[Critique] THE LORDS OF SALEM (DTV - 2013) de Rob Zombie

ADRÉNOMÈTRE   
NOTE  TV TV TV TV TV 

Alors qu'elle joue un vinyle à l'origine mystérieuse sur l'antenne de la radio pour laquelle elle travaille, Heidi réveille un groupe de sorcières tuées au 17e siècle à Salem et ayant juré de revenir se venger...

Pur produit de l'esprit quand même furieusement dérangé de Rob Zombie, cette nouvelle livraison du réalisateur d’œuvres quasiment toutes déjà cultes telles "l'amusant" La Maison des 1000 Morts, le nihiliste The Devil's Rejects, ou encore le remake très honorable de Halloween, puis sa suite, un poil en deçà, vient en quelque sorte remettre les choses à leur place. 

Par chance, Zombie est un amoureux du genre et dispose d'une culture suffisamment dense en la matière pour apporter sa propre pierre à l'édifice. Et surtout, loin de vouloir entrer dans un moule, il bénéficie d'ailleurs d'une carte blanche de la part des producteurs, dont il fait partie, aux côtés de noms dans l'ère du temps tels Jason Blum ou Oren Peli, l'indomptable cinéaste métalleux semble, plus que jamais sur ce film, se faire avant tout plaisir avant de chercher à plaire au plus grand nombre.

Une démarche artistique tout à fait louable et intègre qui ne peut que renforcer tout le petit univers barré qu'il cultive depuis des années entre ses activités musicales et cinématographiques, guidé par une culture somme toute suffisamment pointue en la matière. Donc oui, The Lords of Salem, est une œuvre étrange. Fruit d'un artisanat revendiqué et d'une vision hors des modes, la bobine n'est du coup, pas simple à appréhender pour tous les publics, voire provoque des rejets. Car non seulement elle marque le retour de Rob Zombie dans les circuits indépendants après l'aventure Halloween, et donc à une créativité que l'on devine débridée, mais elle témoigne également d'un amour réel du genre, son œuvre puisant sans complexe dans tout un pan de l'horreur italienne de la série B, du Z et du cinéma bis.


Du coup, The Lords of Salem vogue entre une réalisation inspirée, sans tomber non plus dans le sophistiqué, mise en valeur par une photographie, des décors et une lumière splendides et de rares moments étrangement plus "free style", durant lesquels certains dialogues, empreints d'une certaine théâtralité, interpellent par leur maladresse. Sauf que les références sont bien présentes pour justifier ce côté bricolé, on songe alors en premier lieu à Dario Argento, et notamment à Suspiria qui transpire ici du papier peint et de certains personnages hauts en couleur, à commencer par les fameuses sorcières. Rob Zombie convoque aussi le cinéma de Fulci, par de légers effets de flou, la théâtralité évoquée ci-dessus, ou un goût ostentatoire pour l'horreur graphique et les scènes choquantes. À noter que la grande majorité des effets spéciaux est réalisée en plateau. Une approche qui amplifie le réalisme, tout comme le fait d'avoir basé son film sur une trame historique, soit le passé colonial de l’Amérique, puisque le métrage fait directement référence au procès des sorcières de Salem, durant lequel, dans un contexte de puritanisme et de paranoïa, près 25 personnes seront exécutées par pendaison ou écrasement ou bien mourront en prison.

D'ailleurs le film ne perd pas de temps et nous met rapidement dans le bain lors d'une scène surréaliste de sabbat, Zombie puisant ainsi à la source du genre, en offrant des images aussi fortes que celle présentes dans un autre classique du genre, Häxan, qui déjà, en 1922, à l'aube du cinéma, s'avérait troublant de réalisme. Le cinéaste n'hésite pas à filmer les corps flétris et ridés de vieilles dénudées lors d'une scène nocturne hallucinante, durant laquelle on observe, à la lueur des flammes, des transes inquiétantes, où s'entremêlent cris, chants et comportements orgiaques. Shining est aussi parfois invoqué au détour d'une séquence filmée dans un couloir lugubre ou dans une grande salle ornée d'une déco chic et dorée. Ajoutez à tout cela une bonne dose de folie que n'aurait pas renié Ken Russell et vous aurez une petite idée de l'univers étrange dans lequel vous allez évoluer.


