MIDSOMMAR (2019) d'Ari Aster [Critique]


Évaluation du dossier : 4/5 [♥]

Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu'une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

Attendu au tournant après Hérédité dont la rigueur formelle tranchait avec le fond réchauffé, Ari Aster revient avec une œuvre toujours aussi mystique, mais cette fois de manière bien plus frontale, plongeant le spectateur au cœur d'une secte aux traditions ancestrales plus que douteuses.


Spécialiste des environnements a priori sécurisants qui finissent par devenir hautement anxiogènes jusqu'à basculer dans l'horreur, Ari Aster semble prendre un malin plaisir à fourvoyer personnages et public pour les pousser progressivement, mais irrémédiablement, hors de leur zone de confort. Après le noyau familial maudit d'Hérédité, c'est au tour d'une communauté païenne – dont la forme hippie et joviale abrite en réalité un système traditionaliste pervers et ultra violent – de passer sous l’œil affûté de sa caméra avec, toujours, ce goût pour les situations outrancières combinées à une approche visuelle jusqu’au-boutiste.



Midsommar est avant tout une expérience, une immersion totale dans la secte des Hargans au cœur d'un festival de plusieurs jours où s’enchaînent les rituels honorant la vie, la nature, les animaux, les récoltes... La caméra d'Ari Aster suit chaque étape de cet étrange ballet qui se nourrit des symboles du folklore scandinave, avec un certain recul d'abord, via le regard amusé, fasciné voire condescendant des étudiants américains. Puis, une scène marquante vient tout faire basculer, faisant virer l'ensemble au bad trip mystique, Aster explorant minutieusement toutes les facettes de la dérive sectaire. L'irrationnel fait irruption au détriment de la logique et comme dans le found footage, où les personnages paraissent scotchés à leur caméra même en danger de mort, les américains restent sur place, fascinés et manipulés. Si Hérédité faisait la part belle aux ténèbres, Midsommar prend le contre-pied, proposant un cauchemar sous le soleil de minuit des terres suédoises. Sur le papier du moins puisqu'en réalité, il est tourné sur les terres hongroises pour des raisons pratiques. Cette clarté quasi-permanente, combinée au zèle de bonne humeur des hôtes, interprétés cette fois par de vrais suédois importés pour l'occasion, dont les sourires cachent une cruelle réalité, produit un effet erratique et malaisant. Jusqu'à l'heure de la conclusion où, devant sa forte consommation de produits hallucinogènes, Dani pourrait être victime d'hallucinations morbides – sa première consommation de champignons hallucinogènes montre qu'elle est sujette au bad trip – alors que les Hargans feraient figure de chamans lui ouvrant les yeux pour la guider vers la guérison. Alors tout cela était-il bien réel ? Chacun se fera sa propre idée...



Du côté des personnages – pas toujours futés mais après tout, ne sommes-nous pas dans un film d'horreur ? – la révélation de Midsommar est indubitablement son actrice principale, Florence Pugh (Les Mauvais Esprits, Black Widow) sur laquelle repose l'essentiel du film. La jeune actrice est parfaitement à l'aise dans le rôle de Dani, torturée par la vie, par sa sœur qui l'a déracinée de sa famille, et par son petit ami auprès duquel elle manifeste un attachement non réciproque, traversant un véritable chemin de croix dans cette relation toxique. Christian, le petit ami désinvolte, est interprété brillamment par Jack Reynor (Kin : Le commencement, Detroit). Dans le rôle de ses amis, on trouve Will Poulter (Le Labyrinthe, The Revenanten idiot de service ou encore Vilhelm Blomgren, débutant mais pas moins bluffant dans le rôle de Pelle, de retour à Harga en compagnie de ses amis américains, invités pour l'occasion.

En termes d'influences, on songe de suite à une flopée de films d'horreur folk, de The Wicker Man de Robin Hardy au found footage, The Sacramentadaptation à peine voilée de la tragédie du Temple du peuple. Si l'on retrouve aussi le cryptage et le ballet respiratoire du Suspiria de Guadagnino, la référence peut-être la plus prégnante est 2000 Maniacs! du père du gore Herschell Gordon Lewis, avec sa petite communauté sournoise qui dégomme du yankee avec aplomb sous un soleil de plomb. Quoiqu'il en soit, Ari Aster confirme un savoir-faire, une véritable signature, livrant un cinéma d'horreur esthétique pour public exigeant. Fouillé, ambigu mais dont on explore la mythologie avec un véritable plaisir, Midsommar est transcendé par la photographie irréprochable de Pawel Pogorzelski et la bande-son glauque à souhait de The Haxan Cloak, spécialisé dans la dark ambient.



Ce deuxième long-métrage est la confirmation de l'existence d'un tempo Aster, particulièrement lent donc, et ceux qui n'ont pas apprécié celui d'Hérédité se retrouveront immédiatement confrontés à cette particularité stylistique qui, cependant, fait ses preuves lorsqu'il s'agit de construire un climat anxiogène. De plus, le réalisateur semble aborder son sujet de manière plus frontale, n'en faisant pas des caisses pour brouiller les pistes, ce qui ne l'empêche pas de laisser de nombreuses portes ouvertes quant à l'interprétation de ce que l'on voit ou entend, à commencer par la douteuse explication du cycle des 90 ans qui n'a vraisemblablement d'autre but que de calmer les visiteurs choqués par ce qu'ils viennent de voir. Toutefois, les amateurs de belles images seront aux anges, l'esthétique étant encore une fois bien au-delà de ce que l'on peut voir au cinéma. La lumière quasi aveuglante de ce pays en plein jour polaire rayonne de bout en bout, ce qui renforce l'aspect surréaliste du lieu et rend d'autant plus intenses les scènes violentes. Opéra de la rupture, qu'elle soit amoureuse, sociale ou psychique, doublé d'un conte de fée morbide sur fond de dérive sectaire, même s'il est le fruit d'un cinéma très personnel qui peut rebuter, Midsommar vaut le détour pour son trip de près de 2 h 30 en terres inconnues. D'ailleurs, pour la petite histoire, le récit s'inspire d'une rupture amoureuse du réalisateur et repose sur des recherches approfondies, non seulement afin de bâtir un village de manière crédible, mais aussi pour inventer une langue, l'Affekt, ou encore un alphabet runique. Si le résultat à l'écran réjouit par son originalité, le temps nous dira si les éléments étaient réunis pour obtenir le statut d'œuvre culte pour lequel il fait un sérieux candidat.
N.F.T.


EN BREF
titre original : Midsommar
distribution : Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren, Will Poulter...
pays d'origine : États-Unis / Suède
budget : 9 000 000 $
année de production : 2019
date de sortie française : 31 juillet 2019
durée : 147 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 4/5

† EXORCISME †
▲ Réalisation
▲ Casting
▲ Intense

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Long
▼ Lent
▼ Personnages pas très futés

LE FLIP
Un bad trip paranoïaque sous champignons hallucinogènes.

LIRE AUSSI


Commentaires

En cours de lecture