[Critique] DANS LA FORÊT (2016/2017) de Gilles Marchand

Évaluation du dossier : 3.5/5 []
 
Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d'été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas. Quand il leur propose d'aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane isolée au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l'endroit exacerbe les peurs de Tom et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour…

Avec le paysage du cinéma de genre français encore tout chamboulé par le phénomène Grave de Julia Ducournau, on en oublierait presque de parler de sorties, certes plus discrètes, mais tout aussi personnelles. Après Qui a tué Bambi ? et L’Autre Monde, Gilles Marchand décide de tâter le terrain du fantastique avec Dans la forêt, son dernier long-métrage en date, tourné partiellement en Suède.

Pris d’un désir de resserrer les liens familiaux, un papa poule emmène ses deux fils séjourner dans une bicoque à retaper au fin fond d’une forêt suédoise. Du moins, c’est la partie visible de l’iceberg, car cet exode vers les grands espaces verts scandinaves cache une bien plus sombre image. D’autant plus que le cadet Tom, brillamment interprété par Timothé Vom Dorp, semble tourmenté par les apparitions d’un homme méchamment défiguré dont les intentions restent incertaines. Et tant qu’à parler du casting, soulignons la performance de l’inquiétant Jérémie Elkaïm (Polisse) interprétant le père et le rôle moins marquant du frère aîné tenu par Théo Van de Voorde (Barbecue).


Indéniablement, la direction d’acteur et l’écriture des personnages sont irréprochables. C’est principalement la figure paternelle interprétée par Elkaïm qui se démarque le plus tant il est difficile à cerner, au point d’en devenir inquiétant. Parfois bienveillant et attentionné, mais aussi sociopathe quand ses garçonnets dévient de la bonne ligne de conduite, ce père modèle en devenir a le chic pour semer le trouble dans l’esprit du spectateur, et ce, jusqu’à la toute fin. Le revers de la médaille face à ces comportements excessivement énigmatiques est qu’il est parfois difficile de ressentir de l’empathie envers les protagonistes. L’immersion émotionnelle n’est donc pas au rendez-vous et, en conséquence de cela, l’ennui va, de temps à autre, pointer le bout de son nez. 

On en parlait plus tôt, sous sa chemise de thriller dramatique et intimiste, Dans la forêt cache un noyau fantastique à tendance horrifique. Et c’est peu dire, car Gilles Marchand, par l’intermédiaire de son inconnu balafré, parvient à installer des fulgurances d’épouvante faisant dresser le poil quand le récit devient moins passionnant. On aurait tout de même souhaité que ces pointes de vitesse soient moins occasionnelles. Gourmandise, un vilain défaut ? Peut-être bien, car l'aspect horrifique, comme ce fut le cas pour Under the Shadow, sert au premier chef de métaphore symbolisant le mal-être d’un homme et a dans cette optique, le bon goût d’éviter la surenchère gratuite et vaine. Dans la forêt est avant toute chose un film de personnages. Jouant le reste du temps sur l’ambiance et le silence anxiogène régnant dans les bois, il en résulte que l’œuvre, bien qu’artistiquement réussie, est un brin trop atmosphérique pour atteindre la totalité de son public. 


En faisant notamment référence au Shining de Stanley Kubrick (2001, l'Odyssée de l'espace), Gilles Marchand – également co-scénariste aux côtés de Dominik Moll avec lequel il avait déjà co-écrit Harry, un ami qui vous veut du bien – nous livre une œuvre très personnelle, et même une confession dans un sens, faisant directement écho à son enfance. En soi, un produit qui vient du cœur et non d’un autre organe comme une très large gamme de navets pourtant bénéficiaires d’une plus confortable distribution en salles de par chez nous. 
N.M.
 


EN BREF 
titre original : Dans la forêt
distribution : Jérémie Elkaïm, Timothé Vom Dorp...
pays d'origine : France / Suède
budget : petit
année de production : 2016
date de sortie française : 15 février 2017
durée : 103 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5

† EXORCISME † 
▲ Direction d'acteurs
▲ Écriture des personnages
▲ Subtil et intelligent

- DÉMYSTIFICATION - 
▼ Des longueurs
▼ Déficit d'empathie
▼ Pas assez percutant


LE FLIP 
Les apparitions de l'homme défiguré.

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