THE DEEP HOUSE (2021) d'Alexandre Bustillo & Julien Maury [Critique]

Évaluation du dossier : 3.5/5 []


Un jeune couple américain spécialisé dans l'urbex décide d’aller explorer une maison réputée hantée qui a été ensevelie sous un lac artificiel. Mais celle-ci semble se refermer sur eux et le couple se retrouve prisonnier de cet endroit chargé d'un sombre passé…


Alexandre Bustillo et Julien Maury sont de retour avec The Deep House, une œuvre techniquement épatante, notamment dans son tournage immergé, mais moins convaincante dans son récit, qui lui, reste un peu à la surface.


À la tête d'une filmographie horrifique de plus en plus fournie, le duo composé d'Alexandre Bustillo et Julien Maury, qui se remet d'une expérience Leatherface au gout amer (saboté par les pontes de Millennium), semble toujours se chercher dans un cinéma sans concession marginal en France – l'effet Titane va-t-il changer la donne ? – malgré le  peu de soutien, sans avoir encore livré leur véritable pièce maitresse. The Deep House, bien que souffrant de quelques petites imperfections, tend à rapprocher les réalisateurs du Graal ultime. Brillamment tourné en immersion totale, dans un format found footage, leur dernier long-métrage montre que la France fourmille d'idées qui ne demandent qu'à être financées. 


Le choix du format (semi) found footage apporte clairement la forme idéale à la note d'intention, même si l'on regrette que le concept n'est pas exploité à 100 % pour plus d'immersion (habillage musical extradiégétique, introduction filmée de manière classique...). D'une durée totale d'à peine 1 h 20, le film, n'a du coup, pas le temps de souffrir de longueurs inutiles, l'exploration se fait en temps réel et rend d'autant plus saisissantes les thématiques traitées sous l'eau : fantômes, cultes satanique, sacrifices humain et élément surnaturels seront donc bien au programme.


Le concept audacieux de filmer intégralement dans une maison immergée sous l'eau relève de la performance et joue en faveur de l'ensemble. Le duo a souhaité tourner intégralement en conditions réelles, à la différence d'Aquaman ou encore Underwater, apportant une authenticité tout à fait louable au résultat grâce au directeur photo, Jacques Ballard, spécialisé dans les prises de vue sous-marines. Le hic à surmonter étant, peut-être, qu'au-delà de l'effet quasi-claustrophobe du procédé, on comprend rapidement que The Deep House n'aura pas grand chose de plus à proposer qu'une transposition qui respecte d'un peu trop près le cahier des charges du film de maison hantée. Demeure toutefois quelques pistes de réflexion sur la vérité, l'ignorance, le mensonge... et surtout leurs conséquences qui viennent apporter une profondeur, cette fois sur le fond, à l'ensemble.


En effet, The Deep House semble être le théâtre d'un affrontement permanent entre vérité et mensonge (ceux des personnages, mais aussi des réalisateurs) avec une dichotomie qui s'étend à un problème de taille : The Deep House donne l'impression de jouer deux films simultanément, aux intentions différentes, que le duo de réalisateurs n'a pas voulu choisir, laissant le boulot au spectateur. Le premier, le plus ancré dans le réalisme pourrait évoquer un bad trip des explorateurs qui hallucinent dans la maison. L'autre laisse entendre que le couple d'explorateurs se retrouve tout à coup plongé dans un au-delà quasi-fulcien ou un monde parallèle (peut-être au moment où une porte entravée par la statue du Christ est libérée ?) avec ses règles physiques propres, où tous les objets restent collés sur les tables, où des murs de briques apparaissent en quelques minutes, où l'électricité fonctionne, où l'on peut projeter des films sous l'eau et où les morts reprennent soudainement vie. Bien sûr, ce basculement dans un monde parallèle (vision de l'enfer ?) a déjà été utilisé dans le found footage et Grave Encounters en est sans doute l'exemple le plus parlant. Mais les choses semblaient y évoluer de manière plus (sur)naturelles. Alors frites ou bières hallucinogènes ? Maison située sur une porte de l'enfer ? Sur ce sujet, malheureusement, aucune grille de lecture n'est fournie, et même malgré la scène post générique qui, plutôt que donner une clé, ne fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà, on reste sur une impression un peu regrettable que l'on nous laisse livrés à nous-même dans ce monde chaotique.


Néanmoins, loin d'être infréquentable, The Deep House est même un visionnage indispensable pour les amateurs du genre qui cherchent un peu de dépaysement formel, qui aiment l'exploration sous-marine avec un brin d'angoisse, sans trop être traumatisant...  De plus, quand on sait que le premier confinement est venu mettre la pagaille sur le tournage, que le film a été tourné en immersion et sans effets numériques, on ne peut que saluer le travail accompli et bien sûr, attendre avec impatience la suite des aventures de notre duo de frenchies.
N.F.T.

EN BREF 
titre original : The Deep House
réalisation : Alexandre Bustillo & Julien Maury
scénario : Alexandre Bustillo & Julien Maury
distribution : Camille Rowe, James Jagger, Eric Savin...
photographie : Jacques Ballard
musique : Raphaël Gesqua
pays d'origine : France / Belgique 
budget : 5 000 000 $
année de production : 2021
date de sortie française : 30 juin 2021
durée : 81 minutes
adrénomètre : ♥♥ 
note globale : 3.5/5


† EXORCISME †
▲ Concept original
▲ Made in France
▲ Tourné en immersion sans effets numériques

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Des failles scénaristiques
▼ Pourquoi pas un vrai found footage ?
▼ Beaucoup de poncifs du film de maison hantée

LE FLIP 
Un gros poisson derrière la porte...

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