[Critique] THE POUGHKEEPSIE TAPES (inédit - 2007) de John Erick Dowdle

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Quand la police effectue une descente dans une maison située dans une petite ville, au nord de New York, ils découvrent de nombreux enregistrements mettant en scène les horribles activités d'un meurtrier. Les enquêteurs trouvent ainsi près de 800 cassettes vidéo filmées par le tueur lui-même, contenant les détails les plus sordides de ses meurtres. Les enquêteurs doivent les visionner pour tenter d'y trouver des indices.

Avant Devil et En Quarantaine, John Erick Dowdle réalisait The Poughkeepsie Tapes. Si ce film ne vous évoque pas grand chose, cela n'a rien d'étonnant : le film n'a pas connu une large diffusion aux États-Unis, et n'a connu aucune distribution chez nous. 
Même si à des années-lumière d'Autant en Emporte le Vent ou des Révoltés du Bounty, c'est tout de même la Metro Goldwyn Mayer qui en assurait la distribution... Plutôt radical dans son propos, ce faux documentaire s'intéresse au parcours d'un tueur sadique, qui se fait appeler "Ed". Peut-être la MGM peine-t-elle à assumer ce film effrayant et dérangeant, où les images filmées par le tueur lui-même, se mêlent aux interventions des protagonistes de l’affaire. 

La plupart de ces interventions, notamment au début du métrage, ont la principale fonction de faire monter la sauce et conditionner le spectateur à ce qu'il va voir. Par exemple, l'un des enquêteurs du FBI affirme qu'il existe entre 25 et 50 serial killer toujours en activité sur le territoire américain et qu'ils représentent un plus gros problème que les gens n'imaginent...


Bonjour l'ambiance, et ça ne s’arrange pas ensuite... Extrêmement immersif, on est d'autant plus secoué que les images sont également présentées aux élèves d'une école de police par un profiler en retraite, qui les prépare psychologiquement, avec douceur, à ce qu'ils vont voir et endurer durant leur carrière.  "Demandez-vous : est-ce que je veux vraiment m'entourer de ces choses terribles le reste de ma vie professionnelle." lance-t-il, alors qu'un malaise se fait sentir. Le film embraye alors sur le premier meurtre, celui d'une fillette qui joue assise dans l'herbe, devant chez elle. Même suggérée, la scène est pénible et les détails, archives et témoignages sur l'affaire qui suivent, enfoncent le clou. Bientôt c'est un couple qui subit le même traitement. Lors du retour à l'école de police, les visages sont déconfits et le profiler leur conseille de "laisser le travail au travail !". Voilà en gros le premier quart d'heure d'un film qui ne fait qu'empirer en horreur graphique et psychologique tout du long.

On a droit à des séquences très dérangeantes où "Ed" se cache dans la maison de sa victime, l'observant des heures avant l'assaut final, et d'autres plus explicites où sa folie et son sadisme explosent et durant lesquelles il dépèce ses victimes puis répartit les membres dans plusieurs état du pays. Il ira même jusqu'à développer un syndrome de Stockholm chez la pauvre Shirley Dempsey, l'une de ses victimes muée en esclave, à laquelle le documenteur s'intéresse largement.


Évidemment, tout cet amas de violence n'est pas gratuit et l'on décèle dans The Poughkeepsie Tapes une colère quotidienne sous-jacente qui se mue en fureur, doublée d'une volonté évidente pour John Erick Dowdle de dénoncer les dérives d'une justice Américaine définitive alors que même "les apparences peuvent parfois être trompeuses" comme le souligne Ed à l'une de ses futures victimes. Dowdle met également en exergue le cynisme des médias, lesquels se désintéressent totalement de la réhabilitation post mortem de l'innocent condamné, pour se jeter comme des hyènes sur une actualité plus vendeuse : les attentats du 11 septembre.
 
Avec un traitement très premier degré, sans recul ni une once d'humour, -exception faite de l’intervention de l'expert en démembrement dont la bonne humeur apparente contraste avec le propos- ce faux documentaire se nourrit d'images issues des cassettes vidéo enregistrées par le tueur, et hormis l'objet de chipoteries chez les experts sur l'aspect que doit avoir ou non un vieil enregistrement vidéo, elles apportent leur lot de véracité et forcément accentuent l'impact réaliste du film. On retiendra aussi dans les dernières minutes, le retour sur une victime marquée psychologiquement et physiquement à vie par sa rencontre avec le tueur.

Pénible parfois, sordide souvent, dressant le portrait d'un tueur vicelard et disjoncté, The Poughkeepsie Tapes n'en demeure pas moins très efficace. Naviguant entre le torture porn et le snuff movie, il est toutefois à réserver à un public très averti. Les acteurs sont globalement crédibles -à un ou deux près, rapidement identifiables-, le mode de narration est percutant, la vision quasiment au travers des yeux du tueurs est perturbante, et on sort de ce film davantage retourné et épuisé par une certaine terreur psychologique que par ses quelques débordements graphiques.
N.T.


EN BREF
titre original : The Poughkeepsie Tapes
pays d'origine : États-Unis
année de production : 2007
budget : petit
date de sortie française : inédit
durée : 84 minutes 
adrénomètre : ♥♥
note globale : 3.5/5


† HANTISE
▲ Redoutablement efficace
▲ Le casting
▲ Mode de narration percutant

-  DÉMYSTIFICATION -
▼ Réservé à un public averti
▼ Psychologiquement éprouvant
▼ Inédit chez nous

LE FLIP
La vidéo du réveil de l'une des victimes, présentée à des étudiants médusés...

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