[Critique] FRAYEURS (1980) de Lucio Fulci

Évaluation du dossier : 4/5 [♥♥]

Un prêtre se donne la mort par pendaison dans le cimetière de Dunwich. Un reporter new-yorkais et un médium vont tenter de conjurer la malédiction attachée à la mort de l'homme d'église, qui, selon une prophétie, précède l'ouverture des portes de l'Enfer. Pour sauver le monde des créatures maléfiques qui, désormais, tourmentent les vivants, les portes devront être refermées avant la Toussaint. 


À la toute fin des années 70, alors qu'il peine à obtenir des propositions cinématographiques satisfaisantes et à se faire un nom malgré ses 20 ans de carrière, Lucio Fulci se laisse séduire par l'horreur extrême vers laquelle quatre de ses œuvres majeures vont tendre. Frayeurs est la seconde, juste après L'Enfer des zombies. C'est également celle qui va ouvrir les portes de la popularité au réalisateur - en tant que docteur ès gore -  hors du territoire italien.

Basé sur le scénario qu'il coécrit avec Dardano Sacchetti, déjà associé avec lui sur L'Enfer des zombies, Frayeurs s'inscrit dans le même sillon que son prédécesseur. Il s'enfonce toutefois davantage dans l'horreur "mystico-prophético-religieuse" et démontre, au delà d'une rage manifeste du réalisateur, un sens inné pour le grand guignol – ici plus qu'ailleurs noyé dans un premier degré effrayant –, empreint d'une atmosphère, voire, d'une poésie, morbide et désespérée.


Spiritisme, suicide, décomposition des corps, claustrophobie, zombies, atmosphère macabre, musique d'outre-tombe, meurtres ultra gores et détaillés, Lucio Fulci charge la mule et trouve tous les prétextes scénaristiques pour justifier ses débordements graphiques. Et en la matière, le maestro s'avère extrêmement généreux, d'autant que sa culture du genre, principalement en littérature, lui permet de puiser dans l’œuvre de Edgar Allan Poe et surtout H.P. Lovecraft pour renforcer l'impact de son film. À ce titre, il place l'essentiel de l'action dans la ville de Dunwich, dans le Massachusetts, créée de toute pièce par l'auteur des "Montagnes Hallucinées", à laquelle le réalisateur intègre aussi l'épisode de Salem et ses sorcières.

À noter, outre des influences littéraires communes, d'étrange similitudes avec Evil Dead qui sera produit l'année suivante ; l'utilisation de contre-plongées pour accentuer la menace des zombies, les plans serrés avec maquillages bien crades sur des visages oscillant entre décomposition et brûlures au troisième degré. De troublantes connexions qui se trouvent renforcées par le grain de l'époque et cette explosion de gore débridé.


Œuvre personnel, parfois rendue insaisissable pour déstabiliser le spectateur et créer chez lui un sentiment de malaise, on oublie difficilement certaines séquences, comme les perturbantes apparitions de zombies, notamment derrière la fenêtre d'une chambre d'enfant, les célèbres larmes de sang, la jeune femme qui vomit ses tripes dans une voiture devant son amant médusé, un perçage de tête à la foreuse, ainsi que la levée des morts dans le caveau familial du prêtre Thomas. Le tout accompagné par le score culte de Fabio Frizzi, assez proche, dans l'idée, de ce que composaient les incontournables Goblin.

Jusqu'à une fin, certes un peu expédiée puisqu'on pourrait s'amuser aujourd’hui de l'étrange facilité avec laquelle les protagonistes viennent à bout du prêtre démoniaque, mais vite rattrapée par un plan final mystérieux, voire périlleux, qui a fait, fait encore et fera toujours cogiter des générations de spectateurs. Difficile non plus de ne pas voir dans cette production aussi noire qu'extrême, l'expression des tourments d'un réalisateur sous-estimé alors en passe de devenir, à juste titre, le "poète du macabre".
N.T.

EN BREF
titre original : Paura nella città dei morti viventi  / City of the living dead
pays d'origine : Italie
année de production : 1980
date de sortie française : 10 décembre 1980
durée : 93 minutes
budget : mini
adrénomètre : ♥♥
note globale : 4/5

† HANTISE †
▲  Débordements gores
▲  Poésie du macabre
▲  La bande originale de Fabio Frizzi

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Scénario pas toujours limpide
▼ L'aspect défraîchi
▼ La fin expédiée

LE FLIP 
Les apparitions inopinées de zombies dans la ville de Dunwich.

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