SUZZANNA: BURIED ALIVE (2018/2019 - SVoD) de Rocky Soraya & Anggy Umbara

Évaluation du dossier : 3/5 []

Suzzanna, femme au foyer mariée à un industriel depuis sept ans, vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Seule à la maison alors que son mari est en voyage d’affaire et les domestiques au cinéma, elle est mortellement blessée lors d’un cambriolage qui dégénère. Son esprit, le « Sundelbolong », décide de se venger.

Même si les histoires et les thèmes autour de fantômes "punisseurs" sont usés jusqu'à la corde, Suzzanna: Buried Alive ne manque pas de surprendre.


Suzzanna : Buried Alive est le remake du film indonésien Sundelbolong de Sisworo Gautama Putra, sorti en 1981. On y retrouve l'actrice Suzzanna (1942-2008), devenue populaire grâce à une vague de films d’horreur, très en vogue en Indonésie dès les années 60. Dans Suzzanna : Buried Alive, les coréalisateurs Rocky Soraya et Anggy Umbarra rendent hommage à la comédienne, à un genre et à tout un pan de leur culture.


La première demi-heure est surprenante. On est face à une espèce d’O.V.N.I (avec un V pour "visuel"), pseudo polar comique à l’eau de rose bourré de clichés pastellisés, entre Tarantino, Columbo et Dynastie. Les décors font la part belle aux références du genre avec une fausse naïveté kitch, de Shinnig dès le premier plan, à l’imagerie galvaudée de la robe immaculée de Suzzanna, incarnée de façon lumineuse par Luna Maya, en passant bien sûr par Sundelbolong que les domestiques courent voir à la séance hebdomadaire de cinéma en plein air du samedi soir comme d’autres, plus bourgeois, vont à la messe. Le charme opère grâce à une photographie très travaillée et tout le talent de réalisation surgit d’un plan séquence mémorable lors de la scène du cambriolage.


Dans un second temps, celui de la vengeance, le climat bascule dans la comédie horrifique, façon Le Bal des vampires. Le mélange de gore et d’humour fonctionne aussi bien que celui de sentimentalisme et de burlesque du début. Les personnages ont de vraies "tronches" et évoluent à la limite du slapstick, contrastant davantage avec le personnage lunaire de Suzzanna. Une force du film est d’ailleurs de caractériser efficacement les personnages, voire d’octroyer à tous, même aux pires, un aspect attachant. On en arrive à être touché par la bêtise de certains des agresseurs et à avoir de l’empathie.

C’est sur sa dernière partie, marquée par le retour dans l’histoire du mari, que le film pêche sans aucun doute. Beaucoup trop longue, sans surprise mais surtout sans ressort comique de par la disparition ou la mort des personnages dédiés à ce registre, alourdie par un twist inutile, elle fait sombrer l'ensemble dans l’anecdote mièvre, voire le nanar, écueil jusqu’ici évité dans un subtil numéro d’équilibre scénaristique.


Selon que l’on est fan du genre ou pas, on pardonnera plus ou moins à Suzzanna : Burried Alive ses travers. En parallèle on peut déplorer une quasi absence de scènes flippantes, mais on devine que l’intérêt des auteurs est ailleurs, à savoir divertir sans mépriser. Soraya et Umbarra surpassent de loin la version initiale, clament leur amour du cinéma indonésien et se revendiquent d’une certaine culture populaire en jouant avec les codes du genre et la mise en abyme. Une rafraîchissante curiosité, avis aux amateurs.
M.V.



EN BREF
titre original : Suzzanna: Bernapas dalam Kubur
distribution : Luna Maya, Herjunot Ali, T. Rifnu Wikana...
pays d'origine : Indonésie
budget : N.C.
année de production : 2018
date de sortie française : 3 avril 2019 (SVoD)
durée : 126 minutes
adrénomètre : ♠
note globale : 3/5

† EXORCISME †
▲ La photographie
▲ Singularité
▲ Mélange des genres

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Fin bâclée
▼ Peu flippant
▼ Trop long

LE FLIP
Le massage façon Sundel Bolong...


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