VERÓNICA (2017/2018) de Paco Plaza [Critique]

Évaluation du dossier : 3.5/5 []

À Madrid au début des années 1990, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des visions cauchemardesques. Bientôt une entité menace de s'en prendre à sa famille. Verónica s'inspire du seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.


Proposant une captivante variation sur les thèmes de la hantise et de la possession démoniaque, Paco Plaza opère avec Verónica une incursion convaincante dans le vaste univers des films inspirés de faits réels.


Paradoxalement, le co-réalisateur de [Rec] prend pas mal ses distances avec l'histoire source, seule affaire paranormale rapportée par la police espagnole. Ce qui n'a pas vraiment d'importance puisque, d'une part, Paco Plaza s'intéresse davantage à la destinée de cette adolescente qui croule sous les responsabilités familiales qu'au potentiel "train fantôme" de son sujet et parce que, d'autre part, croyant ou non et bien que cela semble peu probable, on n'est pas à l'abri du rapport de police rédigé au poste lors d'une soirée tapas et sangria. Mais admettons...


Verónica s'inspire de l'affaire Vallecas, lors de laquelle la police madrilène dû intervenir auprès d'une famille terrorisée et dont la visite de la maison allait au final les conduire à constater l'existence "de phénomènes en tous points inexplicables", comme souligné dans leur rapport. Paco Plaza reprend la main sur le scénario déjà bien avancé de Fernando Navarro (Muse) qui ne conserve qu'une infime partie de cette longue histoire qui aurait pu être scindée en deux volets, mais, finalement, compressée en un seul. En effet, dans la réalité, la séance de ouija à l'origine du drame se déroule en 1990 alors que l'appel des secours par la famille intervient plus de deux années plus tard après bien des péripéties. Ici, le traitement de l'affaire se focalise plus sur le phénomène de possession et de hantise – on ne peut pas vraiment parler de film d'exorcisme – que sur l'aspect maison hantée comme la deuxième partie de l'histoire "vraie" aurait pu le suggérer.

Forcément, on songe à toute une flopée d'œuvres du même genre, cependant, Verónica s'inscrit davantage dans celles qui abordent le thème sous un angle psychologique voire social telles L'Exorciste de William Friedkin, toujours invaincu à ce jour et L'Exorcisme d'Emily Rose, son challenger réalisé par Scott Derrickson. Si on lui prête volontiers un petit air de The Conjuring : Les Dossiers Warren, il en constitue néanmoins un pendant plus intimiste dont il n'atteint, malheureusement, jamais l'intensité horrifique. Pourtant, le scénario, intelligemment construit, capte parfaitement l'essence de ce bouleversement incontrôlable dans la vie de Verónica, ainsi que l'époque dans laquelle il s'inscrit. Peut-être trop d'ailleurs, le métrage et les moyens mis en œuvre pour faire monter l'angoisse donnant souvent l'impression de visionner un film tourné à la fin des années 90. Un charme nostalgique pour certain qui pourrait être rédhibitoire pour d'autres... Sans doute aussi un peu prisonnier d'effets éculés et prévisibles, le long-métrage pêche un peu côté flip et se contente de flirter avec le thriller fantastique dans un climat psychologique tendu.


Il se construit autour du personnage de Verónica, une adolescente mal dans sa peau qui croule sous de lourdes responsabilités familiales. La séance de ouija devient donc un détonateur qui semble faire exploser un ensemble de frustrations jusqu'ici larvées : s'occuper matin et soir de ses trois jeunes frères et sœurs, supporter l'absence d'une mère affairée au travail et hermétique à son mal-être, subir l'abandon de copines qu'elle effraie, accuser un deuil difficile.... Jouant de la subjectivité, Paco Plaza laisse le choix au spectateur de se faire sa propre idée sur l'origine réelle du mal qui malmène l'héroïne en prenant le temps de lui donner une épaisseur psychologique. Elle est interprétée par la jeune et véritablement bluffante Sandra Escacena. Lorsqu'elle a la chance de la croiser, elle donne la réplique à Ana Torrent (Tesis) chargée d'incarner la mère absente, complètement absorbée par son travail. Du coup, on a le temps de s'attacher et de partager les terreurs du personnage. Ajoutez à cela une reconstitution des année 90 assez réussie et on fait face à un "ouija movie" plus qu'honorable qui n'a rien à envier au piètre Ouija de Stiles White.


Avec Verónica, Paco Plaza renoue un peu avec l'horreur de [Rec], dont il est l'instigateur aux côté de Jaume Balagueró, tout en s'éloignant de l'action et de sa caméra subjective hystérique. Si les mauvaises langues pourront toujours évoquer un "Conjuring du pauvre", il est une nouvelle fois la preuve qu'avoir un gros budget ne garantit pas forcément de grands films. Et inversement, donc... Et il faut bien avouer que les Espagnols excellent lorsqu'il s'agit de rendre les appartements de leurs plus grandes villes théâtre d'évènements flippants. Après lorsque l'on connait les faits d'origine, c'est la suite de l'histoire que l'on aurait apprécié également voir mise en scène par le réalisateur espagnol. Ce qui visiblement n'est pas prévu au programme. Allô James Wan  ?
N.F.T.

EN BREF
titre original : Verónica
distribution : Sandra Escacena, Ana Torrent, Bruno Gonzàlez, Consuelo Trujillo...
pays d'origine : Espagne
budget : N.C.
année de production : 2017
date de sortie française : 24 janvier 2018
durée : 105 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5

† EXORCISME †
▲ Casting convaincant
▲ Réalisation immersive
▲ L'aspect drame horrifique

 - DÉMYSTIFICATION -
▼ Manque de moyen
▼ Sujet rebattu
▼ Peu effrayant

LE FLIP
L'entité..

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