ARMY OF THE DEAD (2021 - Netflix) de Zack Snyder [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 []

Las Vegas est devenue le royaume de supers zombies. Une bande de têtes brûlées veut s’introduire dans la ville pour s’approprier un butin resté planqué dans le coffre-fort d’un casino avant l’invasion.


17 ans après son remake de Dawn of the Dead de George Romero, le réalisateur américain Zack Snyder et ses morts-vivants remettent le couvert. Le menu s’annonce copieux. Voire parfois trop dense. Pas sûr que le vieux Georgie eût bien digéré.

Un convoi militaire sillonne une route désertique. L’ambiance est crépusculaire. Deux soldats s’interrogent sur la nature confidentielle de leur cargaison. Serait-elle extraterrestre ? On n’en saura pas plus. Un accident et une explosion plus tard, la chose secrète se libère : un zombie surpuissant qui étripe le reste de l’escorte. Mais assurément, à la différence des films du genre qui d’habitude font l’impasse sur la question de l’origine du mal, Army Of The Dead avance un pion. A moins que son auteur Zack Snyder ne bluffe ? La séquence se termine par une vue plongeante sur Las Vegas de nuit, à la merci du mutant et des deux soldats qu’il vient de contaminer, premiers sujets de son armée. Le générique démarre alors habilement dans la foulée et le registre bascule. Au ralenti, sur fond de paillettes, seins nus, machines à sous, et sans autre bande-son qu’une joyeuse musique de cabaret, les monstres s’emparent de la ville dans un carnage grotesque. Le réalisateur choisit le registre du grand-guignol pour, en quatre minutes et quelques plans, exposer à la fois la situation et les personnages de son propos à venir. L’efficacité du procédé ressortit pour une bonne part de l’effet de distorsion temporelle dû à l’utilisation du ralenti superposé à la condensation du récit.

Après une petite décennie au service de l’univers DC Comics (Watchmen, Man of Steel, Justice League), Zack Snyder revient à ses premières amours (et à la charge), avec une armée de morts d’une race supérieure, agiles et agressifs, et surtout un brin plus cortiqués que la moyenne. Dans cet opus, les macchabées ont contaminé Las Vegas. Le fléau est ici initié et propagé par un mystérieux zombie survitaminé. L’armée, incapable d’éradiquer ces abominations, décide de les emmurer dans l’enceinte de la cité en ruine. Par mesure de précaution, les rares survivants du désastre végètent en quarantaine dans un camp à proximité. L’un deux, Scott Ward, interprété par l’ex-catcheur et excellent Dave Bautista, est contacté par un milliardaire qui lui propose un marché afin de récupérer les millions de dollars restés dans le coffre-fort quasi inviolable d’un des casinos. Scott forme alors un petit commando qui ne disposera que de quelques heures pour extraire le pactole tout en évitant bien sûr, autant que faire se peut, les quenottes de centaines de goules énervées, car le gouvernement a décidé de raser sous peu la ville à coup de bombe nucléaire. Bonne chance Scottie.

On a beau avoir passé l’épreuve du remake du maître du genre avec la moyenne, un peu de soutien pour remanier le sujet du zombie en 2021 n’est pas de refus. Zack Snyder s’entoure donc ici des deux scénaristes Joby Harold et Shay Hatten, pour atteindre l’objectif audacieux de son synopsis et écrire le premier film de "Casse Zombie Spaghetti". Si les premières minutes distillent quelques promesses, on comprend hélas assez vite que Snyder aura du mal à les tenir. Au lieu d’aller à l’essentiel, le scénario se perd, trop lourd et dispersé, avec pour conséquence un déluge de divagations. Les failles ajourent d’autant que certains rôles sont écrits sans conviction. Sur les dix portraits des principaux protagonistes, une bonne moitié est sans consistance. L’exemple le plus flagrant concerne Kate, la fille de Scott interprétée par Ella Purnell (Miss Peregrine et les enfants particuliers, Kick-Ass 2), authentique concentré de clichés. Non seulement le personnage est insipide, mais il pollue le scénario de scènes creuses et larmoyantes, ou rallonge la sauce inutilement (2 h 25 en tout) avec une histoire abracadabrante d’amie à sauver, amie dont on oubliera totalement l’existence à la fin. On n’ose à peine avancer l’hypothèse que sa présence superflue aurait à voir avec une injonction de parité hommes/femmes au sein de l’équipée. Il faut dire que le politiquement correct entache passablement le scénario. Un comble pour un film de zombies, supposé transgressif. Passons l’éponge sur l’idée du camp en quarantaine abritant les rescapés de l’horreur, en référence à des migrants d’où qu’ils viennent. Mais fallait-il aller jusqu’au sacrifice empreint de complaisance féministe d’un des gardiens (le remarquable Theo Rossi), parce que soupçonné de harceler des femmes du camp ? Fallait-il absolument situer l’histoire à Las Vegas, symbole de capitale du vice et du virus du jeu, au risque d’asséner une petite leçon de morale à coups de Stabilo ?

