[Critique] PHANTASM (1979) de Don Coscarelli

Évaluation du dossier  :  3.5/5 []
Dans une petite ville de l'Oregon, après la mort de ses parents, le musicien Jody Pearson met de côté sa carrière pour élever Mike, son petit frère de 13 ans. Mais des meurtres son commis et les frangins vont très vite découvrir, épaulés par leur ami Jody, l'implication du Tall Man, un mystérieux et effrayant croque-mort.

C'est à l'esprit sans doute un peu perturbé de Don Coscarelli que l'on doit Phantasm, devenu aujourd'hui une œuvre aussi culte que ses sphères tueuses et une référence horrifique de son époque.

Le réalisateur si atypique des barrés Bubba Ho-Tep et John Dies at the End y assurait rien moins que les postes clés de scénariste, chef opérateur, réalisateur et monteur.

Concoctant un savant mélange de genres, Don Coscarelli empile les influences comme des perles, sans se résoudre à choisir : horreur, giallo, fantasy, drame, mystère... le cinéaste fourmille d'idées à tous les niveaux et pond un scénario gorgé des séquences généreuses qui vont du doucement onirique au carrément délirant. Le projet apparaît donc très ambitieux mais accuse un très net manque de budget. Ce qui entraîne quelques séquences dignes d'un nanar, la plus généralement reconnue étant cette improbable attaque de mouche géante durant laquelle l'acteur doit feindre les mouvements de la bête.


Malgré ses quelques impairs, Phantasm scotche par la richesse de son univers. Si une vague sensation d'ennui peut parfois naître de son aspect décousu, elle est systématiquement contrebalancée par le nombre peu commun d’idées de mise en scène, scénaristiques ou visuelles qui jalonnent le film. Un festival d'idées surprenantes destinées à vous plonger toujours un peu plus dans un poisseux sentiment de cauchemar éveillé, telles ces petites sphères tueuses qui se plantent dans la tête de leurs victimes et les vident de leur sang, l'amie et sa grand-mère aux pouvoirs étranges, les confrontations surréalistes du Tall Man et de Mike, le monde parallèle, jusqu'au twist final que nous laisserons le soin aux néophytes de découvrir.


Sur ce dernier point, la bande originale signée Fred Myrow et Malcolm Seagrave apporte une forte plus-value en termes d'ambiance. On apprécie ses influences essentiellement italiennes et sa couleur rock-électro-macabre qui se rapproche du travail des Goblin ou Fabio Frizzi à l'époque de l'âge d'or de l'horreur transalpine.
Le casting joue aussi un rôle déterminant dans la réussite de ce projet qui flirte parfois avec l'absurde. Dans le rôle du jeune Mike on retrouve Michael Baldwin qui restera un fidèle de la série des Phantasm, tout comme Bill Thornbury (Jody) et Reggie Bannister (Reggie). Phantasm ne serait pas non plus ce qu'il est sans le Tall Man. Interprété par Angus Scrimm (la série des Phantasm, John Dies at the End) qui nous a quittés en 2016, il y incarne un personnage de croque-mort géant au regard perçant et à la démarche déterminée flippante à souhait. Il a aussi pour rôle de relancer la machine qui oscille généralement entre scènes d'action et d'autres plus atmosphériques.


Doté d'une structure narrative franchement audacieuse, notamment dans la gestion de ses points du vue, Phantasm est une œuvre imparfaite mais attachante, sincère et singulière, qui vaut davantage pour son trip onirique cauchemardesque que son aspect suranné. Devenu culte aujourd'hui, il remportera le Prix spécial du Jury à Avoriaz en 1979 (l'année l'oubliable Patrick remportait un Grand prix), sera aussi nominé aux Saturn Award en 1980 et engrangera d'énormes bénéfices au box-office ; on ne s'étonne donc pas que quatre suites aient vu le jour depuis, la dernière datant de 2016.
N.F.T.



EN BREF
titre original : Phantasm
distribution : Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornburry, Reggie Banister, Kathy Lester...
pays d'origine : États-Unis
budget : 300 000 $
année de production : 1979
date de sortie française : 4 juillet 1979
durée : 88 minutes
adrénomètre : ♥
note globale : 3.5/5

† EXORCISME †
▲ Univers riche
▲ Le Tall Man
▲ Les sphères tueuses

- DÉMYSTIFICATION -
▼ Fauché
▼ La scène de la grosse mouche
▼ Lent

LE FLIP
La démarche déterminée et le regard perçant du Tall Man...

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