[Critique] GET OUT (2017) de Jordan Peele




Évaluation du dossier : 4/5 [♥]

Chris, un jeune homme noir, est invité par sa petite amie blanche, Rose, à passer le week-end dans la propriété de ses parents. D'emblée, le garçon ressent un étrange malaise, même si ses hôtes s'efforcent de paraître souriants et accueillants. Suite à plusieurs incidents perturbants, Chris comprend bientôt que la réalité dépasse largement tout ce qu'il avait imaginé...

Get out sort dans un contexte électoral pour le moins tendu chez nous. Idem outre-atlantique où le film a été présenté pour la première fois au public du festival de Sundance, seulement trois jours après l'élection de Donald Trump. Un mois plus tard, il se plaçait en tête du box-office lors de sa semaine de sortie. Reste à savoir si ce score assez révélateur sur l'intérêt porté à la question ethnique fera le même score ici.


Hasard calendaire ou pas, il faut bien admettre que le timing est parfait pour mettre les pieds dans le plat à l'heure des présidentielles françaises. On ressort ici les vieux démons de la classification raciale – que les progrès de la génétique ont permis de rejeter, n'en déplaise à certains –  vus à travers le prisme d'une Amérique divisée sur ces questions et où les groupes suprémacistes semblent évoluer en toute impunité. C'est notamment sous l'égide de Sean McKrittrick (Donnie Darko) mais surtout du studio Blumhouse que le projet a vu le jour. Jason Blum semble par ailleurs apprécier les sujets sociétaux puisqu'on lui doit outre la série des Insidious et autre Paranormal Activity, la série plus politisée des American Nightmare voire le faux documentaire écolo engagé de Barry Levinson, The Bay.

Convaincu que la comédie et l'épouvante puisent dans la même source d'inspiration, l'auteur et réalisateur de Get out, John Peele, célèbre aux États-Unis avec l'émission récompensée Key and Peele diffusée sur Comedy Central, a souhaité évoquer la question interraciale dans son pays. Ce qui est intéressant ici est qu'il le fait davantage sous l'angle du racisme, dans sa forme littérale, que de la xénophobie primaire, évoquant dans la foulée ses propres expériences et ses peurs en tant qu'afro-américain.


Aussi à l'aise à l'écriture qu'à la réalisation, Jordan Peele fait une proposition techniquement inspirée en adhérant au potentiel brut et brutal de son sujet. Bien que face à une œuvre contemporaine, on a parfois l'impression de visionner une vieille production télévisée (pas dans le sens péjoratif du terme) diablement efficace dans sa manière d'aller à l’essentiel sans perdre de son intensité. En résulte la mise en boîte de véritables fulgurances, associées au score de Michael Abels qui signe ici sa première bande originale de film. Les nappes de violons agressives récurrentes ne font qu'amplifier ce fameux sentiment rétro, digne d'un épisode d'une série policière hystérique et appuyant dans la foulée l'opposition à l'écran d'un monde qui avance, face à un autre mourant étouffé par ses idées rétrogrades. Enfin, impossible de passer sous silence le travail de Toby Oliver (The Darkness, Insidious 4) sur la photographie, remarquablement léchée, qui nous gratifie de séquences nocturnes angoissantes brillantes. 


D'ailleurs, niveau flip, il faut bien admettre que le scénario s'ingénie à nous faire flipper tout en prenant du recul avec les schémas éculés du genre. Ainsi, les jump scares – ultra-limités rassurez-vous – flirtent avec des situations psychologiquement gênantes, parfaitement aiguisées qui plongent automatiquement le spectateur empathique dans un malaise poisseux. Alors oui Get out vous prend et vous oblige à ressentir le malaise face au racisme sous-jacent tout en vous emportant là ou vous ne vous attendez pas, du début jusqu'à la pirouette finale.

Niveau casting, petit budget oblige, comme souvent chez Blumhouse, les mégastars sont snobées au profit d'acteurs aux carrières plus confidentielles mais pas moins honorables. On se réjouit par exemple de la présence de Catherine Keener (Ça tourne à Manhattan, Dans la peau de John Malkovich) au poil dans ce rôle de psychiatre adepte de l'hypnose, idem pour Bradley Whitford (La Cabane dans les bois, Robocop 3) en patriarche équivoque. Sa fille interprétée par Allison Williams, issue principalement du monde de la série télévisée forme un couple tout à fait crédible aux côtés de l'étonnant Daniel Kaluuya (Chatroom, Kick-Ass 2).


S'inscrivant dans la plus pure tradition des films paranoïaques du calibre de Darkness, Kill List, ou plus récemment de The Visit, Get out fascine et trouve le juste équilibre entre divertissement et réflexion. Mi-film d'horreur, mi-thriller social, le métrage offre une peinture sombre et pessimiste des relations multiethniques aux USA tout en mettant en garde face aux risques de dérives engendrées par l'indifférence devant l'inacceptable.

Satire sociale caustique au rythme impeccable parfois drôle, d'autres fois effrayante, Get out est une excellente surprise dans la monde de l'épouvante lyophilisée et souvent linéaire. On regrettera peut-être ce sentiment persistant d'un petit manque de fond sous la surface et d'un discours au final assez simpliste qui pourrait rendre l'ensemble idéologiquement discutable. Mais c'est aussi de bonne guerre...
N.F.T.

EN BREF
titre original : Get out
distribution : Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford...
pays d'origine : États-Unis
budget : 5 000 000 $
année de production : 2017
date de sortie française : 3 mai 2017
durée : 104 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 4/5

† EXORCISME †
▲ Scénario affuté
▲ Réalisation soignée
▲ Thriller haletant

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Manque de fond
▼ Excessivement manichéen
▼ Idéologiquement discutable

LE FLIP
En pleine nuit, un homme surgi de nulle part se précipite dans votre direction.

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