[Critique] UN FRISSON DANS LA NUIT (1972) de Clint Eastwood

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Dave Garland est disc-jockey à la station de radio KRML de Monterey. Régulièrement, Evelyn Draper, une auditrice, lui demande de passer "Misty" d'Erroll Garner. Un soir, il la rencontre dans le bar de son ami et ils passent la nuit ensemble. Le lendemain, elle le rejoint chez lui. Mais Dave se sent rapidement oppressé par la jeune femme. Alors qu'il vient de rompre, elle se précipite en pleine nuit chez lui et s'ouvre les veines...

Pour son premier passage derrière la caméra, Clint Eastwood livre un thriller bien huilé, et d'autant plus ambitieux qu'il parvient à créer un climat de tension psychologique tout en suggestion, sans user d'artifices graphiques percutants.  

Peu de temps avant son personnage de Harry Callahan qui allait lui coller une étiquette de cynique adepte des méthodes expéditives dans la saga "L'Inspecteur Harry", Clint Eastwood incarne un homme fragile, presque maladroit, dragueur en série qui assume ses relations d'un soir avec les femmes. Malheureusement, ce comportement finit par le mener tout droit dans les filets de la fragile Evelyn Draper, une conquête singulière, bien décidée à s'imposer dans sa vie, quitte à user des pires stratagèmes pour se faire aimer par l'élu de son cœur. 



Si certain y verront là un semblant de pitch qui évoque immanquablement Liaison Fatale, avec Michael Douglas et Glenn Close, force est de constater qu'au delà de son scénario, le futur grand réalisateur impose déjà sa marque, et sa forte personnalité. Le jazz par exemple y tient une place prépondérante, via les diffusions de la station KRML dont le personnage de Clint Eastwood est le programmateur musical, mais aussi au travers du festival Monterey Jazz, un genre de Woodstock dans l'esprit, mais dans un style nettement moins pop. Autre point très appréciable, le film offre quelques répliques parfaitement écrites, où l'humour se fait tout en discrétion,  et se marie à merveille avec le suspense.

Un Frisson dans la Nuit sort la même année que La Baie Sanglante de Mario Bava (Les Trois Visages de la Peur, Opération Peur...) en plein âge d'or du giallo italien, dont les codes, associés à des œuvres comme Psychose ou Le Voyeur, évolueront progressivement jusqu'à la naissance du slasher (Black Christmas, Halloween...). Mais il n'est pas question d'effusions de sang ici. Clint Eastwood puise dans ce cinéma, de manière plus subtile, la violence graphique, à l'inverse de la tension psychologique, étant quasiment absente, jusqu'aux quelques traces de sang peu réalistes, rappelant un vague jus de tomate. 



Dans une ambiance complètement imprégnée par les années 70, Eastwood s'implique totalement, dans son projet – il ne sera d'ailleurs pas payé pour son travail de réalisateur – et comme d'habitude dans son rôle, celui d'un célibataire endurci seul maître de son destin et qui voit son petit monde s'écrouler à cause d'une femme, mais surtout à cause de son goût trop prononcé pour la drague. 

C'est la troublante Jessica Walter qui hérite du rôle de la psychotique Evelyn Draper, grain de sable fatal dans la petite vie bien rangée de Dave Garver. Absolument étonnante, elle concurrence aisément les prestations de femmes disjonctées telles Katy Bates dans Misery ou Glenn Close dans Liaison Fatale. À retenir une dernière partie virant au jeu du chat et de la souris, durant laquelle la pauvre folle éconduite joue de l'arme blanche avec une irrépressible envie d'exterminer sa proie et épancher sa rage.

Bien avant des chefs-d’œuvre tels Mystic River, Million Dollar Baby ou Impitoyable, Clint Eastwood parvenait sans peine à imposer, dès son premier passage à la réalisation, une véritable sensibilité de cinéaste, déjà prometteuse. On décèle ici toute la créativité, la force de caractère et le talent de conteur qui font de lui, aujourd'hui, l'un des plus grands metteurs en scène encore en activité.
N.T.

EN BREF
titre original : Play Misty for me
pays d'origine : États-Unis
année de production : 1971
budget : 950 000 $
date de sortie française : 2 janvier 1972  - 2 juin 2015 (Blu ray - Universal Pictures)
durée : 98 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5 

† EXORCISME †
▲ Les années 70
▲ Jessica Walter
▲ Thriller efficace
- DÉMYSTIFICATION -
▼ Réalisation discrète
▼ Scénario simple
▼ Le personnage de Jessica Walter


LE FLIP
Une femme armée d'un couteau vous agresse à votre réveil...

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