GHOSTLAND (2018) de Pascal Laugier [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 []

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles, Vera et Beth, héritent d’une maison étrange, remplie d'animaux empaillés et de vieilles poupées inquiétantes. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles...

Dans le sillage de Darren Aronofsky et son mémorable Mother, Pascal Laugier revient en force et en forme avec Ghostland, pour y aborder notamment le thème du processus créatif douloureux.

Après l'étonnant The Secret qui, déjà, confortait le cinéaste parmi les maillons forts du cinéma de genre français, Pascal Laugier poursuit son bonhomme de chemin sans guère se soucier de ses détracteurs. En effet, que l'on adhère ou non à ses débordements de violence dans Martyrs ou à l'idéologie épineuse dévoilée à la fin de The Secretle moins que l'on puisse dire est que son cinéma ne laisse jamais les spectateurs indifférents.


Avec Ghostland, production franco-canadienne tournée en anglais, Pascal Laugier brouille les pistes et navigue entre les genres. Home invasion, thriller, horreur, drame, épouvante il marche aussi dans les pas de James Wan en adoptant une mise en scène résolument moderne, où alternent jump scares et séquences plus psychologiques, dans des décors anxiogènes, d'inspiration gothique. La culture du genre du cinéaste est prégnante, de Massacre à la tronçonneuse de Hooper à Maniac de Lustig, en passant par les films de Rob Zombie ou Lucio Fulci, mais plutôt qu'étaler gratuitement ses références, il les met à contribution pour développer efficacement ses thématiques. Une démarche sous forme de mise en abyme puisque cette cinéphilie qui l'a construit en tant qu'artiste est justement l'un des thèmes abordés dans Ghostland, par l'entremise du personnage de Beth.


On y retrouve aussi les traditionnelles obsessions sur pellicule d'un cinéaste qui assume son discours et ne fait aucune concession pour se rapprocher autant que possible de sa vérité face à son sujet (comment oublier le chemin de croix des victimes de Martyrs). Parmi celles traitées, on retrouve le trauma en général et l'effet de sidération en particulier, les relations intrafamiliales conflictuelles, et surtout une intéressante réflexion sur le processus créatif et les chemins difficiles qu'il faut parfois emprunter pour s'accomplir et laisser exploser sa créativité. Ce qui en fait un cousin horrifique du Mother de Darren Aronofsky, qui sous forme métaphorique interrogeait déjà le processus créatif, bien que plus chaotique chez le réalisateur de Black Swan.


En plus d'un récit que Pascal Laugier ne laisse jamais retomber comme un soufflé et d'une réalisation tonique, Ghostland bénéficie d'une plus-value : la maison qui fait figure de personnage à part entière. Un univers repoussant et flippant que l'on doit au chef décorateur Gordon Wilding, sculpteur et peintre dont la démarche créative tordue génère des décors et accessoires suscitant le malaise. Avec sa bâtisse vintage, remplie d'animaux empaillés, de poupées et de figurines improbables, Ghostland se donne tous les atouts pour faire monter l'angoisse. La magie opère aussi grâce à un casting solide et réellement bluffant au sein duquel figurent Mylène Farmer (Giorgino) dans le rôle de la mère de famille combative, Emilia Jones (Brimstone) dans celui de Beth, jeune écrivaine en devenir ou encore Taylor Hickson (Deadpool) très convaincante dans la peau de Vera, la sœur terre à terre. Une mention spéciale est attribuée aux deux boogeymen interprétés par Rob Archer (A Christmas Horror Story), méconnaissable dans le rôle du fat man et Kevin Power (Les Cavaliers de l'apocalypse), pas moins épatant dans celui de la "sorcière travesti".

Vous l'aurez compris, pour nous Ghostland s'affirme comme une remarquable plongée dans l'horreur, nous accompagnant jusqu'à cette frontière où vivants et fantômes cohabitent. C'est intense, touchant, violent, immersif et par chance, c'est frappé d'une interdiction aux moins de 16 ans, ce qui restreint le nombre de fauteurs de trouble potentiel lors des séances cinéma. Alors foncez !
N.F.T.

EN BREF
titre original : Incident in a Ghost Land
distribution : Mylène Farmer, Taylor Hickson, Rob Archer, Emilia Jones...
pays d'origine : France / Canada
budget : 4 200 000 €
année de production : 2018
date de sortie française : 14 mars 2018
durée : 91 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 4.5/5

 † EXORCISME †
▲ Jusqu'au-boutiste
▲ Intense
▲ Des références solides

 - DÉMYSTIFICATION -
▼ Quelques clichés du genre
▼ Jump scares faciles
▼ Quelques scènes confuses

LE FLIP
La captivité en enfer !

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