DANS LES HAUTES HERBES (2019 - SVoD) de Vincenzo Natali [Critique]

.Évaluation du dossier : 2.5/5 []


Cal et Becky sont frère et sœur. Alors qu'ils font une halte pendant un road trip, ils entendent soudain les cris d'un jeune garçon, perdu dans un champ d'herbes hautes. Comme ils s'y aventurent pour le sauver, ils se retrouvent vite piégés par une force sinistre qui les désoriente, et finit par les séparer...

De ces herbes pas un brin ne dépasse. Vincenzo Natali s'attaque à cette collaboration des King, père et fils, pour un résultat trop lisse, plus proche de la monotonie d’un terrain de golf que de l’explosif foisonnement d’une friche.

Depuis Cube, son premier long-métrage sorti en 1997, Vincenzo Natali tourne autour de la question de l’isolement, de la perte de repères, de la survie en milieu confiné, et jubile à délabrer copieusement l’équilibre mental de ses personnages. Sa dernière réalisation, Dans les hautes herbes, ne déroge pas à la règle. Il faut dire que la nouvelle éponyme de Stephen King et Joe Hill dont est tiré le scénario, publiée de façon confidentielle en 2012 et disponible uniquement en e-book à ce jour pour la traduction française, répond sur-mesure aux préoccupations du cinéaste. On y découvre Cal et sa sœur Becky enceinte de six mois, portant secours le temps d’une pause le long d’une route de campagne à Tobin, un jeune garçon perdu dans un champ de hautes herbes. Bientôt égarés à leur tour, ils réalisent que l’immensité verte abrite beaucoup plus qu’un dédale opaque, et part franchement "en live". Que faire alors, lorsque s’échapper semble aussi vital qu’impossible ?


On plonge dans le film comme les personnages dans l’océan de verdure, tête baissée et assez confiant. La typique route déserte en ligne droite flanquée de champs au milieu de nulle part, le ciel bleu, le vieux bowling d’un côté, l’église de l’autre, le cadre est parfaitement posé et rassurant de banalité. Comme Cary Grant attendant au bord de la route dans La Mort aux trousses, nul ne soupçonne l’imminence d’un danger. L’horreur, pourtant, est toute proche, tapie au cœur d’une étendue d’herbe qui semble sans limite. Un des enjeux du film réside dans cette introduction, efficace, qui présente d’emblée tout le décor en un clin d’œil. La source principale d’angoisse s’exprime là, dans la mise en place d’une situation aussi simple et absurde qu’anxiogène et vertigineuse, sentiment exacerbé par la nature du champ, espace perçu si infini qu’il en devient paradoxalement clos.

Malheureusement, de cette base rien ne décolle des masses. Tout se passe comme si Vincenzo Natali adaptait scolairement la nouvelle, au lieu de se l’approprier. Là où Le projet Blair witch , dans la même veine, privilégie l’étude, à force de détails,  des rapports humains  et leur mise à l’épreuve à l’intérieur du groupe au détriment de l’aspect gore et terrifiant, Dans les hautes herbes joue et perd sur tous les tableaux. Le climat de désorientation et de confusion initial est vite balayé par le ressort fantastique, lui-même dilué dans la montée de la violence, le tout englué dans des velléités psychanalytiques de conflit incestuo-fraternello-maternel. L’ensemble n’est pas déplaisant mais Natali  laisse le spectateur, passif, en observateur  au bord de son champ, un peu comme s’il se contentait d’appliquer un savoir-faire sans y croire.



Côté comédiens, seuls Harrison Gilbertson (UpgradeHaunt) qui incarne Travis, l’ex petit ami de Becky, et Will Buie Jr. en jeune Tobin tirent leur épingle du jeu. Patrick Wilson dans le rôle du père de Tobin, pourtant loin d’un novice en la matière (Insidious, Conjuring, La Nonne), transpire la folie comme Ian Curtis la joie de vivre. En attendant, le champ, qui pour lui-même bénéficie d’un intéressant traitement cinématographique (plongée verticale, mouvement, flou, ralenti), constitue le personnage principal et devient l’objet d’une multitude d’interprétations. Il est le traumatisme qui frappe soudain Becky confrontée à sa maternité. Il dissémine la part la plus obscure des religions en réponse au vide existentiel. Il est l’organe vital atteint d’une tumeur maligne qui s’étend sournoisement. Il dissimule le Mal  intrinsèque au monde. En outre, le film aurait pu s’engouffrer plus avant dans une voie "clivebarkerienne", à l’image d’une scène où la terre s’ouvre et décèle une manière de figuration infernale, sauce Jérôme Bosch. Sur un mode sado-maso les personnages alimentent le cycle de leur calvaire, ils sont la source même de leur supplice car ils répètent leurs erreurs à l’infini. L’être humain est responsable de son malheur et cultive avec un désir plus ou moins conscient sa propre agonie. Et comme chez Barker, le thème du sacrifice plane. 


Un peu trop linéaire et prévisible, Vincenzo Natali parait se perdre lui-même, incapable de choisir une direction et déçoit relativement, en bon élève se reposant sur ses acquis. Mais on sort au moins de ses hautes herbes avec l’envie irrépressible de se jeter sur le texte original des "King". Et ça, c’est un peu une réussite. 
M.V.


EN BREF 
titre original : In the Tall Grass
distribution : Laysla De Oliveira, Avery Whitted, Patrick Wilson, Harrison Gilbertson, Will Buie Jr., Rachel Wilson...
pays d'origine : Canada
budget : N.C.
année de production : 2019
date de sortie française : 4 octobre 2019 (SVoD - Netflix)
durée : 101 minutes
adrénomètre : ♠ 
note globale : 2.5/5

† EXORCISME † 
▲ Le démarrage encourageant
▲ Des herbes "incarnées"
▲ Le jeune Will Buie Jr. prometteur

- DÉMYSTIFICATION - 
▼ Récit dispersé
▼ Réalisation linéaire
▼ Tension faible

LE FLIP 
Rien de tel qu’un bon petit en-cas après un accouchement...


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