[Critique] AMERICAN NIGHTMARE (2013) de James DeMonaco

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Dans une Amérique rongée par la criminalité, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles soient légalisées. Sans police, ni hôpitaux, les citoyens définissent leurs propres règles et font leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Cette nuit là, une famille va devoir choisir son camp face à un inconnu venu frapper à sa porte.

L'inépuisable studio Blumhouse continue sa production effrénée de petits budgets (3 millions de dollars ici) conjuguant avec brio esprit indépendant et aspirations commerciales, savamment dosées.
Après quelques bombes comme Sinister et son boogeyman sur pellicule, la série des Paranormal Activity et son économie de moyen, Dark Skies et son invasion extraterrestre, c'est à un home invasion modeste mais terriblement efficace auquel nous convie le studio de Jason Blum.

Et dès l'ouverture, un générique ultra violent propose des images de chasse à l'homme et de mises à mort, extraites d'une précédente "purge" (titre original du film), plongeant le spectateur au cœur de cette nouvelle livraison de James DeMonaco (Little New York), qui n'a, par ailleurs, aucun lien avec Stéphanie. Porté par un casting excellent, parmi lesquels figure Ethan Hawke dans le rôle du chef de famille, Lena Headey en épouse dévouée, on retient surtout la performance de l'Australien Rhys Wakefield, dans le rôle d'un chef de gang aussi snobinard et antipathique que dérangé et incontrôlable...


Sujet épineux chez l'oncle Sam donc, puisque American Nightmare traite à sa manière des problèmes de violence que rencontre le pays, alors que la législation favorable au port d'arme et au droit de s'en servir, fait encore bien souvent parler la poudre. Évidemment, impossible de ne pas prêter une connotation politique à ce home invasion d'anticipation qui s'attache à dépeindre une Amérique malade et anthropophage, qui va au bout de ses idéaux, de ses traditions, quitte à instaurer 12 heures par an, une loi qui permet à l'ensemble de la  population de dégommer qui elle veut, sans être inquiétée.

Les motivations des uns et des autres constituent alors un véritable mille-feuille émotionnel où se juxtaposent pulsions meurtrières, jalousie maladive, soif de vengeance, de justice propre, mais aussi autodéfense, crise de conscience, tentative de conserver la raison même en situation de danger... Les rebuts de la société sont persécutés par des intouchables revendiquant leur unique légitimité. Et dans ce joyeux massacre anarchique, on se demande à qui peut bien profiter le crime, puisque la violence, devenue incontrôlable ne surgit pas forcément de là où l'on pense. Personne n'est, au final, en sécurité avec personne. Tous les motifs, aussi vain fussent-ils, sont bons pour justifier le meurtre de son propre voisin, juste parce que ce soir là, "on a tous les droits" dixit l'un des personnages les plus flippants du film...


Au-delà du terreau fertile qu'il fournit à toutes idéologies fascisantes dans sa première partie, American Nightmare reprend très vite le chemin de la raison et offre, au final, un joli conte, mélange habile de thriller (principalement), d'horreur et d'anticipation, avec une dimension sociale qui le rapproche vaguement du Sous-sol de la Peur de Wes Craven et même politique, puisque le discours du film se rapproche parfois du brûlot antimilitariste de Peter Watkins. Le droit au meurtre ici, se faisant écho à l'état d'urgence instauré par le gouvernement et les condamnations abusives qui en découlent dans Punishment Park. 

James DeMonaco, de son côté, remplit son contrat et livre une série B efficace, tendue, sans temps mort dès que sonne le début de "la purge" et correctement mis en image, suffisamment en tout cas pour impliquer le spectateur dans l'histoire. L'utilisation de la caméra à l'épaule est d'ailleurs devenue une signature incontournable des productions Blumhouse, et une fois de plus, malgré les cris scandalisés de ses détracteurs nostalgiques des réalisations à l'ancienne, ce choix narratif s'avère payant.

À noter la présence, au rang des producteurs, de Michael Bay, qui nous a offert l'excellent remake de Massacre à la Tronçonneuse et les lifting oubliables de Vendredi 13 et des Griffes de la Nuit, mais aussi celle du frenchy Sébastien Lermercier, qui a notamment occupé le poste de producteur exécutif sur le remake d'Assaut, Assaut sur le Central 13 de Jean-François Richet avec, oh surprise, Ethan Hawke au casting. Et qui s'était chargé de réécrire le script de Carpenter ? Un certain James DeMonaco, ça vous dit quelque chose ?
N.T.

EN BREF
titre original : The Purge
pays d'origine : États-Unis / France
année de production : 2013
date de sortie française : 7 août 2013
durée : 95 minutes 
budget : 3 000 000 $
adrénomètre : ♥♥
note globale : 4/5

† HANTISE
▲ Pas de temps mort
▲ Original
▲ Fond intéressant
 -  DÉMYSTIFICATION -
▼ L'envie de quitter le home invasion
▼ L'impression de pitch sous-développé
▼ Simpliste

LE FLIP
Des inconnus dans la maison...

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Sinister
Dark Skies



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