[Critique] CARRIE AU BAL DU DIABLE (1976/1977) de Brian de Palma

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Carrie White est une jeune fille de 17 ans, solitaire, au physique disgracieux. Tourmentée par une mère tyrannique et pieuse jusqu'à la névrose, malmenée par ses camarades de classe au lycée, elle se découvre peu à peu des facultés télékinésiques. Malheureusement pour ses camarades qui l'ont humiliée en public, Carrie va leur offrir une démonstration de ses pouvoirs qui fera sombrer la soirée du bal de fin d'année dans le chaos...

En quelques plans de cette adaptation libre du tout premier roman de Stephen King, on comprend que l'on n'a pas à faire à un film conventionnel.
Et pour cause, derrière la caméra on retrouve Brian De Palma (Furie), toujours prompt à mêler techniques inhabituelles, telles l'effet accéléré, le zoom -qu'il est l'un des rares cinéastes à réellement maitriser- ou le split screen (procédé déjà utilisés dans Phantom of the Paradise et Sœurs de Sang), et constructions de plans hautement symboliques, comme le lancinant ralenti qui préfigure la tragédie lors du bal de fin d'année, ou la mère en position de croix, rappelant le martyr saint Sébastien.


Sur la base d'un scénario écrit par Lawrence D. Cohen (Ça, Les Tommyknockers, Le Fantômes de Milburn), De Palma ne ment pas et décide de filmer l'adolescence "à nu", moralement, dans ce qu'elle peut avoir de plus ingrat et idiot, mais aussi physiquement, comme pour dire qu'il ira jusqu'au bout de sa vérité. Ainsi, dès l'ouverture dans les vestiaires à l'issue d'une séance de sport, Carrie et les jeunes lycéennes, dévoilent tout. Parmi un défilé de petites culottes et soutien-gorge, Nancy Allen (Robocop, Blow Out), et plus tard Sissy Spacek sont montrées dans leur plus simple appareil. Combinez à cela une musique langoureuse et paisible, un léger flou artistique évoquant immanquablement la photographie érotique de David Hamilton, et un pommeau de douche filmé de telle manière qu'il se mue instantanément en objet phallique en pleine éruption, difficile de ne pas donner un caractère ouvertement sexuel à la séquence... On nage alors en pleine hallucination cinématographique, sans doute encore sous l'influence d'une révolution sexuelle qui vient de bousculer l'occident, et qui finalement, explique qu'à l'époque le film ait été interdit aux moins de 16 ans chez nous. Malheureusement tout s'écroule avec la découverte, pour la pauvre Carrie, des "joies" du cycle menstruel, virant très vite en une cruelle scène de moquerie de la part des ses camarades. Ce qui va la pousser à l'hystérie et sceller en quelque sorte son destin de vilain petit canard.


Brian De Palma scrute l’adolescence, et la transcrit dans toute sa contradiction, dans ce qu'elle a de plus naïve,  de cruel et d'excessif. Parvenant à nous réjouir et quasiment nous convaincre, que la marginalisation de Carrie peut être évitée, c'est pour mieux choquer le spectateur au moment où elle est victime d'une ultime humiliation publique, scellant le destin des participants du bal de fin d'année. Cette scène, complètement héritée de la dramaturgie hitchcockienne, (déjà présente dans la musique empruntée à Psychose lorsque Carrie utilise ses pouvoirs) démontre tout le talent chez De Palma à créer un suspense glaçant au travers de jeux de regards et de champs-contrechamps, d'inserts et de très gros plans explicites sur les enjeux qui se nouent pour les personnages et l'impuissant spectateur. Jusqu'à un affrontement intrafamilial final complètement malade entre forces divines douteuses et pureté ravagée par l'intolérance.

Une réussite qu'il serait injuste de ne pas mettre au crédit d'un casting aussi béton que sa mise en scène, dont Piper Laurie, géniale dans le rôle d'une mère complètement abrutie par sa dévotion religieuse, mais aussi par un florilège d'acteurs qui débutent ici une longue carrière. Sissy Spacek dans le rôle-titre, inspire un troublant mélange de pitié face à l'incompréhension du monde qui l'entoure et de crainte face à un pouvoir puissant et ravageur lorsqu'il est guidé par la colère. Le plaisir aussi de découvrir Nancy Allen, John  Travolta, Army Irving (Furie, Carrie 2 : La Haine), William Katt (House)...

Récit cruel sur une filiation difficile, sur l'intolérance et ses conséquences, s'il ne sera jamais aussi efficace que pendant sa scène d'ouverture et dans sa dernière partie, Carrie n'en demeure pas moins une pièce maîtresse dans la carrière de son réalisateur, qui allait remporter un véritable succès, emportant dans son sillon un écrivain alors encore inconnu, Stephen King.
N.T.

EN BREF
titre original : Carrie
pays d'origine :  États-Unis
année de production : 1976
date de sortie française : 22 avril 1977
durée : 94 minutes
budget : 1 800 000 $
adrénomètre : ♥
note globale 4.5/5

† HANTISE
▲ Le casting
▲ Mise en scène fascinante
▲ La naissance de Stephen King

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ Plus vraiment flippant
▼ Très marqué par son époque
▼ Doublage français assez moyen

LE FLIP
La scène du bal...

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