Au casting, on retrouve dans le rôle principal, l'égérie et épouse du réalisateur, Sheri Moon Zombie, qui parvient à tenir le film sur ses frêles épaules, non sans un certain brio. On retrouve également Dee Wallace (Cujo, Hurlements), déjà présente dans le remake d'Halloween ou encore Bruce Davidson (Kingdom Hospital, Un Élève Doué, La Chasse aux Sorcières) en historien passionné par le passé obscure de Salem, sans oublier la présence, désormais coutumière, de Ken Foree, l'inoubliable Peter dans le Zombie de Romero, qui campe ici un animateur radio inquiet pour l'état de santé déclinant de Heidi. La palme revient toutefois à l'actrice sous-exploitée Meg Foster (Invasion Los Angeles) dont la magie du maquillage et des costumes lui confèrent une apparence réellement malsaine et repoussante. Bien sûr, on regrette aussi la disparition au montage des séquences prévues avec le regretté Richard Lynch (Panics), contraint d'abandonner le tournage suite au déclin de son état de santé. Il allait par ailleurs décéder peu de temps après. Une grande perte pour le cinéma qui nous réunit, mais aussi pour le film, qui en a probablement perdu une partie de sa saveur, et on imagine sans peine le coup dur pour Zombie et la douleur de devoir se résigner à cette perte.

La musique est également un maillon essentiel du film. On devine en particulier l'influence des bandes son des Goblin ou Fabio Frizzi, parmi les meilleurs compositeurs au service de Dario Argento et de Lucio Fulci à la belle époque. Si l'on pense aussi à Halloween 3, dans lequel la malédiction se propageait par l’intermédiaire de la télévision, c'est ici la musique, transmise à la radio qui annonce le retour des sorcières. On note une utilisation étonnante mais plutôt convaincante de titres du Velvet Underground, ici associés à des scènes de sabbat, attention toutefois aux fans de la bande à Lou Reed, qui risquent de ne plus jamais percevoir les chansons du groupe de la même manière. La bande son, remarquable, utilisée par les sorcières de Salem, s'étend jusque dans les intentions d'un métrage qui semble vouloir annoncer/dénoncer les dérives religieuse et plus particulièrement du christianisme, qui ont conduit aux procès de sorcières et autres manipulations de foules. On  peut donc y lire, au delà du côté exotique propre à la sorcellerie, une revanche assez épidermique des athées face à un Dieu oppresseur.


Il est dommage que The Lords of Salem ne connaisse pas les honneurs d'une exploitation en salles chez nous. Certaines séquences, jouant sur la démesure des décors, auraient pu y être appréciées à leur juste valeur. Enfin, là où certains verront des faiblesses, d'autres vont clairement prendre leur pied face à cet hommage évident à tout un pan du cinéma italien, recyclé ici avec brio. Loin d'obéir à une nomenclature précise destinée à plaire au spectateur lambda, Rob Zombie livre une œuvre personnelle et extrême, qu'il partage avec son public. De cette manière, il se situe hors de toute attente, de tout schéma, de modèle et de mode, ce qui devrait lui permettre de s'inscrire dans la durée et obtenir le statut d’œuvre culte. En tout cas ici, c'est comme si c'était fait...
N.T.

EN BREF
titre original : The Lords of Salem
pays d'origine : États-Unis / Royaume-Uni / Canada
année de production : 2013
date de sortie française : 9 octobre 2013 (DTV)
durée : 101 minutes
budget : 2 500 000 $ 
adrénomètre : ♥♥
note globale : 5/5 

† EXORCISME †
▲ La bande son
▲ Extrême
▲Culte

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Pas de sortie en salle
▼ Œuvre hermétique
▼ Impression de "freestyle"

LE FLIP

Des forces obscures s'incrustent dans l'appartement d'Heidi...

LIRE AUSSI
Suspiria
Haxan
Mercy


Commentaires

En cours de lecture