Au chapitre étripages et zombies fumasses, Snyder dégaine l’artillerie. L’agressivité des monstres, mêlée d’un zest intelligence inédite, nous gratifie d’une ribambelle de bastons et flingages, efficaces à tous les degrés, dans le plus pur style jeu vidéo. Au passage, les séquences permettent d’oublier temporairement les déboires du scénario. A l’occasion, quelques scènes gores et réjouissantes se tapent l’incruste et c’est tant mieux. Incidemment Snyder propose bien d’aller au-delà de l’image de sauvagerie des mutants, afin de faire évoluer le statut du zombie au cinéma. Mais curieusement, comme s’il n’y croyait pas, sa tentative d’humanisation du mort-vivant fait long feu pour, au bout du compte, se diluer dans les méandres du récit. Dommage.

On pourra se consoler en admirant le décor dévasté et post apocalyptique de Las Vegas, véritable arène de cirque en ruine, grâce au talent de l’équipe Henry Arce, Geoffrey S. Grimsman, Gregory S. Hooper et Brett McKenzie. Coup de chapeau dans la foulée au superviseur d’effets visuels Marcus Taormina. Le film en profite également pour mettre en lumière les performances de quelques acteurs et actrices aux personnages bien caractérisés. Aux côtés de Dave Bautista (Les Gardiens de la galaxie 1 & 2, Blade Runner 2049) en leader charismatique de l’expédition, et Theo Rossi (Ghosts of War, Cloverfield) en agent harceleur, on trouve Matthias Schweighöfer (Resistance) qui interprète avec justesse un spécialiste en coffres forts, ingénu et décalé, et qui nourrit pour partie l’humour du film. Tig Notaro incarne quant à elle une pilote d’hélico hors pair, garçonne, minérale et sans concessions. Enfin la française Nora Arnezeder (Maniac) tire son épingle du jeu dans le rôle de Coyote, l’éclaireuse du groupe et spécialiste ès mœurs et coutumes de zombies.

À bien des égards, Army of the Dead ne risque pas d’entrer dans un quelconque palmarès de films de zombies. Snyder court sans cesse après son scénario pour justifier toutes les situations, tout en glissant sous le tapis, l’air de rien, un cortège d’absurdités et d’incohérences : Pourquoi des monstres capables d’atteindre le sommet d’une statue d’une hauteur de 20 mètres sont-ils stoppés par une enceinte d’à peine la moitié ? Pourquoi Coyote ne monte-t-elle pas dans l’hélico ? Comment sort-on comme une fleur d’un sous-sol après qu’une bombe nucléaire ait rasé votre immeuble et la ville qui va autour ? Etc., etc. Malgré tout, Snyder joue à fond la carte du divertissement et laisse une certaine impression d’efficacité. Nul doute que certains y trouveront leur compte, avec en prime la possibilité à loisir d’aller assouvir un besoin ou de se resservir dans le frigo sans forcément appuyer sur la touche pause ni louper grand-chose de l’histoire.
M.V.


EN BREF

Titre original : Army Of The Dead
Réalisation : Zack Snyder
Distribution : Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick, Ana de la Reguera, Theo Rossi, Matthias Schweighöfer, Nora Arnezeder, Hiroyuki Sanada, Tig Notaro, Raúl Castillo, Huma Qureshi, Garret Dillahunt...
Photographie : Zack Snyder
Musique : Tom Holkenborg
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 90 millions $
Année de production : 2021
Date de sortie française : 14 mai 2021 (Sortie mondiale - Netflix)
Durée : 148 minutes
Adrénomètre :
Note globale : 3/5

 

 † EXORCISME † 
▲ Scènes d’action percutantes
▲ Casting
▲ Décor

 - DÉMYSTIFICATION - 
▼ Scénario faible
▼ Durée
▼ Politiquement correct

LE FLIP 
Valentine la tigresse zombie vous ronronne aux oreilles...

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