[Critique] CARRIE, LA VENGEANCE (2013) de Kimberly Peirce

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Timide et surprotégée par une mère excessivement pieuse, Carrie est une lycéenne rejetée par ses camarades. Alors qu'elle entre dans l’adolescence, elle se découvre un pouvoir de télékinésie qu'elle contrôle difficilement. Le soir du bal de fin d'année, victime d'une raillerie particulièrement humiliante, la jeune fille se met en colère, entraînant un déchaînement de violence auquel personne n’échappera…

Le premier challenge de Carrie, la Vengeance, était de se montrer à la hauteur du roman de Stephen King. Pas simple, d'autant que ce dernier illustrait et rendait crédible le parcours chaotique de la jeune fille aux pouvoirs de télékinésie en incluant, au sein d'une narration traditionnelle, des articles de journaux, des rapports, des témoignages... Et puis il y avait aussi Carrie, l'inoubliable classique de Brian De Palma. Inutile, donc, de préciser à quel point la tâche s'annonçait ardue...
Très vite, un report de sortie (d'avril à décembre) semait sérieusement le doute, même dans l'esprit des moins réfractaires à cette relecture moderne d'un classique de l'horreur. Puis la bande-annonce est arrivée, confirmant le lifting attendu, voire redouté, assumant pleinement sa modernité et ses effets spéciaux tape-à-l’œil sur fond de teen story.


En salle, le résultat final s'avère à la hauteur... des inquiétudes. Le montage soufre d'un découpage maladroit et sans finesse qui rompt totalement avec la virtuosité de Brian De Palma. Les séquences clé ne sont pas mises en valeur, pire, elle souffrent de plans de coupe brutaux (la scène du distributeur d'eau dans le bureau du directeur) qui donnent un goût d'inachevé plutôt malvenu pour un budget de 30 millions de dollars. S'ajoute à cela une ouverture bien en deçà de la scène d'exposition hautement symbolique imaginée en 1976. On se retrouve ici face à une introduction paresseuse, se focalisant sur la naissance non désirée de Carrie White, dont l'impact, même empreint d'une certaine violence, ne parvient pas à égaler, ne serait-ce que techniquement, la charge émotionnelle de la séquence des vestiaires de l’œuvre source.

Heureusement, le casting apporte un peu de lumière à ce sombre tableau. À commencer par celle qui tient une bonne partie de l'entreprise sur ses épaules, la splendide Julianne Moore (Les Fils de l'Homme, Mémoire Effacée) dans le rôle de la mère bigote, dont la santé mentale est complètement dévastée par la foi. Chloë Grace Moretz (Laisse-moi entrer, Kick Ass, Amityville), semble, quant à elle, victime d'une direction d'acteur approximative. Son jeu navigue entre justesse troublante (sa présence physique lorsqu'elle pète définitivement les plombs) et cabotinage (les excès de timidité qui la font sourire "bêtement" peinent à convaincre). Le couple d'adolescents rebelles, Billy et Chris, très stéréotypé, est interprété par Portia Doubleday (Her) et Alex Russell (Chronicle, Les Âmes Vagabondes). En revanche, la relève de William Katt (House), dans le rôle de Tommy Ross, cavalier de Carrie, sonne plutôt juste, assurée par me quasi inconnu, Ansel Elgort.


Le thème de l'adolescence, de ses mutations, de l'âpreté des rapports avec l'extérieur, de l'exclusion et de la religion, traités ici avec un automatisme et un académisme presque gênant, ne parviennent pas à faire oublier l'impression tenace de visionner un téléfilm tendance eau de rose et réseaux sociaux, destiné au public de Twilight.

Les plus courageux devront patienter jusqu'à la dernière bobine, lors de la scène du bal, pour que le film se réveille, alors qu'explose toute la haine de Carrie, et sur laquelle tout semble avoir été misé. Et il est vrai qu'à ce moment, avec la très graphique scène de l'accident de voiture, elle parvient enfin à tenir un semblant de comparaison avec le métrage original. L'effet est garanti, malgré la reprise un peu décousue de la pluie de pierres qui tombe comme un cheveu sur la soupe, sans la moindre explication (le roman de Stephen King pourra toutefois satisfaire les plus curieux sur ce sujet).

Au final, le constat est sans appel : Carrie, la Vengeance, rejoint la liste des remakes inutiles. Toutefois, des interrogations demeurent sur la réelle marge de manœuvre de Kimberly Peirce, à qui l'on doit le très remarqué Boys don't Cry, en 1999. Ainsi que sur la mesure des risques encourus à trop se rapprocher de la version De Palma, expurgée dans la foulée de ses qualités anxiogènes. D'autant que son budget confortable de 30 millions de dollars, pourrait bien faire de ce remake, le hold-up cinématographique de l'année.
N.T.

EN BREF
titre original : Carrie
pays d'origine : États-Unis
année de production : 2013
date de sortie française : 4 décembre 2013
durée : 100 minutes
budget : 30 000 000 $
adrénomètre : ♥
note globale : 2.5/5


† HANTISE
▲ Bon casting
▲ La scène de l'accident de voiture
▲ La scène du bal

 -  DÉMYSTIFICATION -
▼ Remake inutile
▼ Hold-up cinématographique
▼ Lisse comme un Twilight

LE FLIP
Quand Carrie devient colère...

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