[Critique] JURASSIC WORLD (2015) de Colin Trevorrow

Évaluation du dossier : 2.5/5 [♥]

L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, conçu par l'équipe de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur à Jurassic World. Comble de malchance, les neveux de la jeune femme surbookée par la gérance du parc d'attraction, viennent de rejoindre les 20 000 autres visiteurs en mal d'émotion forte. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Une chose est certaine : Jurassic World était attendu. Considéré, cinq jours après sa sortie, comme le meilleur démarrage mondial de tous les temps – selon la société Exhibitor Relations – il marque le retour de la franchise qui a fasciné des générations de paléontologues en herbes.

Si, à l'instar de son modèle, il aurait pu faire figure de petite révolution visuelle du septième art au début des années 90, l'effet en sortie de salle en 2015, après la claque Fury Road, est sinon amer, a minima, mitigé. Car il faut se rendre à l'évidence, l'argument de Jurassic World n'étant pas son scénario – il reprend grosso modo la structure du premier, en moins bien – il n'y avait plus que sur le terrain visuel qu'il pouvait se faire une place. 


Malheureusement, Colin Trevorrow, quasi inconnu au bataillon, se contente d'imiter Spielberg, sans parvenir à insuffler l'âme nécessaire à la résurrection de sa franchise jurassique. Idem du côté de la musique puisque le compositeur Michael Giaccino (Laisse-moi entrer, Super 8), qui nous a habitués à des scores inspirés, fournit le minimum syndical en brodant autour du thème original de John Williams. Le retour de ces quelques notes devenues célèbres, loin de réveiller en nous l’émotion tant espérée, se fait sous le signe de la lourdeur lorsque la caméra virevolte dans les airs en mode "plein la vue" pour se précipiter hors de l’hôtel et nous offrir un plan aérien du parc d'attraction, étrangement moins impressionnant que l'on veut bien nous le montrer. Malaise ! Et alors qu'on tente de nous replonger dans l'univers du film original, sans doute pour nous convaincre que l'on vit la même révolution cinématographique, on finit par sombrer lentement mais sûrement dans un poisseux sentiment de déjà vu. L'ensemble semble bien fade et le manque d'intérêt pour les personnages n’arrange rien à l'affaire. 



Cependant, Chris Pratt, après sa prestation aussi remarquable que remarquée dans Les Gardiens de la galaxie, confirme sa position d'acteur à suivre de près. Son petit côté bourreau des cœurs funky explose encore ici et on le sent très à l'aise dans son rôle de dresseur de raptors. Le reste du casting fait son boulot, de Bryce Dallas Howard dans le rôle de la tante négligente avec ses neveux (toute ressemblance avec le personnage de Sam Neil dans Jurassic Park n'est sans doute pas fortuite) aux deux jeunes frangins perturbés par le divorce imminent de leurs parents, interprétés par Nick Robinson et Ty Simpkins (Insidious 1, Insidious : Chapitre 2). Le rôle du bad guy de service revient quant à lui à Vincent d'Onofrio (Sinister, Full Metal Jacket) déterminé ici à transformer les dinosaures en armes de guerre dociles et féroces. Irrfan Khan de son côté, incarne le propriétaire extravagant et inconscient du parc. 

Tout ce petit monde fournit la partition syndicale nécessaire à la crédibilité du propos, mais on a beau chercher, on ne retrouve malheureusement pas la force du casting – ni de l'écriture – qui a rendu les répliques de Jurassic Park complètement cultes, de Jeff Goldblum au regretté Richard Attenborough. Sans vouloir jouer le réac de base, les personnages de Jurassic World ne souffrent pas la comparaison avec ceux du premier film, plus consistants et bien mieux écrits, et ce n'est pas l'apparition du frenchie Omar Sy dans le rôle du collègue de Chris Pratt, également dresseur de raptors qui vient apporter une plus-value salvatrice. D'autant que le pauvre disparaît subitement de l'histoire sans plus donner de nouvelles...



Alors, Jurassic World ne serait au final qu'une purge destinée à amasser du billet vert – il aura coûté le double du premier volet dont il est une suite directe – sur son passé glorieux sans rien fournir en échange ? Pas complètement, car il est indéniable que le spectacle est au rendez-vous. À ce niveau, à l'heure où les super-héros trustent les meilleurs places dans le domaine du viol oculaire cinématographique – une partie non négligeable de la distribution est d'ailleurs issue de franchises de super-héros diverses –, Jurassic World se positionne en redoutable challenger. Encore une fois, on est très loin d'un Mad Max Fury Road, dernier choc visuel de George Miller ou même du titanesque Pacific Rim de Guillermo Del Toro, mais il faut toutefois admettre que les effets numériques sont plutôt convaincants malgré l'absence des animatronics de Stan Winston, qui, malheureusement, nous a quittés il y a peu.

Cette suite n'est donc pas complètement dénuée d'intérêt, les amateurs auront leur dose de frisson et le côté film catastrophe remplit ses engagements avec quelques belles montées d'adrénaline. Mais pour certains, l'ensemble risque de paraître désespérément creux, n'apportant rien d'intéressant à la mythologie de la franchise. Film de nostalgiques pour un public de nostalgiques donc ? Peut-être, mais alors dans ce cas, autant céder au charme du premier métrage – et éventuellement ses suites –  bien plus cohérent, toujours aussi efficace et fort d'un récent lifting 3D, qui n'a pas pris une ride...
N.T.


EN BREF
titre original : Jurassic World
pays d'origine : États-Unis / Chine
budget : 150 000 000 $
année de production : 2015
date de sortie française : 10 juin 2015
durée : 124 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 2.5/5

† EXORCISME †
▲ Chris Pratt
▲ Le retour à Jurassic Park
▲ Le côté catastrophe

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Structure sans surprise
▼ Personnages globalement fades
▼ Comme le premier, le charme en moins

LE FLIP
Quand le dino n'est pas parti.

LIRE AUSSI
Jurassic Park
The Dinosaur Project
Les Dents de la mer



 

Commentaires

  1. Comme quoi ^^
    Perso j'ai adorer, d'ailleurs j'ai fait un avis un peu détaillé ici :
    http://www.jeuxvideo.com/journal-de-bord/431341/avis-sur-le-film-jurassic-world.htm

    Apres Jurassic World n'a jamais etait repute pour la peur occasionee. En tout cas il m'a pleinement satisfait !

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire

En cours de lecture