[Critique] THE SACRAMENT (inédit - 2013) de Ti West

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Deux journalistes suivent un de leurs amis, parti à la recherche de sa sœur disparue. Quittant les États-Unis pour une destination tenue secrète, ils arrivent finalement à Eden Parish, une communauté religieuse où quelque deux cents âmes partagent l’idéal d’un mode de vie autonome, fondé sur le partage des biens et porté par un chef charismatique que ses fidèles appellent « Père ». Mais des zones d’ombre dans ce prétendu petit paradis vont progressivement plonger les nouveaux arrivants dans l'horreur.

Après The Innkeepers, ghost – busters – story élégante, inspirée et plutôt convaincante, Ti West revient au long-métrage et cède à son tour à l'appel, dans l'ère du temps, du found footage. Un procédé qui ne lui est pas tout à fait étranger, l'ayant pratiqué par le passé dans le film à sketches intégralement dédié à ce mode narratif, V/H/S.

Tout comme The Bay, dans le domaine du documenteur, il est ici davantage question pour The Sacrament, film choc inspiré de faits réels, d'aborder ses thématiques sous l'angle réaliste et créer le sentiment d'angoisse en ménageant, autant que possible, la probabilité de son récit. D'ailleurs cette tension permanente, que la bande son entretien efficacement, plutôt que mener vers un climax fantastique mâtiné d'horreur ou d'épouvante, prend rapidement la direction du thriller et de la tragédie évitant ainsi de sacrifier sa crédibilité sur l'autel du spectaculaire.


Et pour cause, puisque la structure du scénario et les éléments déclencheurs qui l'articulent, sont étroitement inspirés de la sordide histoire du révérend Jim Jones et de la secte du Temple du Peuple. Pour rappel, le 18 novembre 1978, suite à une visite d'un représentant du congrès américain, Leo Ryan et d'une équipe de reporters, au cœur de la communauté installée au Guyana, Jim Jones entraina ses adeptes dans un suicide collectif de masse impliquant également des centaines d'enfants. Un geste moins dû à l'intrusion de ces visiteurs dans le monde très fermé et contrôlé par ce gourou à l'esprit sérieusement ravagé par les drogues dures, que par la volonté de certains apôtres, à l'heure du départ de leurs hôtes, de quitter la communauté à leurs côtés, au risque de dévoiler la vérité à la face du monde et mettre en péril ce que Jones avait construit.

Toutefois l'apport de TI West, qui adopte, ne serait-ce que par l'emploi du faux documentaire, une certaine transparence, se substituant à tout jugement, insuffle un malaise trouble autour de The Sacrament et ses intentions. D'ailleurs, jusqu'aux premiers signes de faiblesse, ce petit monde semble idyllique, malgré des méthodes sécuritaires discutables et pire, les insoutenables prêches du gourou, dans la dernière partie du métrage, qui joueront la carte de la victimisation, à tel point que le malaise en est décuplé face à l’inacceptable résignation.


Demeure la question de la pertinence d'un tel projet, même si produit par Eli Roth, au sein d'un festival du film fantastique peut être posée, d'autant que The Sacrament quittera Gérardmer avec un prix du jury Syfy, alors qu'il n'ajoute aucun élément fantastique à une abominable tragédie bien ancrée dans un réel des plus dérangeants. Une réalité fatalement adoucie, ne serait-ce que par la centaine de victimes du film alors que Jim Jones en aura, quant à lui, "suicidé" près d'un millier...
N.T.


EN BREF
titre original : The Sacrament
pays d'origine : États-Unis
année de production : 2013
date de sortie française : inédit
durée : 90 minutes 
budget : 4 000 000 $
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5

† HANTISE
▲ Dérangeant
▲ Réaliste
▲ Tendu

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ La réalité pire que la fiction
▼ Quelques clichés propres au found footage
▼ Un gourou qui manque parfois de charisme


LE FLIP 
La force de persuasion du "Père".

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