LAST NIGHT IN SOHO (2021) d'Edgar Wright [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 [] 


Eloise, étudiante en prêt-à-porter fraîchement débarquée à Londres, découvre qu'elle est dotée de la mystérieuse faculté à revivre les années 60. Dans cet univers parallèle, à une époque qu'elle idéalise, elle suit la trajectoire de Sandie, une renversante jeune chanteuse en devenir. Mais les paillettes peuvent être trompeuses et très vite le rêve se brise, révélant une réalité bien plus sombre.


Edgar Wright revient avec Last Night in Soho, une proposition formelle riche qui nous plonge dans un cauchemar éveillé, au cœur du Londres des années 60.

Après les zombies, les sectes, les extraterrestres, les bassistes amoureux transis et les chauffeurs braqueurs, Edgar Wright s'intéresse cette fois aux années 60, cadre, voire personnage à part entière, de Last Night in Soho. Il nous plonge aux côtés d'Eloise, une jeune étudiante réservée qui idéalise cette période, notamment sa mode et sa musique. Reçue dans une école de stylisme, elle débarque à Londres la tête pleine de rêves, qui vont rapidement virer au cauchemar.


Edgar Wright démontre une nouvelle fois qu'il n'a pas son pareil pour jouer avec les codes de la pop culture afin d'alimenter ses récits et créer des images fortes qui sortent du tout-venant. Le scénariste des Aventures de Tintin version Spielberg ou encore de Ant-Man a largement montré patte blanche dans ce domaine auquel il contribue, et aborde avec une certaine légitimité la question de l'influence de la culture pop donc, mais il s'agit aussi des fantasmes qu'elle suscite. Il creuse le sujet pour faire émerger les dangers qu'elle peut représenter lorsqu'on ne vit qu'à travers elle, niant la réalité. 


Sans dévoiler les différents rebondissements, impossible, en effet, de passer à côté de sa richesse thématique puisque Last Night in Soho surfe avec brio sur plusieurs genres, du fantastique au film noir, en passant par le giallo, l'épouvante, la comédie, le drame... En termes d'influences, on navigue entre Retour vers le futur, Sixième Sens avec un côté thriller très polanskien et un sens graphique dont les couleurs bleues féeriques et le rouge sang nous rappellent immédiatement le chef-d'œuvre de Dario Argento, Suspiria. L'occasion de souligner les qualités de la très belle photographie signée Chung-hoon Chung (Ça, Stocker, Retour à Zombieland) qui s'épanouit autant dans un Londres rétro lumineux que dans les atmosphères plus anxiogènes lorsque la situation va se dégrader.


La musique est omniprésente et joue un rôle essentiel dans le film, les vieux tubes anglais – qui devraient plaire aux baby-boomers amateurs de pop anglaise – d'abord utilisés comme médium qui relie l'héroïne à un passé idéalisé et lui apporte du réconfort, deviennent, combinés au score de Steven Price (GravityBaby Driver), oppressants voire carrément flippants alors que les évènements prennent une tournure de plus en plus dramatique et semblent échapper à tout contrôle. 

Le tout est servi par un casting en béton armé, où les acteurs confirmés tels que Terence Stamp (le Général Zod de Superman), Margaret Nolan (la star peinte en or dans Goldfinger) et Diana Riggs (Chapeau melon et bottes de cuir, Game of Thrones), véritable icone pop à qui le film est d'ailleurs dédié, sont, quelque part, les porteurs de ce message d'avertissement "anti régressif" aux jeunes générations. Elles sont ici représentées par un casting d'étoiles montantes comme Thomasin McKenzie (Old) dans le rôle d'Eloise qui va devoir se faire une place dans le monde réel et Anya Taylor-Joy (Split, The Witch) qui incarne Sandie, une jeune fille forte, promise à une belle carrière avec l'aide du charismatique Jack, joué par Matt Smith (Doctor Who, House of the Dragon).


Last Night in Soho s'affirme au final comme une œuvre dense et ultra référencée (être anglais aide certainement à en saisir toutes les nuances) et joue la carte de la surprise en proposant un savant mélange des genres et des thématiques. C'est à double tranchant puisque l'ensemble prend le risque de devenir indigeste (certaines qualités du film, fruits d'une tendance à l'excès, pouvant rapidement se retourner contre elles) mais une bonne partie de l'intensité du long-métrage tient justement à sa capacité à proposer une expérience très complète. Avec derrière, l'idée que les expériences, bonnes ou mauvaises, deviennent une partie de chacun, mais surtout, que c'est dans le présent que l'on avance et qu'il est vain de s'emprisonner dans une idéalisation d'un passé révolu, aux frontières aussi impénétrables que dangereuses...
N.F.T.


EN BREF
titre original : Last Night in Soho
réalisation : Edgar Wright
scénario : Edgar Wright, Krysty Wilson-Cairns
distribution : Thomasin McKenzie, Anya Taylor-Joy, Matt Smith, Diana Rigg, Terence Stamp...
photographie : Chung-hoon Chung
musique : Steven Price
pays d'origine : Royaume-Uni
budget : 43 000 000 $
année de production : 2021
date de sortie française : 27 octobre 2021
durée : 116 minutes
adrénomètre : ♥♥ 
note globale : 4/5

† EXORCISME † 
▲ Densité du récit
▲ Réalisation inspirée
▲ Casting

- DÉMYSTIFICATION - 
▼ Des qualités qui, employées à l'excès, peuvent devenir des défauts


LE FLIP
Quand le rêve devient cauchemar et que le cauchemar s'incruste dans la réalité...
 
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