HERE ALONE (2016/2021 - DTV) de Rod Blackhurst [Critique]

Évaluation du dossier : 3.5/5 []

Dans un futur proche… Frappée par une terrible pandémie, la planète est désormais parcourue par des hordes d’infectés sanguinaires. Ann, experte de la survie en milieu hostile, fait partie de ceux qui ont échappé à la première vague. Après avoir perdu tous ceux qui lui étaient chers, elle voyage désormais seule dans un monde revenu à l’état sauvage, cherchant à éviter à la fois les infectés et les derniers survivants. Mais une nouvelle rencontre va bouleverser le fragile équilibre qui la maintenait en vie. Pour sauver sa peau, elle va devoir s’exposer et mettre de côté ce qui lui restait d’humanité.


Survival. Zombies. Virus. Difficile d’inclure autant de mots-clichés dans un synopsis d’horreur au XXIe siècle sans risquer de pondre un navet. Non content de relever le défi, le réalisateur Rod Blackhurst fait même mieux que sauver l’honneur !

Une femme nue, couverte de boue, s’affaire au bord d’un plan d’eau. Le ciel est gris, le décor rude. La scène n’a rien de glamour. Dès l’ouverture de Here Alone, impossible pour les amateurs de genre de ne pas penser à Cannibal Holocaust, à ses personnages vautrés dans la gadoue le long du fleuve Amazone. « Heureusement » la comparaison s’arrête là. Hasard ou pas, Here Alone s’affiche de toute façon sous l’influence du documentaire, tout comme en 1980 la bobine culte de Ruggero Deodato. Rien d’étonnant si l’on sait que le réalisateur américain Rod Blackhurst a commis auparavant une véritable enquête sur un meurtre, "Amanda Knox", dispo sur Netflix. 


Ici, pour sa première fiction, il laisse souvent la caméra à distance, fixe ou à l’épaule. La succession de gestes et rituels obscures de l’héroïne, Ann qu'incarne Lucy Walters (L'internat), parachève un climat équivoque sur le fond et la forme. En même temps le contexte s’éclaire rapidement. Des détails, un message radio qui tourne en boucle nous confirment qu’Ann est bel et bien seule en plein survival au fond des bois, en proie à des créatures qui n’ont plus grand chose d’humain. Certes elle est organisée, armée et connait son environnement. La vraie question est pourquoi, pour résister, choisir cette situation d’isolement, même si la preuve d’autres survivants reste à démontrer, alors qu’elle a la possibilité matérielle de s’enfuir ? Pourquoi cet enlisement volontaire ?


Son train-train bascule lorsqu’elle porte secours à une ado, Liv, jouée par Gina Piersanti (Paris Window) et Chris, interprété par Adam David Thompson (Glass), son beau-père blessé. Constituent-ils une menace eux aussi dans cette atmosphère de chacun pour soi ? Ann a-t-elle à gagner à les accepter dans son petit univers ? On comprend alors que, pour Rod Blackhurst, l’enjeu du récit est loin de se limiter à un manuel de survie pour les nuls. Au fur et à mesure, les liens que tisse le trio évoluent sans cesse. Contre toute attente, le personnage le plus énigmatique reste Ann, dont les souvenirs sous forme de flash-backs dynamisent et font progresser la narration. De ce jeu à trois, de dupe ou non, entre deuils, sentiments d’abandon, de culpabilité, de pardon, certains bien sûr paieront le prix cher. Dommage que les caractères ne soient pas plus affirmés. La relation triangulaire aurait gagné en tension, ici à regret émoussée par une écriture frileuse et convenue. Le film frôle parfois l’écueil du drame attendu de la famille recomposée, juste avant que l’issue ne redresse la barre in extremis.


Si un virus ravage la planète et rend dingue tout ce qui ressemble à un humain, c’est sans opportunité aucune avec une quelconque actualité. Le film est sorti bien avant la pandémie du moment. Sans révolutionner le statut du zombie, Here Alone tente un pas de côté subtil mais d’importance du point de vue scénaristique. Les infectés ont toute l’apparence du zombie du 21e siècle (moches, rapides, violents et voraces), à la différence qu’ils ne sont pas morts. Ils ont juste contracté un virus. Ils sont mortels comme tout le monde (ou presque). On ne peut donc pas vraiment les qualifier de zombies. Qui plus est, la sauvagerie de leurs interventions distillées avec parcimonie laisse planer une menace permanente des plus efficaces.

Bien que présenté au festival de Tribeca en 2016, Here Alone n’a bénéficié que d’une très faible diffusion mondiale en salle. Espérons que sa sortie en VOD, DVD et Blu-ray depuis le 9 juin de cette année chez Condor Entertainment palliera à minima cette injustice.
M.V.


EN BREF 
titre original : Here Alone
réalisation : Rod Blackhurst
scénario : David Ebeltoft
distribution : Lucy Walters, Gina Piersanti, Shane West, Adam David Thompson...
photographie : Adam McDaid
musique : Eric D. Johnson
pays d'origine : États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2016
date de sortie française : 9 juin 2021 (VOD, DVD, Blu-ray - Condor Entertainment)
durée : 94 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5

† EXORCISME †
▲ Sobriété
▲ Dramaturgie
▲ Construction

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Attendu 
▼ Manque de relief
▼ Frilosité d'écriture

LE FLIP 
Planquée dans un frigo...

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