[Critique] HONEYMOON (2014/2015 - VOD) de Leigh Janiak

  Évaluation du dossier : 4.5/5 [♥♥]

Alors en pleine lune de miel au bord d'un lac isolé, Paul surprend son épouse, Béa déambulant au beau milieu de la nuit et en pleine forêt, seule et totalement désorientée. Le comportement distant et de plus en plus étrange de sa jeune épouse incite Paul à penser que ce qui semble lui être arrivé au fond des bois ne relève pas seulement du simple somnambulisme…

Quoi de mieux que passer un moment à deux devant un film romantique pour raviver la flamme ? Cependant, Honeymoon a plutôt tendance à prêcher pour la paroisse du célibat mais remplit, haut la main, son contrat en termes de qualité.

Comme déjà évoqué précédemment avec Dark Touch ou Mister Babadook, une touche féminine peut apporter à la réalisation une élégance et une vision remarquable. De plus, Leigh Janiak, réalisant ici son premier métrage, arrive à faire oublier le budget de cette petite production indépendante. On ne peut donc que s’incliner face à ses choix artistiques, notamment cette photographie dépaysante presque « malickéenne » ou encore cette bande-son anxiogène rappelant l’affolement du rythme cardiaque. Tous ces partis pris viennent prêter main forte à la démarche première de Honeymoon : créer une ambiance maussade. 


À défaut de forcer l’angoisse, le métrage installe le malaise via des détails, des éléments incommodants qui piquent la curiosité. Allant de façon croissante, les enjeux du film finissent par devenir existentiels au spectateur tant il est immersif. S’étant incliné -  et certainement à juste titre -  face au It Follows de David Robert Mitchell, Honeymoon est par conséquent reparti les mains vides du festival du film fantastique de Gérardmer. Il est tout de même à féliciter pour ce parcours honorable, et à considérer comme un modèle au vu de ses moyens trop faibles et de l’intelligence développée pour les contourner.

On peut difficilement parler de ce métrage sans souligner la prestation de son duo d’acteurs. Harry Treadaway incarnant le jeune marié, auquel il est presque impossible de ne pas s’attacher tant l’écriture du personnage est juste et son jeu des plus convaincants. On souffre avec ce jeune homme qui voit la situation dépérir peu à peu tout en réagissant avec bienveillance et humanité. C’est Rose Leslie qui lui donne la réplique, la rousse effarouchée de Game Of Thrones, et porte littéralement le film. Elle illustre avec brio l’aliénation progressive et insuffle au récit cet aura si dérangeant. On se laisse aller à la détester malgré le magnétisme obnubilant que dégage son comportement et on conclut en fin de métrage – bouche bée –  que cette actrice crève l’écran, ni plus ni moins.



Ne souffrant d’aucune longueur, le film prend tout de même son temps pour installer son climat. L’horreur, pointant le bout de son nez en fin de bobine, se voit percutante à la limite du haut-le-cœur. Couplée aux montagnes russes émotionnelles du film, cette violence –  Dieu merci –  suggérée, assure des sueurs froides plus que bienvenues après la montée en puissance opérée jusque-là. Il ne vaut mieux pas revenir plus amplement sur le contenu du scénario pour éviter le spoiler de trop qui gâcherait un tant soit peu le visionnage. Il ne reste donc qu’à se plonger dans Honeymoon et se laisser bercer jusqu’à son final. Sa jeune réalisatrice est à suivre de près, au vu de ce thriller psychologique, dont le cynisme frôle le génie.

Finalement, si vous désirez égayer votre Saint-Valentin, tournez-vous plutôt vers les chocolats et les bougies. Honeymoon est -  malgré son titre - une œuvre sombre et dérangeante, qui aura comme caractéristique de faire diminuer la température de la pièce de quelques degrés.  
N.M.
EN BREF : 
titre original : Honeymoon
pays d'origine : États-Unis
budget : 1 000 000 $
année de production : 2014
date de sortie française : 20 juin 2015 (Netflix)
durée : 87 minutes
adrénomètre : ♥♥ 
note globale : 4.5/5
 
† HANTISE
▲ La photographie dépaysante
▲ La bande-son anxyogène
▲ L'ingéniosité pour un petit budget 

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ L'horreur seulement en fin de métrage
▼ Le climat progressif
▼ À éviter un soir de Saint-Valentin


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