[Critique] ANNABELLE 2 : LA CRÉATION DU MAL (2017) de David F. Sandberg

Évaluation du dossier : 4/5 []

Encore traumatisés par la mort tragique de leur petite fille douze années plus tôt, un fabricant de poupées et sa femme recueillent une bonne sœur et les toutes jeunes pensionnaires d'un orphelinat dévasté. Mais ce petit monde, et principalement la jeune Janice, handicapée, est bientôt la cible d'Annabelle, création du fabricant possédée par un démon…

Annabelle 2 : La Création du mal n'était pas vraiment attendu au regard du résultat artistique tout juste correct d'Annabelle premier du nom, ni non plus pour les comportements de macaques de quelques décérébrés, constatés lors des séances perturbées en salles, au point que le long-métrage avait été purement et simplement déprogrammé dans de nombreux cinémas. Si les choses se sont arrangées niveau réalisation, la situation est malheureusement bien moins glorieuse côté public.

Cette suite marque donc deux retours : celui de l'affreuse poupée vue dans la saga Conjuring et pour laquelle un spin-off sera dédié, mais aussi celui de David F. Sandberg, réalisateur prometteur, qui nous avait fait une belle démonstration, l'année dernière, de ses talents de mise en scène de la terreur avec son premier long-métrage, perfectible, mais ô combien efficace, Dans le noir.


Alors l'idée était-elle bonne de refiler le bébé à un petit nouveau fraîchement débarqué dans la cour des grands ? La réponse est définitivement oui. Car Annabelle 2 : La Création du mal, surpasse de loin son modèle à tous les niveaux, retissant dans la foulée le lien fragile qui rattache le public cinéphile au cinéma d'épouvante populaire et commercial. La première chose qui étonne par ailleurs est sa classification moins de 12 ans alors que le film offre quelques plans graphiques plutôt relevés parmi lesquels figurent un corps délesté de sa partie inférieur, un visage salement défiguré ou un enfant tueur armé d'un couteau... ce qui a pour effet d'atténuer l'impression de cinéma lyophilisé qui pouvait se dégager du film maladroit de John R. Leonetti (Annabelle, I Wish - Faites un vœu). Évidemment, cette classification est à double tranchant puisqu'on y perd en qualité, mais cette fois côté public. En effet, ce genre de sortie reste désespérément et inexplicablement un aimant à demeurés irrespectueux qui vont jusqu'à tailler la bavette à voix haute en salle comme s'ils étaient dans leur salon, auxquels viennent s'ajouter des gamins et autres pétasses à smartphones-greffés-dans-la-main qui enchainent les selfies et partagent leur vie passionnante en direct sur les réseaux sociaux. Bref, toujours la même histoire et l'on ressort de la projection frustré et usé avec l'espoir tenace que l'avènement du E-cinema réglera le problème, certes de manière radicale, mais tel sera peut-être le prix à payer pour enfin responsabiliser les exploitants de salles et les inciter à faire le ménage.


Des conditions difficiles qui n'ont cependant pas empêché d'apprécier le scénario simple mais brillant, toujours signé Gary Dauberman (Ça, The Nun) cette fois plus abouti, autant dans l'écriture des personnages, moins caricaturaux que dans le premier opus, que dans la cohérence de la mythologie et les bases construites par le passé. Niveau personnages, tous sont parfaitement caractérisés et servis pas un casting efficace. De la petite Lulu Wilson (Ouija : Les Origines, Délivre-nous du mal) dans le rôle de Linda, la copine attentionnée envers Janice, sa camarade handicapée et tourmentée par Annabelle interprétée par Talitha Bateman (La Cinquième vague) en passant par les rôles d'adultes principalement occupés par Anthony LaPaglia (Innocent Blood, Un bon flic) et Miranda Otto (Apparences, Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du roi) qui campent avec force et talent ce vieux couple rongé par la mort de leur fille. On n'apprécie pas moins la présence de Stephanie Sigman (007 Spectre) dans le rôle de la bonne sœur sympa ou encore Brad Greenquist éternellement rattaché au cultissime Simetierre, de Mary Lambert. Enfin, c'est le compositeur Joseph Bishara (Insidious, The Conjuring : Le Cas Enfield) qui donne une nouvelle fois corps à l'effrayant démon qui anime Annabelle.

Le mise en scène de David F. Sandberg, extrêmement fluide, délicate et soignée offre une plus-value non négligeable à cette suite. Les mouvements de caméra chiadés, la gestion du hors-champ, les effets sonores et l'élaboration de plans-séquences immersifs sont autant d'éléments désormais maîtrisés qui participent à l'implication du public dans l'histoire. Dans la foulée et l'air de rien, tout cela fait entrer Annabelle dans la cour des grands, aux côtés des œuvres de James Wan, dont l'ombre plane plus que jamais dans les choix de réalisation et la capacité de Sandberg à faire du spectacle tout en titillant méchamment l'adrénomètre.


Dans le paysage relativement morne de l'épouvante actuelle Annabelle 2 : La Création du mal fait figure de véritable bouffée d'oxygène. Cette préquelle d'une franchise qui puait l'opportunisme à plein nez prend au final des allures de miraculée grâce à son scénario rusé, son casting irréprochable et sa mise en scène intelligente et dynamique qui rappelle sans problème le meilleur du boss, ici au rang des producteurs, aux côtés de Peter Safran (Le Projet Atticus, Conjuring : Les Dossiers Warren). Cela ne fait plus de doute, Annabelle 2 : La Création du mal apporte à cette deuxième moitié de l'année 2017 son lot de frissons et plus généralement d'espoir pour notre cinéma préféré. Pour ce qui est des macaques décérébrés évoqués plus haut, il est conseillé de privilégier les séances du matin ou en VOSTFR, voire les deux, afin de s'assurer que votre séance ne se transformera pas en visite inopinée du zoo de Vincennes...
N.F.T.


EN BREF
titre original : Annabelle: Creation
distribution : Stephanie Sigman, Miranda Otto, Lulu Wilson, Anthony LaPaglia, Talitha Bateman...
pays d'origine : États-Unis
budget :  15 000 000 $
année de production : 2017
date de sortie française : 9 août 2017
durée : 109 minutes
adrénomètre : ♥♥♥
note globale : 4/5

† EXORCISME †
▲ Mise en scène
▲ Scénario
▲ Casting

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Aimant à crétins et pétasses à portables en salles
▼ accès salle pour les + 12 ans
▼ Absence du couple Warren

LE FLIP
Une éprouvante partie de cache-cache...

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