INUNAKI : LE VILLAGE OUBLIÉ (2019/2020 - DTV) de Takashi Shimizu [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 []

 

Le village d’Inunaki, au Japon, est surnommé "le village hurlant". Un soir, Yuma Morita et sa petite amie décident de jouer à se faire peur lors d’une expédition nocturne dans le village. Sans le savoir, ils vont réveiller la terrible malédiction qui frappe cet endroit…


On se demandait où était passé Takashi Shimizu, grand absent de la très réussie série Netflix Ju-on: Origins. On connaît désormais la réponse : il se consacrait à cette nouvelle histoire de fantômes torturés pour laquelle il déploie le meilleur de son expérience de cinéaste.

Avec le temps, Takashi Shimizu est devenu spécialiste de la ghost story angoissante mâtinée de traumas en tout genre. On lui doit notamment l'essentiel de la saga Ju-on/The Grudge (exception faite de la série Ju-on: Origins sur Netflix) et d'autres œuvres tout aussi surnaturelles comme Réincarnation ou Vol 7500 : aller sans retour. Avec Inunaki : le village oublié, il s'intéresse cette fois à un véritable village fantôme niché au cœur du Japon, en réalité bien moins hanté que victime de l'urbanisation intensive du monde moderne.


Takashi Shimizu choisit une approche réaliste pour dévoiler sa fable, distillant un savant mélange entre social – l'allégorie présentée ici oppose d'ailleurs une caste japonaise méprisée à celles autoproclamées "supérieures" – et éléments plus fantastiques, usant du surnaturel pour illustrer la vengeance des habitants abusés d'Inunaki. Ce n'est donc pas innocent s'il entame son récit en adoptant une mise en scène de type found footage, limitant ainsi au maximum la distance entre le spectateur et ce qu'il se passe à l'écran, prouvant dans la foulée que le procédé, qui avait inondé la création cinématographique lors de la précédente décennie, est toujours très efficace. On en retient une intense visite guidée de ce village, a priori abandonné, mais source d'un gros moment de flip pour la jeune Akina Nishida, qui va entraîner de graves séquelles. Pour preuve, à son retour, elle va se mettre à dessiner des trucs flippants, chanter des chansons glauques, s'uriner dessus et offrir une des meilleures scènes du cinéma d'horreur cette année lors d'un entretien halluciné au téléphone avec son petit ami Yuma Morita. L'histoire va ensuite s'intéresser à la famille Morita, à ses particularités, ses travers et dévoiler petit à petit les pièces du puzzle.


Vous l'aurez compris, le récit est complexe. Il est donc interdit de faire autre chose pendant votre visionnage, au risque de manquer un élément majeur pour la suite. Il est même plus que recommandé de voir le film plusieurs fois afin de mieux en appréhender les rouages et ses différents niveaux de lecture. On y ressent l'influence de Sixième Sens – et ses personnages qui ont la capacité de voir les fantômes – de M. Night Shyamalan avec ses lents, mais élégants, mouvements de caméra lors des parties dialoguées. On pourra aussi relever un petit côté Shining  – le secret partagé entre Kanade et le petit Ryotaro – ou encore Silent Hill et ce village fantôme qui n'existe plus sur les cartes.


Bourré de bonnes idées – on sent que Takashi Shimizu condense le meilleur de sa carrière de cinéaste – Inunaki : le village oublié est toutefois très lent dans l'évolution de son récit, comme il l'est avec ses mouvements de caméra. Certes, on pourrait faire tenir le tout en supprimant une bonne vingtaine de minutes, mais force est de constater que le réalisateur japonais est extrêmement doué pour créer des ambiances flippantes ou des atmosphères à forte intensité dramatique.


Il offre ici un cinéma qui ne cherche clairement pas à surfer sur une tendance en vogue – au risque de flirter parfois avec des effets surannés – mais qui ose, mélangeant finement les genres horreur, épouvante, drame et ses thématiques. Il offre tout cela dans un joli package où la réalisation se nourrit indifféremment de prises de vue classiques, d'images réalisées en direct par les personnages et de vieilles images d'archives malaisantes. Le film pourra malheureusement rebuter les moins enclins à se prendre la tête devant une œuvre moins accessible qu'elle n'y paraît, mais Inunaki : le village oublié détient ce qu'il faut pour étonner grâce à la générosité d'un réalisateur qui va vous faire passer par une large gamme d'émotions. Et tout comme chez Shyamalan, le métrage se dévoilera toujours un peu plus visionnage après visionnage...
N.F.T. 



EN BREF 
titre original : Inunaki Mura
titre américain : Howling Village
distribution : Ayaka Miyoshi, Ryôta Bandô, Tsuyoshi Furukawa
pays d'origine : Japon
budget : N.C.
année de production : 2019
date de sortie française : 9 septembre en VOD - 16 septembre 2020 en BR et DVD (Lonesome Bear)
durée : 104 minutes
adrénomètre : ♥♥
note globale : 4/5

† EXORCISME †
▲ Utilisation d'images d'archives toujours aussi efficace
▲ Richesse thématique
▲Œuvre audacieuse

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Complexe
▼ Lent
▼ Parfois confus


LE FLIP
Des corps qui se jettent dans le vide...

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