LA MALÉDICTION WINCHESTER (2018) de Michael et Peter Spierig [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 []

Proche de San Francisco se situe la maison la plus hantée au monde : construite par Sarah Winchester, riche héritière de l’entreprise d’armes Winchester, elle est en perpétuelle construction et contient des centaines de pièces. Sarah y construit une prison, un asile pour les centaines d’esprits vengeurs tués par ses armes, et le plus terrifiant d’entre eux veut en découdre avec sa famille…


Après avoir signé le retour de Jigsaw l'année dernière, les frères Spierig reviennent avec une ghost story vénéneuse qui tente avec plus ou moins de réussite de jouer la partition des grands classiques du genre.


Le moins que l'on puisse dire est que La Malédiction de Winchester intrigue. Ne serait-ce que par la sensation de légèreté scénaristique qui s'en dégage malgré de louables et indubitables efforts à d'autres postes. Peut-être les classiques du genre nous ont-ils trop habitués à ces intrigues alambiquées, où la psyché des personnages noue des liens toxiques avec les lieux, qu'une étrange sensation de simplicité pèse ici ? Cependant, le contrat flip est rempli, bien qu'il s'en dégage une impression surfaite où les rares jump scares qui nous cueillent restent orphelins d'une atmosphère pesante si chère aux classiques de l'épouvante gothique. Ce n'est pas que La Malédiction Winchester soit avare en bonnes idées de mise en scène, on retiendra à ce titre une intense scène de "chasse" dans un escalier tout aussi singulier que la demeure qui l'abrite, mais elle demeure loin de l'inspiration de Robert Wise ou de Jack Clayton, auxquels elle se confronte fatalement. Frustrant...



Toutefois, il serait sans doute excessif et inexact de parler de ratage. Bien au contraire. On suit avec intérêt cette ghost story inspirée de la véritable histoire de la maison Winchester, réputée hantée par les âmes de ceux qui sont tombés sous le feu de la célèbre arme conçue par Oliver Winchester. Sarah Winchester, veuve de l'héritier d'Oliver suspecte une malédiction et, sur les conseils d'un médium, décide de construire une maison pour elle et les esprits. Selon le clairvoyant, elle survivra tant que la construction de la bâtisse se poursuivra. Durant 38 ans, 7 jours sur 7 jusqu'à sa mort, elle dessinera chaque nuit les plans selon les indications des esprits et les fera appliquer le jour par les chanceux entrepreneurs. Avec un sujet pareil, l'occasion était trop belle pour ne pas jouer de la métaphore avec la triste actualité américaine. Formellement, La Malédiction Winchester évoque bien sûr la La Maison du diable mais aussi Rose Red avec sa maison organique et instable qui ne manquera pas de ravir, outre les admirateurs de belles boiseries d'époque et autres moulures raffinées, les amateurs d'ambiances gothiques.

L'autre point fort de La Malédiction Winchester est son casting impeccable composé principalement d'Helen Mirren (Mrs. Tingle, Excalibur) dans le rôle de l'étrange héritière autour de laquelle gravitent, Sarah Snook (Jessabelle, Prédestination), Jason Clarke (Zero Dark Thirsty, La Planète des singes : L’Affrontement), Angus Sampson (Insidious, Nuits de terreur), Eamon Farren (Twin Peaks: The Return, Chained) sans oublier Bruce Spence (Backtrack: Les Revenants), qui outre sa participation mémorable à Mad Max 2 : Le Défi, peut se targuer d'avoir participé aux trois sagas les plus importantes du début des années 2000 (Matrix, Star Wars, et Le Seigneur des anneaux). 



Avec sa direction artistique inspirée, souvent très convaincante dans sa reconstitution historique, un casting aussi solide et quelques moments de flip à base de jump scares, il est dommage que La Malédiction de Winchester peine à compenser la désagréable sensation qu'il lui manque quelque chose d'essentiel. Sans doute une écriture et une mise en scène plus rigoureuses auraient apporté ce supplément d'âme qui fait malheureusement ici défaut. En attendant il est tout à fait possible de faire avec et si le public le plus exigeant ne souhaitera peut-être pas surpasser ces écueils, pour les autres, l'originalité du sujet suffira à les tenir en haleine jusqu'au générique de fin.
N.F.T.


 


EN BREF
titre original : Winchester
distribution : Helen Mirren, Sarah Snook, Jason Clarke, Angus Sampson, Bruce Spence, Eamon Farren...
pays d'origine : Australie / États-Unis
budget : 3 500 000 $
année de production : 2018
date de sortie française : 10 mai 2018 (e-cinéma)
durée : 99 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3/5

† EXORCISME †
▲ Aspect film historique
▲ Direction artistique
▲ Sujet original

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Traitement assez académique
▼ Manque d'audace
▼ Peu effrayant


LE FLIP
Une variante efficace du coup du reflet dans le miroir.


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