LA RAGE DU DÉMON (2016/2017) de Fabien Delage [Critique]

Évaluation du dossier : 3/5 [♥]

Janvier 2012. Un collectionneur organise la projection privée d’un film muet au musée Grévin à Paris. Mais vers la fin de la séance, les spectateurs sèment le chaos dans la salle. Les médias relayent peu l’affaire, pourtant ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident se produit. Il semblerait que le film projeté soit à l’origine de ce phénomène inquiétant. De mystères en mystères, d’interrogations en interrogations, découvrez dans cette enquête captivante toute la vérité sur le film le plus inquiétant que le monde ait jamais connu...

Décidément, Fabien Delage, artiste multifacette évoluant aussi allègrement dans l'écriture que l'image ou la musique, fourmille d'idées et sait se donner les moyens de les exploiter. Toujours prêt à dépasser la frontière du cinéma de fiction, il poursuit son exploration d'un fantastique dénaturé, soumis à l'ancrage du réel.

On se souvient tous de l'angoissant épisode Le Photographe spirite proposé dans la seconde saison de la série Dead Crossroads. que nous vous recommandons chaudement. Fabien Delage a choisi de développer davantage l'univers créé autour du personnage de Victor Sicarius qui était alors présenté comme un adepte de spiritisme à l'origine d'un film maudit qui déclenchait de violentes réactions chez ses spectateurs. C'est justement lors d'une présentation à Paris le 9 janvier 2012 de cette étrangeté inopinément retrouvée, projetée et re-disparue dans la foulée, que l'affaire, bien que peu traitée par la presse, revient sur le devant de la scène et interpelle les spécialistes. La Rage du démon s'intéresse alors à l'histoire sombre de Sicarius et tente de trouver des éléments de réponses pour comprendre ce qui s'est réellement passé lors de ces projections tragiques.


Là où Fabien Delage parvient à tirer son épingle du jeu est dans sa manière d’enchevêtrer la fiction dans le réel jusqu'à ce que raison et imagination s'affrontent dans la tête du spectateur qui finit par douter de ce qui est réel et de ce qui ne l'est pas. Victor Sicarius devient ainsi un proche ami de Georges Méliès, animé par la même fascination pour le cinéma au point de construire à ses côtés ses célèbres studios de Montreuil. L'occasion est belle aussi pour revenir sur l'histoire de celui qui a posé les bases des trucages cinématographiques, sur sa créativité, sa position de visionnaire et sur le cinéma de manière plus générale, n'hésitant pas à interviewer Pauline Méliès elle-même, descendante directe du célèbre réalisateur, visiblement ravie d'évoquer son aïeul. À travers des entretiens avec des journalistes, cinéastes, historiens, experts et psychologues, une réflexion s'engage alors sur la magie du cinéma de Méliès, évoquant bientôt son intérêt pour le spiritisme, une mouvance très en vogue à cette époque.


La Rage du démon devient dès lors un passionnant hommage à Méliès – à qui l'on attribue une hypothétique paternité de l’œuvre maudite – mais aussi une véritable déclaration d'amour au cinéma fantastique, à condition de ne pas oublier de le visionner comme une farce finement élaborée, dans le plus pur esprit documenteur. Dès lors on lui pardonnera ses quelques interventions au registre inadapté, ou encore quelques hésitations à trouver un point de vue efficace. D'autant que l'idée géniale de faire intervenir des pointures du genre – parfois plus convaincantes que les comédiens eux-mêmes – comme les réalisateurs Christophe Gans et Alexandre Aja, une ribambelle de journalistes dont nos préférés Christophe Lemaire, Jean-Pierre Putters – toujours prompt à apporter sa petite touche humoristique – ou encore le regretté Jean-Jacques Bernard qui a présenté de nombreux classiques sur les chaînes de cinéma, en fait de facto une œuvre attachante. Du moins pour les spectateurs qui veulent passer un moment sympa aux côtés de ceux qui ont compté dans la construction de leur cinéphilie. Sans oublier le timbre de voix si particulier de Benoît Allemane, le doubleur français de Morgan Freeman ou encore de l'ourson Teddy dans A.I. Intelligence artificielle, un excellent choix pour une voix off immanquablement familière.


Qu'elle soit hantée par un expert en rituels sataniques, entrecoupée d'images subliminales qui rendent fou ou tout simplement le fruit d'une réaction chimique liée à sa conservation, La Rage du démon ne laisse pas indifférent et nourrit les hypothèses les plus folles. Le meilleur moyen d'en savoir plus est donc de découvrir ce sympathique documenteur attachant et fait avec passion, ce qui en atténue les maladresses. De son côté, Fabien Delage enchaîne les projets et s'attelle cette fois à une œuvre de cinéma de facture plus classique. On reste toutefois dans notre genre préféré puisque que son prochain long-métrage, Cold Ground, sera un found footage horrifique qui suit les déboires de deux journalistes consacrant leur première enquête à des cas de bétail mutilé à la frontière franco-suisse. Inutile de vous dire comme l'on a hâte...
N.F.T.

 
EN BREF
titre original : Fury of the demon
distribution : Alexandre Aja, Philippe Rouyer, Jean-Jacques Bernard, Jean-Pierre Putters, Christophe Gans, Christophe Lemaire...
pays d'origine : France / Croatie / États-Unis
budget : N.C.
année de production : 2016
date de sortie française : 29 mars 2017
durée : 60 minutes
adrénomètre : ♠
note globale : 3/5

† EXORCISME †
▲ L'hommage à Méliès
▲ Le traitement documentaire
▲ Présence de Jean-Pierre Putters

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Des problèmes de point de vue
▼ Acteurs parfois peu convaincants
▼ Frustration de ne pas voir le fameux film

LE FLIP
L'approche spirite de la captation d'image.

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