THE DAUGHTER (2015/2019 - DTV) de Mitchell Lichtenstein [Critique]

Évaluation du dossier : 3.5/5 []

Constance Barton et son mari Joseph vivent dans une immense demeure victorienne au cœur de Londres. À l'origine complices et fusionnels, l'arrivée de leur fille Angelica, née dans des circonstances traumatisantes va les éloigner. Longtemps couvée par sa mère et alors qu'elle doit désormais dormir dans sa propre chambre, Angelica fait une confidence inquiétante à ses parents : chaque nuit, une mystérieuse présence vient lui rendre visite. Si Joseph ne prête guère attention aux dires de sa fille, Constance, troublée, se met en tête de sonder les recoins obscurs de la maison afin de percer à jour la terrifiante menace...


Après Teeth et son vagin cannibale puis Happy Tears, Mitchell Lichtenstein nous plonge en pleine époque victorienne avec un drame fantastique au cœur de l'aristocratie londonienne.

Adapté du roman "Angelica" d'Arthur Phillips paru chez nous en 2009, The Daughter, avec son affiche inspirée de L'Orphelinat et Les Autres, n'est paradoxalement pas à ranger aux côtés de ces sommets de l'épouvante. Baignant dans un univers britannique distingué et voguant en plein ère Hammer avec ses influences gothiques appréciables, ce troisième long-métrage de Mitchell Lichtenstein – fils du célèbre artiste du Pop art Roy Lichtenstein – navigue plutôt entre la paranoïa du Répulsion de Roman Polanski et la cruauté surnaturelle de L'Emprise de Sidney J. Furie. Il fait partie de ces longs-métrages qui laissent la libre interprétation au spectateur à partir d'indices disséminés au fil du récit. Bien qu'il rejoigne ainsi l'ambiguïté du roman, le métrage prend pourtant le parti de ne pas en respecter la structure en "points de vue multiples" à la Jackie Brown. Tout est donc dilué dans la même temporalité... à un long flash-back près.



Attention toutefois, bien que l'affiche et le montage de la bande-annonce laissent présager un film d'épouvante, les férus de terreurs cinéphiliques risquent de vite déchanter devant un évident déficit d'adrénaline. Non, Mitchell Lichtenstein réalise plutôt un drame psychologique fantastique qui, cependant, a le bon réflexe de chercher à se démarquer des "produits" calibrés, ou pire, lyophilisés, habituels. Il plonge le spectateur en pleine ère victorienne grâce à une reconstitution tout à fait convaincante : des décors intérieurs et extérieurs jusqu'aux costumes, tout baigne dans une authenticité historique qui tend à renforcer le réalisme du propos, comme par exemple lors d'une séquence un poil malaisante qui fait apparaître le spectre de défunts aux côtés de sujets de séances photographiques.

En tête d'affiche, on trouve Jena Malone (Donnie Darko, The Neon Demon, Hunger Games) très convaincante en mère de famille dévouée et troublée, dont le petit air de Meg Ryan n'est sûrement pas étranger au capital sympathie qu'on lui prête d'office. Avec  son partenaire de jeu Ed Stoppard (Le Pianiste, The Frankenstein Chronicles), elle forme un couple crédible, dont les liens forts vont s'amenuiser suite à la naissance, très compliquée, de leur fille. Tout aussi crédible est le tandem dans la deuxième partie du film, peut-être plus magnétique encore, formé par Jena Malone et Janet MacTeer (La Dame en noir, Maléfique), dans le rôle d'Anne Montague, une  pseudo médium qui essaye d'aider la jeune maman, en plein naufrage émotionnel.



Là aussi se situe la réussite de Mitchell Lichtenstein en parvenant à dessiner une dimension psychanalytique juste, nourrie par une époque rétrograde où les femmes étaient soumises aux volontés du chef de famille, par la lourde frustration de Constance de ne pas pouvoir accomplir son devoir conjugal, par son pesant sentiment d'abandon et par la folie qui semble toujours prompt à la faire basculer définitivement. Là est, au final, le véritable flip de The Daughter qui n'est jamais ennuyeux pour autant. On y trouve une certaine pudeur, tout en proposant, paradoxalement, de rares scènes de nudités parfois plutôt crues. Preuve que le réalisateur ne cherche jamais la facilité et c'est tout à son honneur. Une curiosité à découvrir pour les amateurs de belles toilettes et de beaux décors...
N.F.T.


EN BREF
titre original : Angelica
distribution : Jena Malone, Janet McTeer, Ed Stoppard...
 pays d'origine : États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2015
date de sortie française : 28 mars 2019 (DTV - Condor films)
durée : 93 minutes
adrénomètre : ♠
note globale : 3.5/5

† EXORCISME †
▲ Décors
▲ Costumes
▲ Histoire

 - DÉMYSTIFICATION -
▼ Pas structuré comme le roman
▼ Pas effrayant
▼ Peu d'action

LE FLIP
...

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