BANISHING : LA DEMEURE DU MAL (2020/2021 - DTV) de Christopher Smith [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 []


En Angleterre à la veille de la seconde guerre mondiale, un prêtre s’installe avec son épouse et sa fille dans le manoir de son prédécesseur qui a assassiné sa femme avant de se suicider. Très vite, la fillette est sujette à des manifestations pas très catholiques…

4 ans après son magistral Detour, Christopher Smith revisite le thème éculé de la maison hantée sur fond de morale religieuse. Petite baisse de régime du Britannique qui lui vaudra de faire preuve d’une bonne dose de persuasion pour prêcher les non-convaincus.

Banishing : la demeure du mal creuse le sillon abyssal des récits de demeures possédées. Sans un Christopher Smith derrière la caméra (Severance, Triangle, Détour), on se demande comment le projet aurait pu susciter le moindre intérêt, tant le synopsis est truffé de clichés au cm². Fin des années 30, Marianne, interprétée par Jessica Brown Findlay (Docteur Frankenstein) et son mari et pasteur anglican Linus, incarné par John Heffernan (La Maison biscornue, House of the dragon), emménagent avec leur fille Ady (Anya McKenna-Bruce) dans la maison où le prêtre précédent a joyeusement massacré sa femme avant de se pendre. De surcroît, le drame est resté secret sur ordre de l’Église. Ady ne tarde pas à être victime de phénomènes étranges et inquiétants, tandis que Linus se voile la face, invoquant dogmes religieux et péchés divers et variés. Seule et démunie, Marianne se tourne vers un curieux habitant du village, Harry, qui prétend pouvoir l’aider à combattre la puissance maléfique qui cherche à ravir sa fille.


En prenant soin au passage d’attribuer à Marianne des antécédents de troubles psychiatriques, le scénario dresse le portrait d’une femme en proie au doute face à elle-même, à son rôle de mère, à la société patriarcale représentée par l’Église et à la figure du mal. Christopher Smith retrouve par là même le sujet de la culpabilité maternelle déjà abordé de façon beaucoup plus originale dans Triangle. Ici, il doit composer avec des idées si usées et rebattues qu’on s’attend, à tout le moins, à un twist final explosif qui, hélas, n’arrivera pas. Bien au contraire, la conclusion s’avère navrante de naïveté.


Heureusement, Smith n’a rien perdu de son talent de réalisateur. On retrouve cette capacité à plonger ses personnages dans des labyrinthes inextricables. Il joue à foison de la répétition des scènes obsessionnelles, des mises en abîme. Il brouille à souhait repères temporels et identités, nous piège dans le dédale mental de son héroïne, et démontre une fois de plus son habileté à provoquer le vertige. Jessica Brown Finlay interprète avec conviction une Marianne féministe et en pleine confusion. La présence de Sean Harris (Délivre-nous du malPrometheus) dans le rôle de Harry Reed, personnage iconoclaste en lutte contre toutes les formes de corruption, sociales, politico-religieuses et bien sûr spirituelles, éclaire quant à elle le film d’une dimension "jokerienne" des plus rafraîchissantes. Sarah Cunningham à la photographie apporte le relief nécessaire aux multiples lieux et éléments du décor.


Malgré un florilège de tics et archétypes scénaristiques engoncés dans un discours caricatural, Banishing : la demeure du mal, sauve la mise à l’arrachée. Même si on peine à adhérer à cette histoire de possession, on ne doit surtout pas bannir Christopher Smith et continuer à croire en son savoir-faire indéniable.
M.V.


EN BREF 
titre original : The Banishing
réalisation : Christopher Smith
scénario : David Beton, Dean Lines, Ray Bogdanovich
distribution : Jessica Brown Findlay, John Heffernan, John Lynch, Sean Harris, Anya McKenna-Bruce...
photographie : Sarah Cunningham
musique : Toydrum
pays d'origine : Royaume-Uni
budget : N.C.
année de production : 2020
date de sortie française : 28 juillet 2021 (VOD) - 25 août 2021 (DVD & Blu-ray - Lonesome Bear)
durée : 97 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3/5

† EXORCISME † 
▲ Réalisation
▲ Interprétation
▲ Photographie

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Discours
▼ Clichés
▼ Scénario

LE FLIP
Le reflet du miroir...
 
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