage se situe dans la présence d'une partie du casting d'origine qui cette fois, en plus de vous remuer les tripes, va clairement passer le flambeau (et adouber !) ce transfert de compétences aux nouvelles générations alors qu'en salle, au même moment, le public des années 80 passe le flambeau à sa progéniture. Le tout emballé dans un fan service tout en subtilité, en intelligence, avec une approche réaliste et dramatique véritablement bouleversante.


Au niveau du casting, on ne rentrera pas dans les détails non plus afin de préserver un effet de surprise déjà bien entamé sur la toile et ailleurs. On y retrouve Finn Wolfhard (Ça) qui après avoir porté le costume à Halloween dans la série Stranger Things, finit par rejoindre véritablement la mythologie, où il trouve plutôt bien sa place. Les jeunes Mckenna Grace et  Logan Kim parviennent à convaincre en apprentis chasseurs de fantômes, tout comme le duo formé par Carrie Coon (Gone Girl) et Paul Rudd (Ant-Man) fonctionne du tonnerre en adultes immatures. Le reste, on vous laissera le découvrir par vous-même, tout en précisant qu'il a tendance à renforcer le propos du film et à lui conférer davantage de force (et de charge émotionnelle). Certes, on pourra regretter l'absence de certains personnages, mais il aurait été difficile de justifier pleinement leur présence sans tomber dans le fan service de base. Néanmoins, ceux qui en veulent encore pourront toujours rester pour les scènes post-générique.


S.O.S. Fantômes : L'héritage s'affirme comme une véritable suite, intelligente, voire brillante, fruit d'une réflexion rondement menée et qui parvient à faire oublier l'aspect forcément pécunier du projet en se concentrant à 300 % sur la notion d'héritage. Il est le véritable moteur du film avec son héros central, Egon Spengler auquel l'hommage rendu fait écho au décès d'Harold Ramis (à qui est dédié le film) qui avait plongé les fans dans un profond désarroi. Mais alors que s'était désintégré dans la foulée tout espoir de voir nos casseurs de fantômes reprendre du service, Jason Reitman réalise l'inconcevable. Voilà où se trouve la magie de ce retour inespéré, dans son aspect impossible et pourtant... Pour le reste, les effets spéciaux s'avèrent particulièrement réussis, respectueux de l'esprit originel et la musique de Rob Simonsen respecte pleinement l'héritage (encore !) d'Elmer Bernstein, mais aussi de John Williams qui apporte une réjouissante touche Spielberg, garantissant une vertigineuse plongée dans l'ambiance de l'époque. La relève est donc bel et bien là et dans ces conditions, que demander de plus ? Pour le reste, il faudra aller en salle pour le découvrir et surtout ne pas oublier vos packs de proton ...et vos mouchoirs !
N.F.T.

EN BREF 
titre original : Ghostbusters: Afterlife
réalisation : Jason Reitman
scénario : Gil Kenan, Jason Reitman
distribution : Carrie Coon, Paul Rudd, Finn Wolfhard, Mckenna Grace, Logan Kim, Celeste O'Connor, Bill Murray, Dan Aykroyd, Ernie Hudson, Annie Potts...
photographie : Eric Steelberg
musique : Rob Simonsen
pays d'origine : Canada / États-Unis
budget : 75 000 000 $
année de production : 2021
date de sortie française : 1 décembre 2021
durée : 124 minutes
adrénomètre : ♥ 
note globale : 4.5/5

† EXORCISME †
▲ Suite pleinement justifiée
▲ Casting aux petits oignons
▲ Forte charge émotionnelle
 
- DÉMYSTIFICATION -
▼ Petite baisse de régime en milieu de métrage
▼ Absence de certains personnages
▼ Forte charge émotionnelle

LE FLIP 
Un piège à fantômes qu'il n'aurait peut-être pas fallu ouvrir...

LIRE AUSSI

Commentaires

En cours de lecture