ANTEBELLUM (2020) de Gerard Bush & Christopher Renz [Critique]

Évaluation du dossier : 4/5 []

Un champ de coton, des soldats confédérés, des esclaves... Eden fait partie de ces derniers. Elle ne supporte plus les conditions de vie dans l'exploitation et les mauvais traitements au quotidien la poussent à organiser sa fuite. Mais en aura-t-elle le cran ? Et pour partir où ? D'ailleurs d'où vient-elle et que signifie ces bonds dans un futur où la ségrégation ne semble qu'un lointain cauchemar. ? Du moins en apparence...

Audacieux, surprenant, au diapason avec son temps, Antebellum constitue un premier long-métrage globalement maîtrisé pour l'inséparable duo de réalisateurs Gerard Bush et Christopher Renz.

La première chose à savoir sur Antebellum est sans doute le fait qu'on peut difficilement le résumer. Il est même souhaitable de ne rien en lire, fuir la bande-annonce comme la peste et se lancer dans le visionnage en toute confiance, sans a priori. C'est plutôt un bon point à mettre au crédit du duo de réalisateurs Gerard Bush et Christopher Renz qui parvient à proposer quelque chose qui sort des sentiers battus sans sacrifier leur épineux sujet sur l'autel de la bien-pensance.


Tout commence par un long et élégant plan-séquence dans une exploitation agricole où une armée de confédérés évolue à proximité de champs de coton et où le terme "Black Lives Matter" n'est rien moins que de la pure science-fiction. On y fait la connaissance d'Eden qui, visiblement, sous ses airs de soumission, prépare quelque chose pour mettre un terme définitif à son supplice d'esclave. En parallèle, on suit une mère de famille noire, véritable modèle de réussite au cœur d'une société américaine moderne qui contraste fort avec le système en place dans les champs de coton. On retient toutefois l'idée d'une récolte, mais cette fois-ci, du fruit mérité de son dur labeur. On s'interroge également sur le lien véritable entre ces deux récits qui nous sont contés alternativement.


Depuis quelques années et notamment depuis la sortie de Get Out, le cinéma d'horreur voit s'intensifier une guerre ouverte aux idéaux racistes. En effet, plutôt que se cantonner à dénoncer ce mal, les personnages rendent désormais coups pour coups, sans retenue aucune. Sans doute sous l'influence du réalisateur et producteur Jordan Peele, ou Quentin Tarantino qui a, aussi, bien étendu la brèche avec son Django Unchained, Gerard Bush et Christopher Renz nourrissent ce combat ethnique absurde, prétexte ici à des scènes de défense et de vengeance particulièrement brutales et sans concession. Si une partie des spectateurs se réjouira du changement de paradigme opéré, dans lequel les rôles du bourreau et de la victime s'inversent, une autre partie du public se sentira forcément un peu chahutés, d'autant plus s'ils n'abordent le long-métrage que sous l'angle de l'opposition gentils noirs victimes et méchants blancs suprémacistes. Mais les thématiques vont heureusement bien au-delà de la question raciale et nous interrogent sur notre seuil de tolérance face à la haine, au fanatisme, au racisme qui nous entourent, jusqu'au point de non-retour où la seule réponse possible, véritablement efficace devient une autre barbarie, certes anticonformiste, mais définitivement libératrice.


Forcément, difficile de ne pas songer à une revanche face à Autant en emporte le vent qui vient de faire couler de l'encre avec son contexte raciste, mais Antebellum, sous des airs de film historique se veut plus que jamais connecté à notre époque en montrant un combat qui se joue encore aujourd'hui – l'affaire George Floyd et les émeutes qui ont suivi en est le dernier triste exemple – au gré des présidences pour une communauté rabaissée, maltraitée, parfois par ceux-là même qui sont censés la protéger. Gerard Bush, Christopher Renz traitent de cela avec un souci de la mise en scène rare et forcément plaisant, lorsqu'elle n'est pas carrément splendide, jouant de l'ambiguïté et du borderline avec la maestria d'un Pascal Laugier et un sens du twist à la Shyamalan... mais nous en avons peut-être déjà trop dit.
N.F.T.

EN BREF 
titre original : Antebellum
réalisation : Gerard Bush, Christopher Renz
distribution : Janelle Monáe, Eric Lange, Jena Malone...
photographie : Pedro Luque
pays d'origine : États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2020
date de sortie française : 9 septembre 2020
durée : 105 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 4/5

 † EXORCISME † 
▲ Plan séquence d’introduction
▲ Borderline
▲ Script surprenant

 - DÉMYSTIFICATION - 
▼ Manichéen
▼ Rythme inégal
▼ Peu horrifique

LE FLIP
Un enlèvement inopiné.

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