[Critique] EDEN LAKE (2008) de James Watkins

ADRÉNOMÈTRE   
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Jenny est maîtresse d'école. Avec son petit ami, ils quittent Londres pour passer un week-end romantique au bord d'un lac. La tranquillité du lieu est perturbée par une bande d'adolescents bruyants et agressifs qui s'installent juste à côté d'eux. À bout de nerfs, le couple leur demande de cesser leur tapage, n'obtenant qu'un déferlement de violence qu'il était loin d'imaginer...

Naviguant entre survival, vigilante movie et torture porn, le moins que l'on puisse dire, c'est que Eden Lake parvient à distiller une puissante terreur psychologique.
Qui plus est avec un talent qui n'a rien à envier à ses grands frères revendiqués que sont Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah, ou le Délivrance de Boorman. Un effet véritablement angoissant obtenu en partie grâce à son monstre aux traits humains, pire, ceux d'enfants, intégrant ainsi une dimension sociologique dérangeante basée sur l'inacceptable et le réalisme.

Watkins exploite habilement cette ambiguïté autour de l’enfance et ses contradictions, de ces chers petits anges qui, au final, dans un contexte favorisant les comportements extrêmes, peuvent aussi être capables des pires monstruosités. Du coup, très vite, en fait dès que les gamins nous sont présentés, on ressent leur présence malveillante partout. Un sentiment de menace pesant, à mettre au crédit du scénariste James Watkins (My Little Eye, The Descent : Part 2), qui aura fait des pieds et des mains auprès des producteurs pour réaliser ce premier long métrage, obtenant le droit de tourner la séquence où les gamins torturent leur victime à tour de rôle. Watkins convainc les financiers et hérite du poste tant convoité. Et le bonhomme fait preuve d'un potentiel indéniable, en terme de direction d'acteurs, de réalisation, mais aussi de rythme, la cerise sur le gâteau étant sa capacité à rendre une situation peu probable, – quoique tout le monde a encore en tête l'effroyable l'affaire James Bulger en Grande-Bretagne – tout à fait immersive. 


Eden Lake base son argument sociologique sur la politique ultra-libérale de Tony Blair qui, par une réforme de 2006, soumettait les écoles du Royaume-Uni à la concurrence et aux intérêts privés, creusant davantage le fossé entre gosses de riches et les facilités que cela implique et gamins de milieux modestes, voire défavorisés. Une orientation qui, au delà de l'effet contre-productif dans le domaine de l'éducation, génère dans Eden Lake une jeunesse paumée, sans repère. Pire, sous l'influence d'un crétin manipulateur et ultra violent combiné à un effet de groupe, le système finit par engendrer de jeunes nihilistes voleurs et assassins. Une situation qui apparaît encore plus logique lorsque James Watkins s'intéresse à leur milieu et à leurs géniteurs... 

Certes, attendez-vous à une belle brochette de crétins qui, malgré des airs angéliques, ne valent pas mieux que la bande à Krug dans la Dernière Maison sur la Gauche. Mais plutôt que de se contenter de dépeindre des tueurs dénués de conscience, Watkins complique la donne et parvient à conserver et entretenir juste ce qu'il faut d'empathie pour les ados. Des gamins qui au final, ne sont que l'association détonante d'une éducation chaotique par un système et des parents eux-mêmes paumés et irresponsables. Du coup, même après avoir commis le pire, cette jeunesse désœuvrée reprend son statut de victime alors qu'elle est mise hors d'état de nuire.


Le calvaire du couple est également passé à la loupe. Il est vécu de l'intérieur par le spectateur, qui s'identifie de manière viscérale à ces deux amoureux en passe d'officialiser leur union. Un mariage et peut-être, à leur tour, des enfants... Un paradoxe et une tragédie qu'ils vont transmettre avec force au spectateur grâce à l'interprétation magistrale de Kelly Reilly (Flight, Les Poupées Russes) et Michael Fassbender (Prometheus, Inglorious Basterds).

Exposé à une levée de bouclier de la part de certains critiques pour son discours radical, réac, mêlé d'un extrémisme des plus nauséabonds imprégné de loi du talion, Eden Lake embarque surtout l'ensemble de ses personnages dans la même dynamique de la lose. Car au bout du compte, tout le monde y perd. Et quoiqu'on en déduise, demeure en surface, un film de terreur généreux, parfaitement rythmé, qui ne laisse aucun répit à ses protagonistes ni au public, dès lors que la machine infernale se met en route. Avec ce premier long, James Watkins, qui confirmera quelques années plus tard avec le gothique et stylisé La Dame en Noir, livre un joyau brut de l'angoisse, sombre et percutant, ancré dans une réalité repoussante d'où ne s'échappe plus aucune lueur d'espoir.  Vous voilà prévenus.
N.T.

EN BREF
titre original : Eden Lake
pays d'origine : Royaume-Uni
année de production : 2008
date de sortie française : 8 octobre 2008
durée : 91 minutes
interdit aux -16 ans
adrénomètre : ♥♥
note gobale : 5/5 

† EXORCISME †
▲ Casting impeccable
▲  Mécanique de la lose parfaitement huilée
▲ Sombre et percutant

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Réac'
▼ Extrémiste
▼ Conclusion ambiguë sur les classes populaires

LE FLIP
Seule contre tous !

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