SCARY STORIES (2019) de André Øvredal [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 []

Dans un manoir abandonné, un groupe de jeunes trouve un livre dont la lecture permet à ses effroyables créatures de prendre vie… La petite ville de Mill Valley va alors faire face à une vague de morts particulièrement atroces, et chacun devra affronter ses pires peurs pour arrêter ce carnage.

Prenez un classique littéraire, des illustrations effrayantes, un projet d’adaptation cinématographique, mélangez le tout, tendez le shaker à Guillermo Del Toro : vous obtiendrez ce film d'horreur familial globalement réjouissant, malgré quelques problèmes de rythme.

Producteur du projet dont il coécrit le scénario aux côtés de Dan et Kevin Hageman, spécialisés dans le film d'animation (La Grande Aventure Lego, Chasseurs de Trolls), Guillermo del Toro planche sur Scary Stories depuis 2016. D'autres s'y étaient cassés les dents avant lui et c'est presque un mal pour un bien puisque l'imaginaire inépuisable de l'auteur de L'Échine du diable et Le Labyrinthe de Pan trouve une matière première riche et inspirante du côté du livre éponyme d'Alvin Schwartz, culte outre-Atlantique. Un recueil de nouvelles jugé si effrayant qu'il s'en trouva banni des bibliothèques scolaires anglaises. Le projet suscite d'autant plus la curiosité qu'il reprend ces récits traditionnels transmis oralement du Vieux Continent jusqu'au Nouveau Monde ainsi que ces légendes urbaines et récits contemporains que les jeunes en mal de sensations se racontent lors des soirées pyjama et autres feux de camp à la belle étoile.


Si Scary Stories se rapproche de l'univers "Chair de poule", on se situe en réalité un niveau au-dessus, en termes d'horreur, plus froide et réaliste ici et parce qu'Alvin Schwartz s'avère beaucoup moins complaisant avec ses personnages. On ne voyage toutefois pas en terres inconnues puisque l'on retrouve des similitudes avec l'univers de Stephen King dans ce contexte rural si cher à l'auteur de Christine et dans la radicalité avec laquelle sont traités les aspects horrifiques de l'histoire.

Et à ce niveau, c'est plutôt réussi. On retrouve ce qui fait le charme des productions del Toro, le bestiaire en premier lieu. Inspiré du travail remarquable de l'illustrateur Stephen Gammell, il est ici très réussi, servi par des effets spéciaux particulièrement soignés, de l'épouvantail revanchard aux divers monstres, tous déterminés à attraper leurs proies, en passant par une acné révulsante tout comme l'est une cruelle attaque d’araignées... Chaque élément horrifique est traité d'une manière jusqu'au-boutiste qui les rend tout à fait crédibles. De plus, la réalisation d'André Øvredal convainc la plupart du temps, et cherche constamment, à saisir le public. Cependant, s'il sait créer un climat de tension – il l'a déjà démontré avec son huis clos The Jane Doe Identity – lors de séquences de montage alterné assez tendues, il pèche lorsqu'il s'agit de conclure et faire exploser toute cette tension accumulée. Il ne faudra donc pas s'attendre à décoller de son fauteuil, bien que de nombreux jump scares, malheureusement un peu vains, ponctuent le métrage.


Un autre souci apparaît parfois dans la densité excessive lors de la transmission de messages essentiels à la compréhension de l'histoire. Outre la quantité d'informations à digérer en peu de temps et le risque de rater un élément important lors d'un éventuel moment d’inattention, cela génère des problèmes de rythme assez gênants, même si pas forcément rédhibitoires. Cela peut s'expliquer par la tentative de résoudre l'éternelle difficulté des films à sketches auxquels il se rapproche, soit donner une cohérence globale à un agencement de récits différents reliés par un fil rouge. Au final, Scary Stories ne s'en sort pas si mal puisqu'il parvient à donner l'impression d'un univers complet (trop ?) et unique. Il est de plus servi par une superbe photographie signée Roman Osin, déjà à l'œuvre aux côté d'Øvredal sur The Jane Doe Identity, et par la musique d'un Marco Beltrami (La Dame en noir, Resident Evil), parfaitement à l'aise lorsqu’il s'agit de vous faire entrer une ritournelle mélancolique dans la tête.


Au niveau de la distribution, le boulot est fait. La plupart vont "vivre le dernier automne de leur enfance", comme le raconte Stella, l'héroïne interprétée par Zoe Margaret Colletti (Skin) et qui va confronter son entourage au livre maléfique. Parmi eux, on retrouve Michael Garza (Hunger Games : La Révolte - Partie 1) dans le rôle de Ramón, le mystérieux prétendant, Gabriel Rush (Moonrise Kingdom) joue Auggie, le pote naïf qui va regretter son excès de confiance envers un ragoût. Austin Zajur (Countdown) surjoue un peu dans le rôle de Chuck, ce qui en fait le personnage le moins convaincant. Austin Abrams (The Walking Dead) campe Tommy, le dur à cuire sans doute très inspiré par Ace Merrill dans Stand by me. Sans oublier la présence appréciable de Dean Norris (Dead Wish, Breaking Bad) qui nous montre avec force et conviction qu'il peut jouer autre chose qu'un flic badass.


Assez audacieux dans sa conclusion – là où on attendait quelque chose de plutôt conventionnel au vu du public auquel s'adresse le film, on fait face à un semi happy end – il est essentiel de passer outre ses petites longueurs pour se concentrer sur sa vraie grande qualité : son univers fantastique saisissant, peuplé de monstres pugnaces et sans pitié. Si Chair de poule est adapté à un public très jeune, celui-ci s'adresse plutôt aux aînés de la famille et s'avère moins une éventuelle corvée pour les adultes, du moins pour ceux qui sont plus "The Conjuring" que "Casper". Cela aussi pourrait expliquer quelques facilités scénaristiques (une cave secrète restée cachée presque un siècle, découverte en à peine quelques minutes par les gamins du coin, des liens amicaux sous-développés...) que l'on aurait qualifié d’impardonnables sur un film d'horreur "classique".
N.F.T.

EN BREF
titre original : Scary Stories to Tell in the Dark
distribution : Zoe Margaret Colletti, Michael Garza, Gabriel Rush, Austin Abrams, Dean Norris, Gil Bellows, Austin Zajur, Javier Botet...
pays d'origine : États-Unis / Canada / Chine
budget : 25 000 000 $
année de production : 2019
date de sortie française : 21 août 2019
durée : 108 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3/5


† EXORCISME †
▲ Esthétiquement réussi
▲ Les monstres
▲ Conclusion relativement audacieuse

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Des petits problèmes de rythme
▼ Peu effrayant
▼ Parfois trop "dense"

LE FLIP
Une repoussante acné...

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