[Critique] GRAVITY (2013) de Alfonso Cuarón

ADRÉNOMÈTRE  ♡ 
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Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais lors d'une banale sortie dans l'espace, un incident se produit. Ils se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers et sans aucun contact avec la Terre...
C'est nul, il n'y a même pas d'histoire..." Ce premier commentaire échappé de la bouche d'une jeune fille placée derrière moi alors que la salle redescendait paresseusement sur terre après une heure trente d'intense apesanteur dans l'immensité de l'espace, me faisait à mon tour réaliser que je venais de prendre un pied monumental devant un film au scénario minimaliste. 
Un concept loin d'être rédhibitoire, et qui n'a rien de révolutionnaire puisqu'on se souvient de réussites du genre comme Duel de Steven Spielberg, Buried de Rodrigo Cortés, Evil Dead de Sam Raimi ou encore The Descent de Neil Marshall, qui parviennent tous à nous tenir en haleine malgré un pitch des plus épurés.

Si une minorité semble hermétique à un cinéma de la sensation, force est de constater qu'au résultat de la première semaine d'exploitation française et ses 1,5 millions de spectateurs, la grande majorité semble tout à fait disposée à vivre une expérience cinématographique atypique, dans laquelle le scénario n'est pas primordial. Car au milieu de la tonne de péloches qui sortent chaque année, souvent aseptisées, pire, formatées pour bien rentrer dans la petite case souhaitée, émergent parfois des œuvres uniques et inattendues, qui n'ont nullement besoin de se démarquer ostensiblement du cinéma populaire pour asseoir leur singularité, leur identité propre.


Il faut dire que depuis Les Fils de l'Homme, on s'attendait, enfin on l'espérait, se prendre encore une claque lors de la prochaine livraison de son réalisateur. Et concrètement, sur l'écran, le spectacle est complet, aussi fulgurant et ambitieux que la bombe visuelle Pacific Rim : des images grandioses, un dépaysement total en immersion depuis l'espace, et une tension telle que vous passez l'ensemble du métrage scotché à votre fauteuil.

Alors oui, comme le vociférerons quelques spectateurs qui n'apprécient pas les qualités d'un film là où elles se trouvent, Cuarón, à l'instar de Guillermo Del Toro et ses robots géants, ne mise pas vraiment sur l'épaisseur de son scénario pour transporter le public. Tout comme Stanley Kubrick l'a fait quatre décennies plus tôt, le réalisateur Mexicain s'évertue principalement à capter toute l'immensité vertigineuse de l'espace, son hostilité, causée en partie par l'intervention de l'homme, mais aussi toute sa poésie. Et sans prendre la voie de la science-fiction et de 2001, il y a largement de quoi offrir un space opéra grandiose, qu'il agrémente d'une bonne dose de thriller, et dont le réalisme, amplifié par des images 3D saisissantes, ne fait qu'accroître la sensation étrange d'avoir physiquement traversé le plafond de la salle de cinéma durant la projection.


L'identification aux personnages, même forte, est assez inhabituelle, puisque les acteurs qui les incarnent en deviennent secondaires, au profit de l'espace infini et menaçant. Si l'on ne fait qu'entendre Ed Harris (Abyss, Le Bazaar de l’Épouvante, Creepshow) en VO, lors des échanges radio avec la terre, la présence de George Clooney (Solaris, Une Nuit en Enfer) dans un rôle taillé sur mesure et de l’inattendue Sandra Bullock (Speed), ne gâche en rien le plaisir de cette escapade en altitude. Ils forment toutefois un duo d'astronautes suffisamment crédible, pour ne pas s'empoisonner l'existence avec des détails  dramaturgiques sans réelle importance.

Ceci dit, il n'est pas interdit de reprocher à Gravity son scénario ultra light, mais se serait passer à côté de tout ce qui fait sa force et sa réussite. Toujours est-il que Alfonso Cuarón confirme toute son habileté à mettre en images des histoires atypiques, en tapant dans le mille. Ici, le plaisir peut sembler basique mais l'attraction n'en est que plus forte. Car Gravity est avant tout une expérience rare, puissante, parfois éprouvante, un thriller parfaitement orchestré, tendu comme un arc, à vivre impérativement au moins une fois en 3D dans l'obscurité et la juste dimension d'une salle de cinéma...
N.T.

EN BREF
3D
titre original : Gravity
pays d'origine : États-Unis
année de production : 2013
date de sortie française : 23 octobre 2013
durée : 91 minutes
budget : 100 000 000 $ 
adrénomètre : ♥
note globale : 5/5

† HANTISE
▲ Thriller claustro magistral
▲ La 3D et les effets spéciaux
▲ L'expérience inédite dans l'espace
 -  DÉMYSTIFICATION -
▼ Les réactions étranges de l'héroïne
▼ Scénario minimaliste
▼ Impression de longueur pour ceux restés à terre...

LE FLIP
Rencontre macabre dans la navette spatiale.

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