[Critique] ROOM 237 (2012/2013) de Rodney Ascher

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En 1980, Stanley Kubrick signe Shining, qui deviendra un classique du cinéma d'horreur. À la fois admiré et vilipendé, le film est considéré comme une œuvre marquante du genre par de nombreux experts, tandis que d'autres estiment qu'il est le résultat du travail bâclé d'un cinéaste de légende se fourvoyant totalement. Cependant, entre ces deux extrêmes, certains fans acharnés ont développé des théories étonnantes, convaincus d'avoir décrypté de nombreux messages secrets.

Après une vaste tournée des festivals durant laquelle il va se construire une solide réputation, Room 237 débarque dans les salles françaises. Un documenteur troublant, teinté de réalité et s'intéressant de près à la filmographie de Stanley Kubrick, laquelle serait remplie de messages cachés qui n'attendent qu'à être révélés, tel les fantômes de la chambre 237 de son œuvre culte, Shining.

Toutefois, affiche et bande-annonce avertissent immédiatement celui qui serait tenté de prendre pour argent comptant ce qu'il va voir. Ainsi, l'entourage du cinéaste n'a validé aucune des hypothèses avancées par les cinq principaux intervenants du documentaire. Une précision qui a sans doute son importance, tant les arguments sont tellement bien enrobés que beaucoup pourraient être vrais. Bien sûr, s'il y a sans doute une part de vérité décelable ici où là, mais Room 237 est surtout un magnifique exercice de style quant au pouvoir des images et les multiples interprétations qu'on peut leur prêter.


Car même s'il peut parfois avancer de théories fumeuses, rarement vérifiables en dehors du strict cadre filmique, on se laisse prendre volontiers au jeu, et ce, même si l'on nous affirme voir Cap Canaveral sur la moquette de l’hôtel Overlook, laissant entendre, associé au pullover du petit Danny représentant le vol Apollo 11, que Kubrick aurait filmé les images lunaires de 1969 et qu'il le confesse dans Shining, au travers d'une multitude de plans. On devine alors le travail de fourmi effectué pour tenter de convaincre de l'improbable, qui passe cependant par des théories plus sérieuses, notamment concernant la forte présence de symboles liés à l'Holocauste ou encore au génocide amérindien dans la filmographie du réalisateur, qui était, on le sait tous, un grand obsédé du détail, ne laissant que peu de place au hasard. 

Poussées à l'extrême, certaines analyses vont jusqu'à reconstruire un plan de l’hôtel Overlook et démontrer son architecture labyrinthique impossible, visant à déstabiliser le spectateur, tout comme les changements de place de certains accessoires du décor, imperceptibles de manière consciente, d'un plan à l'autre. Ainsi, la disparition de l'image de Simplet sur la porte de la chambre du petit Danny, pourrait signifier qu'il vient de prendre conscience du danger qui le guette. Le clou du spectacle étant sans doute, à l'instar de l'anacyclique "Redrum", soit "murder" une fois remis à l'endroit, la diffusion du métrage décortiqué, simultanément en marche avant et en marche arrière, pour vérifier une théorie liée à sa structure symétrique et en dégager de nouvelles hypothèses, des plus étranges, comme un carton d'invitation pour une soirée à l'Overlook, et souvent très farfelues telles que des cheveux qui forment la moustache d'Hitler sur le visage de Torrance ou le visage de Kubrick qui apparaîtrait dans les nuages lors du générique d'ouverture. À noter toutefois que certaines images, où le passé semble hanter le présent, sont pour le moins étonnantes.


Si la majorité des analyses demeurent totalement loufoques, force est de constater qu'elles sont brillamment échafaudées, prouvant au passage qu'une argumentation parfaitement affûtée peut transmettre et convaincre de n'importe quelle idiotie... D'autre part, il y a de fortes chances pour que la vision de ce documenteur vous donne une envie irrépressible de visionner de nouveau Shining, mais aussi l’intégralité de l'œuvre de Kubrick, pour la redécouvrir sous le prisme des théories avancées ici.

Ces histoires, mêlant faits et fiction, parviennent a dégager un climat mystérieux et parfois même, un sentiment de malaise, amplifié par la voix off, la musique et le montage mêlant images d'archives et extraits de films. Ce qui rend l'ensemble réellement immersif et captivant. D'autant que les théories présentées, aussi peu réalistes soient-elles, sont évoquées avec un tel sérieux qu'elles en deviennent autant de fantômes et d'énigmes qui hantent à jamais la chambre 237.
N.T.

En bref :
titre original : Room 237
pays d'origine : États-Unis
année de production : 2012
date de sortie française : 19 juin 2013
durée : 102 minutes
budget : ?
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5 

† EXORCISME †
▲ Immersif et captivant
▲ Efficace dans ses démonstrations
▲ Climat mystérieux

- DÉMYSTIFICATION -
▼Analyses loufoques
▼ Théories invérifiables
▼ Non validé par l'entourage de Kubrick

LE FLIP
L'approche mystérieuse voire mystique de l’œuvre de Kubrick...


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Commentaires

  1. Je trouve que ce film est lamentable: ces théories complètement nulles n'approchent à aucun moment le sens du film. Kubrick dans les nuages? Ils ont fumé ou quoi?

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