[Critique] DOUBLE ASSASSINAT DANS LA RUE MORGUE (1932) de Robert Florey

Évaluation du dossier  :  2.5/5 []

Paris, 1845. Tandis que le docteur Mirakle se livre à d'étranges expériences sur un gorille, des cadavres de femmes sont repêchés dans la Seine. Pierre Dupin, un étudiant en médecine examine les corps et remarque des petites entailles sur le bras des victimes.

Situé dans l’âge d’or de la vague Universal Horror, Double Assassinat dans la rue Morgue est la première adaptation au format long de la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe, auteur à qui l’on doit aussi Le Corbeau et Le Chat noir qui seront également adaptés par le studio de Carl Laemmle Jr. en 1934 et 1935.

Écarté du projet Frankenstein et remplacé par James Whale, Robert Florey se voit confier la réalisation de Double assassinat dans la rue morgue pour lot de consolation. À l’époque âgé d’une trentaine d’années, ce jeune cinéaste semble être le plus apte à retranscrire la capitale française à l’écran, ayant lui-même vécu dans la Ville Lumière une partie de sa vie. On retrouve donc un Paris froid et brumeux dont l’hostilité accroît le climat d’angoisse dans lequel le film tente de baigner son spectateur.


Malgré tout, si l’on perçoit évidemment le travail sur l’ambiance, les occasions de frissonner sont rares, voire inexistantes. On retiendra cependant la séquence où le primate pénètre en pleine nuit dans la chambre de sa muse, scène dont la ressemblance avec certains plans du Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau est incontestable. Et tant que l’on parle de scènes mémorables, on peut aussi retenir le combat final confrontant le détective Dupin, interprété par Leon Ames, au gorille et qui nous rappelle fortement le dernier souffle de King Kong sur l’Empire State Building, œuvre pourtant sortie en 1933, soit un an plus tard.

Niveau casting, c’est Bela Lugosi (Dracula) qui porte entièrement le film sur ses épaules avec sa prestation. Il interprète le docteur Mirakle, un scientifique déséquilibré perpétrant des expériences génétiques – science et cinéma, l’éternel combat– sur des jeunes femmes du quartier en utilisant le sang du primate. Sa présence, son charisme et son monosourcil surdimensionné sauvent le spectateur d’un ennui profond. Malheureusement, sa performance d’acteur occulte les autres personnages tels que Camille L'Espanaye, interprétée par Sydney Fox, mais surtout le détective Dupin qui, en plus d’être normalement le rôle principal, est un personnage récurrent dans l’œuvre littéraire d’Edgar Poe.


D’ailleurs, on ressent l’opportunisme du métrage pour surfer sur la popularité de l’auteur, mais en se détachant totalement du contenu de la nouvelle. En résulte donc une adaptation un peu trop libre pour pouvoir prétendre en être une et soit dit en passant, on cherche toujours après le fameux double assassinat…

Finalement, les quelques fulgurances de fin de bobine ne rattrapent en rien les trois premiers quarts trop mollassons. Si l’on ne peut lui retirer son cachet vintage, Double Assassinat dans la rue Morgue est distrayant, tout au plus, et ne se démarque pas spécialement du flot de films de genre de l’époque.
N.M.


EN BREF
titre original : Murders in the Rue Morgue
distribution : Sidney Fox, Bela Lugosi, Leon Ames...
pays d'origine : États-Unis
budget : 190 000 $
année de production : 1932
date de sortie française : 8 avril 1932
durée : 61 minutes
adrénomètre :♠
note globale : 2.5/5

† EXORCISME †
▲ Bela Lugosi
▲ Quelques scènes vers la fin
▲ Cachet vintage

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Ennuyeux
▼ Adaptation trop libre
▼ Des personnages parfois transparents

LE FLIP
Le gorille pénètre dans la chambre de sa belle...

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