THE DEVIL'S CANDY (2015/2018 - DTV) de Sean Byrne [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 [♥]


Un artiste peintre et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves dans l'arrière-pays Texan. Jessy trouve l'inspiration dans son nouvel atelier et son épouse Astrid et leur fille Zooey sont aux anges. Mais les peintures de Jesse commencent doucement à prendre une tournure très sombre et torturée. Une nuit, Ray, le fils des anciens propriétaires, apparait sur le pas de la porte. Il souhaite rentrer chez lui…


Vu qu'on adore les bonnes surprises, et davantage les partager avec vous, voici The Devil's Candy, un réjouissant "heavy-metal" movie qui déboule directement dans notre top des meilleures sorties du genre cette année. C'est dire s'il vaut le coup d'œil...


Après un The Loved Ones un peu barge, l'Australien Sean Byrne poursuit, toujours aux postes de réalisateur et scénariste, son exploration d'êtres dangereusement perturbés. Avec The Devil's Candy, il s'érige en porte-parole des métalleux, au travers d'une bande-son dominée par les guitares grasses et poisseuses, des titres orientés métal et des personnages baignant assez naturellement dans cet univers saturé. Assez fin dans sa caractérisation, Byrne parvient à dépeindre des personnages crédibles, représentants d'une "communauté" musicale dont l'univers symbolique un poil excentrique a souvent généré de gros malentendus quant à leurs intentions réels. Sean Byrne vise une authenticité rare et y parvient,  chose suffisamment inhabituelle pour le souligner, au point d'insuffler une âme à The Devil's Candy. Il ne se précipite pas pour installer ses enjeux, mais le fait bien, sans temps mort. La scène de l'emménagement en témoigne, en plus de cette volonté d'associer le spectateur à l'intimité des personnages, offrant un aperçu assez parlant de la condition pas toujours facile des amateurs de heavy metal, notamment à l'adolescence lorsqu'il s'agit de se faire de nouveaux amis à l'école.


Avec son second long-métrage, Sean Byne monte explicitement au créneau pour plaider la cause de la musique métal. Cela commence par la présentation du père de famille, adepte de ce courant musical, au corps généreusement tatoué, adoptant les symboles du diable, et présenté comme bienveillant. Sa paradoxale représentation quasi christique dans la dernière bobine, sans oublier l'utilisation d'une guitare électrique saturée qu'utilise le monstre pour ne plus entendre les incantations du Malin démontrent aussi que cette musique est au service du "bien". Cependant, The Devil's Candy est aussi une œuvre sur le diable, quelle qu'en soit sa forme, et sa capacité à se cacher dans l'humanité, à la fragiliser, à l'influencer dans ses pires choix. Notre héros étant par ailleurs amené à prendre une décision capitale alors que sa réussite professionnelle et la protection de sa famille commencent à devenir incompatibles. Au même titre que le tueur à choisi de soulager ses tourments en faisant des sacrifices humains, toute la question reste alors de savoir comment va tourner ce père de famille jusqu'ici bienveillant envers les siens.

Évidemment, il serait difficile d'évoquer The Devil's Candy sans aborder sa bande-son. Un film – relativement – malsain et violent mérite un habillage musical de caractère et justement, il s'avère très réussi, aux inspirations essentiellement métal et rock, ce qui apporte une véritable valeur ajoutée à l'ensemble. On le doit sans doute à ses personnages attachants dont l'amour quasi religieux pour cette musique, transpire de leur quotidien. On retiendra à ce titre cette scène très "Wayne World'sienne" lors de laquelle la petite famille en voiture se lance dans un headbanging énergique sous le regard bienveillant d'une poupée de Kirk Hammett fièrement dressée sur le tableau de bord. Sans oublier le petit clin d'œil final à "Ride the Lightning" qui achèvera de mettre les connaisseurs en orbite. Les spécialistes apprécieront sans doute aussi dans la dernière bobine une référence appuyée à une célèbre pochette d'AC/DC que nous vous laisserons le soin de découvrir.


Alors certes, les amateurs d'horreur tendance gore ou épouvante risque de ne pas obtenir leur dose d'émotions fortes dans ce domaine, puisque The Devil's Candy se rapproche plus du thriller – tendu comme un string cependant – que du film d'horreur. Toutefois, difficile de ne pas lui reconnaître un personnage de tueur en série malaisant, tout comme le sont les voix démoniaques qui le guident dans ses mauvaises actions. Le réalisateur entretient d'ailleurs une certaine dualité dans son propos, naviguant entre schizophrénie avec la portée psychologique et réaliste que cela implique et la bonne vielle influence démoniaque, qui du coup, fait évoluer l'histoire dans un discret surnaturel.

Si le scénario de Sean Byrne est inspiré et ses personnages crédibles,  c'est aussi grâce à son casting diablement efficace. Le bad guy, est interprété par Pruitt Taylor Vince (L'Échelle de Jacob, Stranger Things Saison 2) qui campe à merveille ce personnage déchiré entre son humanité déclinante et ses pulsion maléfiques qui le pousse à commettre l'irréparable. Ethan Embry (Le Peuple des ténèbres, Motel) bien avant son rôle un peu lunaire de Coyotte dans Grace and Frankie, endosse à merveille le rôle de ce papa poule capillairement fourni, artiste aux inspirations métal transmettant sa passion à son héritière incarnée par Kiara Glasco, objet de convoitise du tueur en série. Enfin, Shiri Appleby  (Passé Virtuel, Fear Itself : les maîtres de la peur), campe avec conviction le rôle de cette mère bien que tolérante, non pratiquante de la religion métal.


The Devil's Candy compense son budget que l'on devine assez limité avec de bonnes idées scénaristiques, un sens aigu de la caractérisation et un travail de mise en scène soigné et abouti. Le film s'écoute aussi, les enceintes à fond, comme un bon album de Metallica, de Sepultura ou même de Mayhem. Il est une belle déclaration d'amour à l'univers du métal, doublée d'un témoignage glaçant sur la pugnacité du mal à l'état pur, où toute tentative de fuite est vaine. Le public du festival de Gerardmer ne s'y est pas trompé en 2016 en décernant son prix à cette petite curiosité, qui sera aussi récompensée dans la catégorie de la meilleure musique originale. Une nouvelle fois, l'éditeur ESC Distribution aura eu du flaire en prenant sous son aile cette petite pépite qui mérite d'être découverte, ne serait-ce que pour son concept diablement simple mais jamais simpliste et qui offre tout ce qui fait trop souvent défaut au cinéma d'horreur contemporain : une âme. En espérant que le réalisateur n'a pas cédé à l'offre de l'homme rouge à cornes pour faire aboutir son projet...
N.F.T.


EN BREF
titre original : The Devil's Candy
distribution : Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco
pays d'origine : États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2015
date de sortie française : 3 juillet 2018 (BD/DVD - ESC Distribution)
durée : 79 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 4/5

 † EXORCISME †
▲ Réalisation
▲ Bande-son
▲ Casting

 - DÉMYSTIFICATION -
▼ Peu effrayant
▼ La dernière partie mois crédible
▼ ...car normalement, les balles, le feu et les explosions, ça tue un peu !

LE FLIP
Vous vous réveillez avec un inconnu allongé près de vous...

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