[Critique] EMPRISE (2001/2002) de Bill Paxton

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Le Texas vit sous la terreur d'un tueur en série qui se fait appeler "La Main de Dieu". Un soir, un homme se présente au QG du FBI et déclare connaître l'identité du coupable : son propre frère qui vient de se suicider. Il raconte aux agents fédéraux comment tout a commencé, vingt ans plus tôt, en 1979. Encore enfants, leur vie bascule lorsque leur père leur annonce qu'un "ange" lui est apparu, le chargeant d'une mission...

Pour son premier passage derrière la caméra, l'acteur Bill Paxton (Aliens : le retour, Un Plan Simple) livre un brillant thriller teinté de fantastique.
À cette époque, le phénomène Blair Witch, combiné à l'accueil chaleureux réservé à Sixième Sens, ont déjà amorcé le retour gagnant, dans le cinéma américain, d'une terreur davantage psychologique, exploitant le pouvoir de la suggestion. D’ailleurs, depuis la partition musicale de Bryan Tyler, en passant par le bruitage excessivement accentué d'un coup de feu, jusque dans l'utilisation d'un twist final, difficile de ne pas songer au film d'épouvante qui lancera la carrière de Shyamalan.


N'en demeure pas moins que cette vague impression d'opportunisme artistique s'estompe rapidement. Bill Paxton offre le relief suffisant à ses personnages pour piéger le spectateur au cœur cette tragédie familiale. Truffant son récit d'allers et retours entre passé et présent, le réalisateur instaure un climat anxiogène, aidé en cela par l'excellente partition angoissante de Brian Tyler (Nuits de Terreur, Godsend, Experience Interdite), qui impose, dès le générique, un climat sombre et dramatique.

Sa carrière, déjà longue et prestigieuse aidant sans doute un peu, puisqu'il aura à cette époque déjà tourné avec des pointures telles James Cameron, Ron Howard, Sam Raimi, Kathryn Bigelow, ou encore John Hugues, Bill Paxton s'octroie le rôle du père de famille illuminé et s'entoure d'un casting irréprochable. Ses fils sont interprétés, dans le passé, par Matt O'Leary (Death Sentence, Mother's Day, Lone Ranger) et Jeremy Sumpter (Peter Pan, Death and Cremation), et dans le présent, par le mystérieux Matthew McConaughey (Mud : sur les rives du Mississipi, Interstellar) dans le rôle du fils survivant.  À noter également la présence de Powers Boothe (U Turn, ici commence l'enfer, L'Aube Rouge, La Forêt d'émeraude) interprétant ici l'agent du FBI qui recueille les aveux du jeune homme.



Comme dit plus haut, Emprise joue l'essentiel de son propos sur le mode suggestif. En effet, on ne voit pas les visions du père pendant la majeure partie du métrage, ce qui entretient le doute sur son état mental, mais surtout, accentue les scènes d'angoisse et les rend aussi intenses pour le public que pour sa progéniture, témoin impuissante de ses actes. D'ailleurs, pour aller plus loin, plutôt que filmer les victimes exécutées, c'est au travers des visages décomposés des enfants que le spectateur prend toute la mesure de la situation.

Du point de vue idéologique, Emprise est souvent considéré, à tort, sinon prosélytique, du moins ambigu. Effectivement, de prime abord, le métrage brouille les pistes, le récit du fils, mais se focalisant aussi sur ce bon père de famille, veuf, provoquant une ambivalence sur la possibilité d'une mission réellement divine. Il enfonce ensuite "le clou" lors d'une séquence finale qui semble, une nouvelle fois, justifier la folie meurtrière par l'application d'une justice divine expéditive.

Si cette tentative de créer de l'empathie autour d'un héros meurtrier n'a plus rien d’exceptionnel aujourd'hui (la série Dexter est passé par là), l'effet escompté est atteint et le malaise ne cesse de s'accentuer, jusque dans les dernières minutes, qui semblent confirmer la persistante sensation d'un discours aux inspirations fondamentalistes.


Sauf qu'au delà de l'apparente apologie religieuse, deux points doivent être soulignés et sur lesquels le réalisateur s'est expliqué : d'une part, le père est libre de choisir d'accomplir, ou non, la liste qu'il jure lui avoir été soumise par un ange. D'autre part, quel genre de dieu demanderait à un père de tuer son fils, ou même à un homme de tuer son propre frère ? Là, réside en effet une partie de la solution, la marque évidente que Bill Paxton et son récit sont loin, même à l'opposé, de cautionner le moindre fanatisme religieux. Faisant basculer son sujet vers les dérives dogmatiques, le danger qu'elles représentent pour l'humanité, et le principe anthropophage de la peine de mort. Tout en rappelant l'existence d'un libre arbitre, ultime rempart face à cette insidieuse menace. 

Emprise s'avère, au final, une œuvre très noire, désespérée même. C'est aussi un brillant premier passage derrière la caméra pour Bill Paxton, qui n'aura pas choisi un sujet facile pour son baptême de l'air. Il renouvellera l'essai avec un thème plus "léger" dans "Un Parcours de Légende" en 2005. Reste à espérer qu'il reviendra à l'avenir avec un film de genre du même calibre.
N.T.

 
EN BREF
titre original : Frailty
pays d'origine : États-Unis / Allemagne
année de production : 2001
date de sortie française : 15 mai 2002
durée : 100 minutes
budget : 11 000 000 $ 
adrénomètre : ♥♥
note globale : 4.5/5


† HANTISE
▲ Premier film brillant
▲ L'intégrisme religieux c'est mal
▲ Atmosphère noire

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ Idéologiquement ambiguë
▼ Violence souvent suggérée
▼ Assez lent


LE FLIP
Les transes du père...

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