[Critique] HÄXAN : LA SORCELLERIE À TRAVERS LES ÂGES (1922) de Benjamin Christensen

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Haxan propose plusieurs documents de nature diverse dédiés à la sorcellerie à travers les âges et sa représentation dans l'art. Ce film-essai mêle plusieurs scènes fictives illustrant principalement la pratique médiévale de la sorcellerie et la persécution dont elle fit l'objet de la part de l'Église, remontant ainsi jusqu'à l'époque contemporaine du film (1922).
Essai filmique dédié à la sorcellerie, ce chef-d’œuvre avant-gardiste a le mérite de non seulement utiliser très tôt de nombreuses techniques cinématographiques toujours d'actualité (lire ci-dessous), mais aussi de porter les prémices du langage documentaire et deux de ses déclinaisons.
En effet, ses courtes reconstitutions historiques le rapprochent du docufiction, alors que ses incursions dans le fantastique le font flirter étroitement avec le documenteur.




Sur un ton proche du mondo movie, le spectateur, tour à tour étonné, amusé, révolté ou circonspect, observe, fasciné, ces images du passé, reflet d'une autre culture, d'une autre époque, d'un autre mode de pensée, alors que la superstition menait les peuples à la baguette et la peur, déjà, conditionnait les foules. Au programme, donc, on trouve de nombreuses incarnations de Satan, des démonstrations des nuits de sabbat de ses suppôts, il est aussi question de manipulation, de filtre d'amour et bien évidemment des horreurs de l'inquisition. La crainte du diable prenait alors des proportions dramatiques, allant jusqu'au délire mystique et autres comportements d’auto-flagellation. Pour appuyer davantage son propos réaliste, le film dévoile même quelques objets de torture, destinés à faire avouer les hérétiques. Le métrage se concluant sur les signes qui, autrefois interprétés comme de la sorcellerie, sont aujourd'hui devenus des symptômes de pathologies mentales.

Pour monter Häxan, le réalisateur Benjamin Christensen s'est inspiré de ses études du "Malleus Maleficarum", un traité de sorcellerie publié à Strasbourg à la toute fin du XVe siècle, mêlant témoignages et ragots du plus mauvais effet. Un ouvrage qui s'articule autour de deux axes majeurs : la nature de la sorcellerie et l'organisation de la chasse aux sorcières ainsi que les méthodes d'extermination. Si ce texte peut aujourd'hui prêter à sourire, il aurait tout de même, d'après le film, causé la mort de 8 millions d'innocents en deux siècles, exécutés durant l’inquisition pour crime de sorcellerie.


Presque un siècle après sa réalisation, La Sorcellerie à Travers les Âges étonne toujours par sa liberté de ton et surtout par les moyens techniques qu'il met en œuvre pour étayer son propos. Maquillage et prothèses, masques et costumes, décors, stop motion, surimpression, jump cut, lecture inversée, automates, jeux d'ombres, livres et illustrations anciennes, reconstitution, le film rivalise d’ingéniosité pour, sinon émerveiller, au moins conserver toute l'attention du spectateur. On ne s'étonne donc qu'à moitié qu'Häxan constitue le métrage muet scandinave le plus cher jamais tourné. 
N.T.

EN BREF
titre original : Häxan
pays d'origine : Suède
année de production : 1922
date de sortie française : inconnue
durée : 80 minutes 
adrénomètre : ♠
note globale : 5/5


† HANTISE
▲ Premier documenteur
▲ Liberté de ton
▲ Effets spéciaux

 -  DÉMYSTIFICATION -
▼ Aspect vieillot
▼Sensationnaliste
▼Impossibilité de lui trouver des défauts sans faire preuve de mauvaise foi...





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